‹ Précis d'économie politiqueChapitre 43 sur 113 · LE FERMAGK ET LA RENTE DU SOL · texte numérisé non relu

LE FERMAGK ET LA RENTE DU SOL

des détenteurs des bonnes terres et des terres bien placées va toujours en grandissant, ce qui leur procure une plus-value à peu près constante de revenu, plus-value imméritée.

La rente de la terre irait toujours en croissant naturellement, alors même que le propriétaire dormirait, et elle arriverait à absorber une proportion de plus en plus forte du revenu national: tel est le dernier mot de cette théorie.

Réfutation des conséquences que l'on a tiréei9 de la théorie de la rente de la terre. — Il est incontestable que, dans les observations de Ricardo, il y a un certain noyau de vérité. Dans une ville ou dans un pays les nouveaux survenants sont disposés à payer aux premiers détenteurs une rente pour la supériorité de situation ou de fertilité des immeubles qu'ils occupent. Mais, ce point incontestable admis, les conséquences que l'on a tirées de ce que l'on a appelé la loi de Ricardo sont absolument fausses, surtout dans la période du monde que nous traversons.

Les socialistes, qui se sont armés de cette théorie pour conclure à l'illégitimité actuelle de la propriété foncière et à la nécessité que l'État s'en empare avec ou sans indemnité pour les détenteurs, oublient trois faits: le premier, c'est que le monde n'est pas encore, et il s'en faut, complètement peuplé ; le second, c'est que les voies de communication se perfectionnent sans cesse, et que la civilisation réduit constamment les prix de transport, ce qui détruit ou amoindrit le privilège des terres les mieux placées; le troisième fait enfin, c'est que les progrès de la technique agricole, en permettant, sur des terres réputées jadis médiocres ou mauvaises, d'obtenir, par une bonne appropriation des cultures, des rendements notables, atténuent aussi, dans un grand aouiiMTAi

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de cas, la "supériorité de rendement des terres réputées autrefois les meilleures.

De ces trois observations dont la vérité est tellement incontestable qu'il est superflu de s'y longtemps arrêter, il résulte que la loi de Ricardo, d'après laquelle le revenu des terres anciennement appropriées irait sans cesse en augmentant, n'a aucune application pratique dans le temps où nous écrivons et n*en aura peut-être pas d'ici à plusieurs siècles.

Quand on jette les yeux sur la carte du monde et que l'on voit dans les énormes étendues de l'Amérique du Nord, de l'Amérique du Sud, de l'Asie centrale et septentrionale, de l'Australie, la Nouvelle-Guinée, Sumatra, Bornéo, dans l'Afrique entière, toutes les réserves de terres qui sont encore disponibles pour la culture; quand on réfléchit, en outre, que les terres vierges possèdent, pendant un certain nombre d'années, une supériorité de productivité à frais égaux, relativement aux terres des vieux continents cultivées depuis quinze, vingt ou trente siècles, on se dit que la loi de Ricardo sur la tendance de la rente de la terre à toujours croître pourra peut-être s'appliquer au xxi* ou au XXV* siècle, mais qu'elle n*a aucune relation avec !t33 circonstances du siècle actuel et du prochain I lècle.

Quand, d'autre part, on réfléchit que le progrès des liiachines, les améliorations de la navigation, des installations des ports, les percements d'isthmes, ont abaissé le prix de transport au point qu'il n'en coûte souvent que 10 à 15 francs pour amener une tonne de blé, soit 13 hectolitres, de New- York ou de la Plata au Havre, et 20 ou 25 francs pour faire venir Uné tonne de la même denrée de Bombay à Marseille, on *#« <v)nvainc encore davantage de l'inanité de la doctrine

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