CHAPITRE II
MORPHOLOGIE GÉNÉRALE DU CORPS HUffiÂIH.
L'esthétique humaine d’après la statuaire antique. — Relations proportionnelles des différentes parties du corps. — Lesproportions du thorax et dubassin. — Systèmes, appareils et fonctions. — Les os. — Les muscles. — Les articulations.
Le corps humain est un agrégat ou, si l'on veut, une colonie de cellules, mais admirablement groupées et coordonnées en un tout homogène, travaillant toutes au profit de la collectivité, et selon la loi de la division et de la spécialisation du travail. Cette collectivité physiologique apporte avec elle, en naissant, une sorte d’éducation instinctive, atavistique ou héréditaire, mais très rudimentaire, par conséquent perfectible et éducable dans une large mesure. Dans les pages qui vont suivre, je m’efforcerai
d’exposer aussi clairement et aussi succinctement que possible les diverses méthodes d’éducation à employer pour donner à l’organisme humain, envisagé au point de vue anatomique et physiologique, le maximum de développement et de perfectionnement qu’il est capable d’acquérir. Mais, auparavant, il m’a paru indispensable d’esquisser une sorte de morphologie générale du corps humain.
L’homme se tient debout sur la plante des pieds. C’est là, selon les philosophes, le signe évident de sa supériorité sur les autres mammifères : Os ko mini sublime cleclit. Dans cette situation, le corps humain se compose d’une’ partie centrale que dominent le cou et la tête, et à laquelle viennent se rattacher les quatre membres comme autant d’appendices.
« Les peintres et les sculpteurs de la Grèce, dit Pli. Sappey (1), avaient déjà remarqué que, lorsque l’homme se tient debout, les pieds un peu écartés et les bras légèrement relevés, il se trouve inscrit dans un cercle qui a pour centre l’ombilic et qui correspond, par sa circonférence, à l’extrémité des quatres membres. Ils avaient constaté aussi que, lorsqu’il est debout, les membres inférieurs rapprochés, et les supérieurs étendus en croix, l’intervalle qui s’étend
(1) Traite d’anatomie descriptive.
de l’un à l’autre médius devient égal à la hauteur du corps, de sorte qu’il peut être considéré comme inscrit dans un carré. En réunissant les angles opposés de ce carré à l’aide de deux diagonales, on voit que celles-ci s’entrecroisent sur la symphyse du pubis. Le centre du corps semblerait donc correspondre à cette symphyse ; en d’autres termes, le tronc, surmonté de la tête et du cou, en formerait la moitié, et les membres abdominaux l’autre moitié. A l’aspect des chefs-d’œuvre qu’ils nous ont laissés on peut reconnaître cependant qu’ils plaçaient ce centre un peu plus bas. Pour eux, la tête représentait la huitième partie du corps ; la face, d’une longueur égale à celle de la main, la dixième partie, et le coude ou la coudée la quatrième ».
Ces données ne sont pas absolument exactes, et on comprend qu’elles varient suivant les races et les individus, suivant leur stature. En effet, plus la stature s’élève, plus le centre du corps tend à s’abaisser au-dessous de la symphyse. D’autre part, chez la femme, la lono-ueur du tronc et celle des membres inférieurs
diffèrent a peine. Aussi, chez cette dernière, le centre du corps répond à la symphyse pubienne, tantôt un peu au-dessus, tantôt un peu au-dessous.
« Les anciens, dit encore Ph. Sappey (1),
(1) Loc. cit.
considéraient le corps de l’homme comme inscrit dans un ovale dont la tête et les épaules représentaient la grosse extrémité ; et celui de la femme comme inscrit dans une ellipse dont le petit axe répondait au bassin. Ils admettaient, en un mot, que la partie supérieure du tronc est plus large chez le sexe masculin que l’inférieure, ce qui est vrai ; et que sa partie inférieure est plus large au contraire dans le sexe féminin que la supérieure, ce qui est erroné. Les dimensions transversales du bassin sont plus considérables chez le sexe féminin ; mais, dans aucun cas, cependant, elles ne le sont assez pour égaler et surtout surpasser celles de la partie supérieure du tronc. Que les peintres et les statuaires prennent ce fait en considération ; nous ne les verrons plus alors donner à la femme des épaules si arrondies et si tombantes. En voulant trop idéaliser ses formes, ils ne s’exposeront plus à rétrécir son thorax au point qu’elle peut à peine respirer ; et ses seins, lorsque sera venu pour elle le moment de remplir sa mission, trouveront sur la région qu’ils occupent une place suffisante pour se développer ».
Telles sont les grandes lois de la morphologie humaine. Mais le corps humain est en outre un composé de systèmes et d’appareils, correspondant à des fonctions, fonctions de la vie
végétative (fonctions de nutrition et de reproduction), fonctions de la vie de relation qui le mettent en relation avec le milieu ambiant : tact, ouïe, odorat, phonation, vue, locomotion. Cette dernière peut être considérée comme la fonction de relation par excellence et un nombre considérable d’organes contribuent à la servir : os, muscles, articulations.
Les os sont comme la charpente du corps : on en compte 198 dans l’espèce humaine. Ils lui valent une forme fixe, une locomotion facile, une grande liberté dans l’exercice de toutes ses fonctions.
Cinq cents muscles environ viennent s’insérer sur les os et, par leur contraction, agissent sur ces derniers comme des leviers et les font mouvoir sur les articulations, les unes mobiles (diarthroses), les autres demi-mobiles (amphiarthroses), les autres immobiles (synarthroses).
« Les machines les plus parfaites que l’homme ait pu construire, dit A. La Pileur (1). ne sauraient se comparer pour la délicatesse, la précision et la variété de leurs organes et de leurs mouvements, au mécanisme admirable des articulations du corps humain. Même dans leurs parties les plus compliquées, les machines inventées par l’homme n’offrent rien que de
(1) Le corps humain.
simple et d’une précision mathématique impossible à méconnaître, car toutes les surfaces y sont conçues et tracées géométriquement. Dans les articulations, au contraire, tout y semble vague, incertain comme lignes ou comme surfaces, et, quand on examine une extrémité articulaire, par exemple l’extrémité inférieure de l'humérus, on serait tenté de croire, au premier abord, que ces saillies et cos dépressions non symétriques, ces gorges de poulies incomplètes et cet ensemble indéfinissable dans son irrégularité, appartiennent à une œuvre déformée ou modelée au hasard, par un esprit peu lucide ; mais, en voyant fonctionner l’articulation du coude mise à découvert par l’anatomiste, on reconnait que c’est à l’irrégularité même des extrémités osseuses, à la multiplication de leurs détails, àl’absence de symétrie, à l'étendue plus ou moins limitée de leurs surfaces articulaires, qu’est due la variété des mouvements, et l’on ne peut assez admirer cet ensemble si complexe, mais si justement calculé pour donner aux mouvements de l’avant-bras la précision, la solidité, la rapidité la plus grande, et pour combiner ces mouvements avec ceux du bras et de la main ».
Organes d’une grande simplicité en apparence, les articulations offrent dans leurs détails l’application la plus délicate des lois de la mé-
caniqtie et de la statique. Ce n’est pas tout : ces organes ne s’usent pas par le travail; ils se perfectionnent, au contraire, dans l’exercice et sous l’influence de leurs fonctions mêmes.