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L'ÉDUCATION PHYSIQUE PAR L’EXERCICE

Effets funestes de l’inaction. — Effets heureux de l’exercice. L’exercice est la source de l’énergie physique et psychique. — Comment doit se faire l’éducation physique par l’exercice. — La gymnastique athlétique et la gymnastique hygiénique en éducation. — Règles générales d’hygiène.

« Il n’y a qu’un moyen de conserver la santé, écrivait le divin Platon : ne pas exercer l’âme sans le corps, ni le corps sans l’âme. On imitera ainsi l’harmonie de l’univers ».

En effet, l’inaction physique aies conséquences les plus fâcheuses : certains muscles s'atrophient, les tissus se laissent envahir par la graisse, les membres deviennent inaptes à certaines fonctions, le mouvement circulatoire se ralentit et ce ralentissement provoque fréquemment des troubles cérébraux : torpeur intellec-

tuelle, mélancolie, hypochondrie, etc. Au contraire, l’exercice journalier empêche le tissu cellulo-adipeux de s’accumuler autour des organes et de les surcharger de son poids ; il développe la résistance des parois abdominales, assouplit les muscles et les articulations, facilite les échanges respiratoires, active la circulation, en un mot il entretient et stimule la vie. Le mouvement, autrement dit l’exercice, est une source d’énergie et partant de vitalité, aussi bien au point de vue physique que psychique. « La force et surtout la santé physique, dit E. Bocquilion (1), en même temps qu’elle est le moyen de l’action, de l’acte créateur, est aussi la condition indispensable de la raison, de l’activité réfléchie ; elle est aussi la condition de la résistance morale, de la tension du caractère. Ce n’est pas en vain que les mêmes mots servent à désigner l’énergie physique et l’énergie morale, ce n’est pas un caprice du hasard, c’est que les qualités au fond sont • connexes, que nous les voyons croître parallèlement chez l’individu qui les possède, s’affaiblir et disparaître chez celui que ruine la maladie ».

(1) Elude expérimentale cl comparée de l'action des différentes méthodes d’éducation physique sur le développement corporel et le développement musculaire. Thèse de Paris, 1905.

L’éducation physique par l’exercice est donc une nécessité. Mais il ne faut pas oublier qu’elle doit toujours être la pratique méthodique de mouvements proportionnés à l’âge, à la force, à l’endurance, à la profession de celui qui agit. Une gymnastique rationnelle et pratiquée avec modération peut atténuer les elfets d’exercices quotidiens professionnels trop limités à certaines régions de l’appareil locomoteur. Chez l’homme qui, par ses habitudes ou sa profession, demeure sédentaire, elle sauvegarde la santé, harmonise les diverses fonctions du corps et ses manifestations intellectuelles en l’obligeant à un exercice équivalent à un travail physique. Ainsi les exercices physiques se substituent à la vie naturelle dont nous écarte la vie sociale. Par eux et avec eux nous rentrons dans la voie normale et nous reprenons nos aptitudes, nos formes et nos énergies primitives.

La gymnastique doit donc s’adresser à tous. « Elle ne fait pas de sélection, écrit Seuvre. Elle tend la main aux faibles ; elle satisfait les forts. Elle veut utiliser toutes les énergies ». Par conséquent, il ne faut pas confondre la gymnastique athlétique avec la gymnastique hygiénique.

Le mot gymnastique éveille encore, chez bien des personnes, deux idées: l’idée d’exercices acrobatiques et l’idée d’exercices militaires. Au-

trefois, en effet, l’enseignement reçu au lycée ou à la caserne était identique : tourner autour d’une barre fixe, prendre des attitudes compliquées en se pondant à des anneaux ou à un trapèze, faire des exercices d’équilibre dangereux, des tours de force. La seconde partie du programme comprenait des exercices d’assouplissement, des manœuvres d’ensemble, le maniement des armes. Aussi le bon élève en gymnastique devait aboutir à être soit un acrobate ou un équilibriste distingué, soit un soldat habile à la manœuvre. Maison n’obtenait pas ainsi l’amélioration de la santé, l’augmentation de la force, le perfectionnement de l’individu et de la race.

Dans l’éducation physique, l’exercice ne doit pas être un but, mais un moyen. Gomme le fait justement remarquer F. Lagrange (1), s’il faut que l’enfant marche, courre et saute, ce n’est pas pour lui apprendre à marcher, à courir, à sauter, ou, du moins, ce ne sont là que des résultats accessoires, en comparaison de ceux que l’hygiène poursuit. L’exercice appliqué à l’enfant n’a même pas pour but direct de rendre ses membres plus forts et ses mouvements plus adroits. L’hygiène vise plus haut : elle cherche à donner à l’enfant une qualité qui doit passer

(1) L'hygiène de l’exercice.

•avant l’adresse, et même avant la force musculaire, une qualité qui est la base de toutes les qualités physiques : la santé. Or la santé consiste dans le parfait équilibre des grandes fonctions vitales. Et le but hygiénique de l’exercice est de maintenir l’équilibre dans ces grandes fonctions, car elles se troublent dès que l’exercice fait défaut.

La gymnastique ne doit donc pas non plus rechercher le développement exclusif des muscles. En effet, si la force musculaire permet à l’homme de repousser avantageusement une agression, c’est la résistance de tous les organes et l’énergie de toutes les fonctions vitales qui lui assure la victoire dans la lutte contre les influences morbides.

Telle doit être l’idée maîtresse qui doit présider à l’emploi de l’exercice dans l’éducation physique.

Il est, en outre, d’autres principes d’hygiène générale dont il faut tenir compte et d’autres dont il ne faut jamais se départir.

Les exercices devraient toujours être exécutés en plein air. Il faut, pour compenser les dépenses occasionnées par le travail musculaire, un appel abondant d’oxygène. Aussi l’exercice a l’air confiné semble plus nuisible qu’utile. Les préaux des écoles, à Paris du moins, sont généralement suffisamment aérés pour qu’on puisse

y faire travailler les enfants avec avantage. II faut aussi que les exercices se fassent à un moment suffisamment éloigné des repas pour ne pas risquer d’entraver la digestion : le meilleur moment serait une heure avant le déjeuner ou le dîner.

Comme je l’ai déjà dit, les exercices doivent toujours être appropriés à l’àge et à la force du sujet, et aller du simple au composé, de façon à amener la graduation dans l’effort. On peut aller jusqu’à la fatigue, mais il ne faut pas dépasser certaines limites. Or le meilleur critérium d’excès, c’est l’appétit : s’il est bon, on ne fait pas trop d’exercice ; s’il diminue, il faut se modérer.

Ce ne sont là bien entendu que des règles très générales d’hygiène de l’exercice ; pourtant elles ne souffrent guère d’exceptions / Aussi il m’a paru utile de les poser en principes avant d’entreprendre l’étude des différentes méthodes de gymnastique.

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