‹ Précis d'économie politiqueChapitre 44 sur 113 · LE FEKMACK ET EA REME DU SOL · texte numérisé non relu

LE FEKMACK ET EA REME DU SOL

qui attribue à la renie de la terre une disposition toujours ascendante.

Même quand le monde sera entièrement peuplé et exploité, ce qui n'arrivera que dans plusieurs siècles, il n'est pas certain que la rente de la terre doive avoir une tendance à monter régulièrement.- On néglige, en effet, les progrès de la technique agricole, qui peuvent être énormes et qui vraisemblablement, dans cette période essentiellement scientiflque, seront plus considérables à l'avenir qu'ils ne l'ont été dans le passé.

Le capital et la science combattent toujours les désavantages naturels et les atténuent. On est arrivé à créer dans des sables réputés stériles de belles forêts et de beaux vignobles, des prairies luxuriantes dans des terres légères. Les expressions de terre excellente et de terre médiocre ne sont pas constantes et correspondent seulement à certains états de la technique agricole ; que celle-ci se perfectionne, et telle terre réputée détestable hier peut être déclarée bonne le lendemain.

Certaines améliorations, quand elles se répandent uniformément, peuvent faire baisser la rente delà terre à la longue dans toute l'étendue d'un pays. On parle beaucoup aujourd'hui de la possibilité de doubler ou de tripler le rendement des terres en blé par une heureuse appropriation des semences. Un savant agronome, M. Grandeau, affirme que l'on pourrait ainsi obtenir dans des terres moyennes 40 et 50 hectolitres de blé à l'hectare. Si la vérité de cette théorie venait à être démontrée et que le rendement des terres à blé doublât ou augmentât de moitié, ce serait un avantage pour les propriétaires qui les premiers auraient appliqué les méthodes nouvelles; mais à la longue la quantité du blé étant, pour toute l'étendue du pays, double de ce qu'elle est aujourd'hui, les prix baisseraient dans dei

pr( portions telles que la rente de la terre, au lieu df monter, pourrait au bout d'un certain temps en êtr. diminuée.

Le genre humain civilisé n'est sur le point ni d» manquer de subsistances ni de voir celles-ci renchérir. La rente du sol, comme le prix des denrées, subit des oscillations très variables suivant les époques.

Les systèmes socialistes de reprise de la terre par rÉtat. — Si, conformément aux conséquences que certaines personnes ont tirées de la théorie de Ricardo, l'État avait voulu racheter les terres, pour bénéficier seul de cette prétendue plus-value naturelle qui serait attachée à la possession du sol, que serait-il arrivé?

Ricardo publiait sa célèbre théorie en Tannée 181.7. La rente de la terre était alors dans une époque d'ascension générale et continue. Je suppose que l'État anglais eût à ce moment racheté toute la propriété rurale: il l'eût fait assez chèrement, dans cette période de 1820 à 1825. Quelques années se seraient écoulées, et vers 1830, comme en témoignent tous les observateurs (1), la rente de la terre se mit à baisser dans les proportions de 10 à 20 p. 100 ; l'État se serait alors trouvé en perte énorme et aurait fait une déplorable opération financière. 11 s'en serait, sans doute, dégoûté et aurait rendu la terre à la propriété privée. Mais je suppose qu'il eût été tenté vers 1860 ou 1865 de répéter l'opération de rachat des terres par l'État, soit en France, soit en Angleterre. On était alors en plein essor de la rente foncière, qui semblait augmenter d'ellemême chaque année. L'État, dans la persuasion que ce mouvement a^ait ôtre continu, aurait donc racheté les

(l) Voir Porter, Progress of Nation. Voir aussi pour une discus- Bion plus ample mes ouvrages : Essai sur la répartition des r»aheis*» et la Collectiv<sm«t examen critique du nouveau s(ynatismt.

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