PSYCHOLOGIE DE L’EXERCICE
L’exercice source d'énergie et de volonté. — Education du courage et de la volonté par l’exercice. — Rôle moralisateur de l’exercice. — Rôle hygiénique de la joie et du plaisir. — Le plaisir dans l’exercice. — La joie est un tonique. — Le plaisir est un excitant du cerveau. — Influence de l'exercice sur les fonctions cérébrales. — Exercice musculaire et exercice des facultés psychiques et morales.
L’éducation physique, envisagée à son point de vue le plus élevé, embrasse tout ce qui peut développer cette force interne qui nous fait réagir contre le monde extérieur, au lieu d’en subir mollement les impressions, tout ce qui entretient chez nous cette énergie intime dont l’activité physique n’est qu’une application, et sans laquelle il n’y a ni activité morale, ni volonté, ni caractère. Aussi la gymnastique
bien entendue a pour objet général de former l’homme d’action, et l’homme d’action doit se trouver à un certain degré dans chaque homme, pour que celui-ci ait toute sa valeur morale. Sans cette capacité d’agir, si l’on peut ainsi parler, la vie intellectuelle elle-même risque de languir dans la paresse et l’inactivité.
L’exercice rend donc l’homme plus apte à la lutte ; en même temps elle lui donne du courage. En effet, le courage est fait d’énergie volontaire et d’endurance, c’est-à-dire de la faculté de mépriser les impressions désagréables ou douloureuses. Mais le courage est fait aussi d’énergie et de ténacité, facultés volontaires par excellence. L’exercice devient ainsi une éducation de la volonté. Or c’est dans la volonté que réside le plus souvent la valeur morale de l’individu.
« Cette disposition de l’âme aux actions viriles, ce goût des nobles plaisirs de l’activité préserve des séductions de la mollesse et de la volupté, écrit M. Roger (1). Ainsi la gymnastique devient une sauvegarde de la moralité privée. A ce titre surtout, elle doit jouer un rôle important au moment de la puberté, à cette époque critique où les forces longtemps amassées font explosion tout à coup et simultanément.
(1) L'ccLucation physique dans la famille et à l’école, Thèse de Paris, 1902.
Elle répartit sur tous les membres la sève exubérante qui tend à se concentrer vers les organes de la génération, et à prévenir les habitudes que l’excès de sensibilité de ces organes détermine trop souvent. Ni la morale, ni les menaces, ni les châtiments, ni les entraves ne peuvent combattre ces funestes tendances. C’est dans la fatigue des membres et une violente excitation musculaire qu’on trouve les seuls moyens de les prévenir ou de les détruire.
« En effet, si l’on veut éviter que ces forces se consument stérilement dans les folles passions ou dans une agitation intérieure dangereuse, il faut ouvrir le monde physique à l’ardente énergie de la jeunesse en même temps que le monde intellectuel et moral à sa curiosité ».
L’exercice a encore un autre effet psychique, mais à une condition toutefois, c’est que celui qui l’exécute, l’enfant particulièrement, y trouve du plaisir. Il n’est du reste complètement hygiénique qu’à cette condition spéciale. Pour être vraiment utile et productive, toute manifestation extérieure de l’énergie doit s'accompagner de plaisir. C’est la satisfaction intérieure que procure le résultat de tout effort accompli. Le plaisir dans l’exercice est une indication formelle. L’enfant a besoin de joie comme la plante de lumière: l’enfant privé de plaisir dépérit. La joie est un tonique, le plaisir un
excitant du cerveau. C’est pourquoi l’effet hygiénique général de l’exercice se fait sentir directement sur le cerveau.
Comme le fait justement remarquer G.
Demeny (1), cet effet hygiénique général de l’exercice influence les autres organes par le seul fait de la subordination des fonctions entre elles. L’exercice augmente les échanges nutritifs, il influe sur la vitalité des tissus et active toutes les fonctions.
Il n’y a peut-être pas d’organe plus sensible aux variations de nutrition que le cerveau, continue G. Demeny. Mal nourri, irrigué par un sang impur ou pauvre, il en souffre à sa façon ; il se produit des troubles fonctionnels de nature psychique. L’action des toxines ou ptomaïnes est aussi manifeste que l’action de l’alcool ou du chloroforme, exaltant ou abolissant les fonctions des centres nerveux.
Pour la même raison, un entrainement rigoureux aux règles de l’hygiène donne à l’économie son maximum de vitalité et fournit aux centres nerveux les éléments réparateurs indispensables. Ceux-ci peuvent ainsi faire face à une dépense importante d’énergie sans être au-dessous des conditions d’une bonne nutrition. Le cerveau se trouve dans un état meilleur de fonctionnement, de là une activité intellectuelle plus
(1) Les bases scientifiques de l'éducation physique.
calme, plus égale, plus positive et une sensibilité moindre.
Aussi l’influence pernicieuse du surmenage intellectuel scolaire sur le développement de la race est incontestable. C’est pour contrebalancer cette influence que les exercices physiques s’imposent. Il est non moins incontestable que les hommes d’étude ont tout particulièrement besoin de cet effet hygiénique pour reposer leur cerveau toujours en travail. L’exercice modéré est pour eux le seul moyen d’éviter les troubles de la nutrition qu’engendrent fatalement la fatigue nerveuse et l’état sédentaire.
G. Demeny conclut : « L’exercice musculaire est inséparable de l’exercice des sens et des facultés morales. Comme les muscles, les organes de la pensée et de la volonté s’améliorent suivant la loi générale, en s’accomodant à la quantité et à l’espèce de travail produit. Les phénomènes de la vie organique et les phénomènes moraux sont loin d’être séparés par une barrière infranchissable ; ils ont bien des caractères communs ». Ce n’est là en somme qu'une paraphrase de la parole de Platon que je citais plus haut : « Ne pas exercer l’àme sans le corps, ni le corps sans l’âme ; on imitera ainsi l'harmonie de l’univers ». C’est un axiome d une vérité éternelle.