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Précis d'éducation physique moderne

Mens sana in corpore sano. — Nécessité d’entourer le corps des mêmes soins que l’esprit. — Valeur inestimable de la bonne santé. — Education physique et perfectionnement de la race. — Il faut faire du muscle et du caractère.

« Ce n’est pas assez de roidir l’âme, écrivait Montaigne ; il faut aussi roidir les muscles ; elle est trop pressée si elle n’est pas secondée par eux et a déjà trop à faire de seule fournir à divers offices... Ce n’est pas une âme, ce n’est pas un corps qu’on dresse, c’est un homme : il n’en faut pas faire à deux ».

En effet, si le développement de la vie spirituelle est le couronnement de notre complexe existence, le bon entretien de la vie corporelle en est la base. La nécessité d’obtenir la vigueur

et la santé physiques ne fait pas plus de doute que la nécessité de maintenir la subordination du corps et de ses exigences aux exigences de l’esprit. Il ne faut pas que les muscles oppriment le cerveau, mais il ne faut pas non plus que le cerveau rompe à son profit l’équilibre de l’organisme.

S’il est vrai qu’un athlète uniquement préoccupé du souci de ses os et de ses muscles ne sera le plus souvent qu’une incomparable brute, il faut bien reconnaître qu’il n’est guère moins périlleux de négliger ouvertement les intérêts corporels. Saint François d’ Assise, épuisé par les jeûnes, les veilles et les macérations, reconnaît qu’il a péché contre celui qu’il appelle dédaigneusement son frère l’àne, c’est-à-dire son corps.

Il est incontestable que la propreté poussée à l’excès peut engendrer une phobie, la peur des contacts, mais il est non moins certain qu’aux yeux de tout homme raisonnable Saint Labre n’était qu’un malpropre personnage, un arriéré évoluant vers les formes inférieures de notre humanité.

« La faiblesse de la santé, écrit un pédagogue, ne peut que retarder davantage ou dévoyer davantage les intelligences déjà lentes ou hésitantes. Quant aux esprits supérieurs, si elle ne les empêche pas de se développer, elle risque

tout au moins de les affaiblir et de les irriter, de les porter «à certains excès, de les déparer par des bizarreries, le plus souvent de les rendre malheureux, sans profit ni pour l’humanité ni pour eux-mêmes ». Ainsi, si l’éducation physique éduque le corps pour le bien du corps, elle l’éduque aussi pour le bien de l’esprit.

« Voulez-vous cultiver votre intelligence, écrivait J.-J. Rousseau, cultivez les forces qu’elle doit gouverner. Exercez continuellement votre corps, rendez-le robuste et sain, pour le rendre sage et raisonnable ; qu’il agisse, qu’il courre, qu’il crie, qu’il soit toujours en mouvement ; qu’il soit homme par la vigueur, il le sera bientôt par la raison ».

L’éducation physique doit donc être considérée comme la base de la régénération et surtout de l’amélioration de la race humaine. En harmonisant les formes et les forces du corps, elle a une heureuse réaction sur les facultés intellectuelles et morales. Elle trempe le caractère en même temps qu’elle fait du muscle. Aussi pas de peuples sains et surtout pas de peuples forts sans une bonne éducation physique.

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