‹ Précis d'économie politiqueChapitre 40 sur 113 · A PROPRIETE · texte numérisé non relu

A PROPRIETE

plantations d'arbres forestier», voient passer bien des générations avant de disparaître. Ainsi la perpétuité de la propriété foncière se justifle par cette circonstance que beaucoup des amendements dont le sol a été l'objet, pourvu que l'on se charge de les constamment entretenir, ont une durée en quelque sorte illimitée.

Uue gagnerait-on, d'ailleurs» à remplacer la propriété perpétuelle par une propriété soit viagère, soit centenaire, soit bicentenaire? D'effroyables crises et un amoindrissement de la production.

Cinq ou six ans avant l'époque fixée pour la cessation ; de la propriété, on cesserait toutes les cultures qui dej mandent plus d'une demi-douzaine d'années pour être I rémunératrices, celle des fourrages permanents par exemple, comme la luzerne, à plus forte raison la conversion de terres arables en prairies. Douze ou quinze ans avant le terme, on ne planterait plus de vignes; vingt ou trente ans avant ce délai fatal, on suspendrait toute plantation des arbres fruitiers, comme les pommiers, les amandiers, les orangers, les oliviers, qui ne donnent guère de récoltes sérieuses qu'après huit ou dix ans ; quarante ou soixante ans avant l'échéance de la jouissance du sol, on renoncerait à faire des semis d'arbres forestiers, lesquels demandent en général un demi-siècle, trois quarts de siècle, parfois un siècle pour avoir, sinon toute leur valeur, du moins une grande valeur. Ce serait aussi un quart de siècle ou un tiers de siècle avant le terme de cette possession précaire que cesseraient toutes les dépenses considérables d'amélioration permanente, les barrages pour irrigations, les dessèchements , les constructions coûteuses, celles de celliers, par exemple, et de caves dans les régions viticoles.

Ainsi la possession à temps, même de cent annéef,

même de deux cents années, n'équivaudrait pas, comme" stimulant de la production, à la propriété perpétuelle; parce que, si longue que fû^ la propriété temporaire, elle . j aurait toujours un terme et que cinq ans, dix ans, vingt ans, trente ans, cinquante ans avant ce terme, les divers amendements, améliorations, incorporations de capitaux au sol seraient suspendus.

On dira peut-être que l'État s'entendrait longtemps à J'avance avec les détenteurs du sol pour leur prolonger leur possession. Mais que de difficultés pour cette en-j tente, que d'occasions de suspicion et de corruption,i de pression administrative, d'amoindrissement de la liberté du citoyen I Un État, avec des fonctionnaires, ne se trouverait nullement par rapport à l'ensemble des détenteurs du sol sur toute l'étendue du territoire dans la situation où est aujourd'hui un propriétaire relativement à ses fermiers. Les fermiers ont devant eux mille propriétaires avec lesquels ils peuvent traiter; chaque propriétaire privé a pour souci de tirer un bon parti dw. sa terre en la ménaepant. Le gigantesque ^p'^nopole de l'ÉtLt que l'on voudrait créer serait danfe ^ne situation très différente: il serait nécessairement ou oppressif oi corruptible. Qu'on pense aux difficultés inouïes qn suscite dans un pays tout remaniement, si léger qu' soit, de l'impôt foncier : en France on n'ose opérer d^ puis vingt ans la réfection du cadastre; ce n'est là riei auprès de l'effroyable crise politique, crise administra tive, crise sociale, crise de production, qu'amènerait le système de la possession temporaire des terres, si prolongée que fût cette possession, durât-elle un siècle ou deux.

La propriété privée perpétuelle évite à une nation ce» redoutables crises sociales; elle développe beaucoup ik production, parce qu'il n'y a aucune menace suspendue

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