I.— Les déviations de la colonne vertébrale
« On a comparé, dit de Saint-Germain (1). la colonne vertébrale infléchie à un arc. Pour redresser un arc, deux moyens sont à notre disposition : exercer une traction sur les deux
(1) Chirurgie orthopédique.
extrémités de l’arc, ou faire une pression sur le point culminant de la courbure avec une contre-pression en sens inverse sur les deux extrémités de l’arc. Compliquez à plaisir toutes les déviations de la colonne vertébrale, à simple ou à double courbure, à droite ou à gauche : vous serez forcés de faire rentrer dans l’un ou l’autre de ces procédés tous les moyens thérapeutiques employés ». Et les meilleurs de ces moyens ne pourront être que des exercices physiques.
Supposez un individu atteint de lordose et dont on se propose de faire disparaître la difformité. On le fait mettre debout, les bras tendus, puis pencher la partie supérieure du corps en avant, en cherchant à toucher le sol avec les mains. P. Redard fait placer le sujet dans le décubitus dorsal sur un plan résistant, les membres inférieurs immobilisés par un aide ou une courroie, puis se redresser lentement et s’incliner en avant pour se placer ensuite dans la position du début. Le chirurgien exerce pendant ce temps, au niveau du thorax, une pression de résistance au mouvement de redressement et de flexion en avant du tronc. Il y a plus de cent ans qu’Audry avait déjà compris le mécanisme de cette gymnastique de la lordose. « Si la taille fait un creux, dit-il, en sorte que l’épine soit tournée en dedans, ce qui est le
contraire de la bosse du dos, faites souvent courber l’enfant. Jetez-lui pour cela des cartes ou des épingles sur le plancher : il se fera un plaisir de les ramasser. La situation qu’il sera obligé de prendre pour en venir à bout, contraindra, à la longue, l’endroit creux de son épine à revenir au devant ». Rien de plus exact. Ce sont là de petits moyens, en apparences empiriques, mais parfaitement efficaces. S’agit-il d’un cas de cyphose ? La méthode est la même. Un jour une femme s’en va consulter un médecin de mes amis pour son enfant atteint de cyphose prononcée. Le médecin ouvrit la fenêtre, montra à la mère le funiculaire qui monte au Sacré-Cœur de Montmartre : « Tous les jours, après l’école, dit-il à la mère, vous donnerez deux sous à votre enfant pour monter au Sacré-Cœur avec le funiculaire. Il descendra à pied. Dans un an, il sera guéri. Allez ». La mère s’en alla, mal convaincue. Mais l’enfant goûta cette thérapeutique et la mit en pratique. Au bout d’un an il était guéri.
Cette anecdote est authentique et la prescription du médecin était parfaitement rationnelle. Tous les exercices gymnastiques qui visent le redressement de la colonne vertébrale d’un cyphotique, ont plus ou moins pour but l’extension du tronc en arrière. Or, qui descend une cote, prend naturellement et forcément
cette attitude. On pourra faire exécuter des mouvements d’extension de la colonne vertébrale en portant les mains à la nuque, des mouvements d’élévation des bras avec extension du tronc en arrière, on n’obtiendra pas un résultat meilleur. Le premier mouvement est naturel ; il répond à un besoin instinctif et nécessaire d’équilibre ; les autres sont artificiels et sont plus ou moins bien exécutés. En outre, le premier exercice a l’avantage d’être exécuté en plein air, les autres dans un lieu clos.
Si l’on veut produire un effort musculaire plus intense et partant obtenir un résultat plus rapide, il faut recourir aux exercices avec résistance soit dans la station verticale, soit dans la station assise, soit dans la station couchée, soit dans la station suspendue. Supposons qu’on veuille faire résistance à l’extension du dos: l’enfant, les mains aux hanches, incline légèrement le tronc en avant, la tête droite ; le professeur fait résistance à l’extension du tronc en plaçant ses mains sur la partie la plus saillante du dos ; ou bien, l’enfant, couché sur une table, le tronc en saillie en avant de celleci, les mains aux hanches, étend sa colonne vertébrale dans toute sa longueur et résiste à l’action de la pesanteur pendant un temps donné.
Même principe pour le traitement de la scoliose. On fait exécuter des flexions latérales avec ou sans résistance du côté de la convexité, des mouvements d’escrime, etc. Les exercices dans la station couchée et la station suspendue, indiqués par Dérué et E. Laurent, concourrent au même but. L’enfant se couche sur une table, le tronc un peu débordant, un aide fixe les jambes et le maître exerce une pression sur la convexité pendant que de l’autre main il attire à lui le buste. Dans la station couchée latérale, une main à la nuque et l’autre à la hanche, l'enfant étant couché sur le côté du corps correspondant au côté concave de la courbure, le buste en dehors de la taille, résiste à l’action de la pesanteur qui tend à l’entraîner à terre et produit ainsi une convexité contraire à celle dont il est atteint.
On trouvera la description détaillée de ces exercices dans la thèse de Naulet (1) et dans le manuel de Dérué et E. Laurent (2). Un principe s’en dégage, c’est que, pour corriger une difformité, on doit tâcher d’obtenir durant le traitement une difformité inverse. Ainsi, par exemple, pour obtenir une guérison complète et
(1) Contribution à l'étude du traitement des déviations de la colonne vertébrale par la gymnastique raisonnée. Paris, 1901.
(2) Manuel de gymnastique éducative et corrective .
durable de la scoliose, il faudrait pouvoir, durant quelques mois, fixer le tronc en scoliose opposée ; après cessation du traitement, le résultat définitif serait le retour à la forme physiologique.