II. — Les maladies du cœur
Il est aujourd’hui démontré que la gymnastique peut améliorer un certain nombre d’affections cardiaques. Les symptômes, tels que palpitations, oppression, insomnie, troubles gastriques, vertiges, douleurs de tête, cyanose, disparaissent ou diminuent. Selon M. de Tacké (1), les souffles disparaissent quand ils sont basés sur l’anémie ou autres causes accidentelles ; quand ils sont d’origine organique, ils peuvent, après un traitement prolongé, diminuer d’intensité.
On commence le traitement par des mouvements passifs. Ceux-ci sont extrêmement nombreux et très variables suivant les cas, car les malades peuvent être traités ou bien couchés, ou bien assis, ou bien debout. Widc classe les mouvements auxquels le sujet est ainsi soumis
(1) Traitement des maladies du cœur par la gymnastique suédoise. Thèse. Paris, 1897.
en trois groupes : pétrissage des muscles, mouvements de circumduction, mouvements favorisant la respiration (1).
Le pétrissage des muscles est fait sur les masses musculaires des jambes et des bras et a pour but de favoriser le retour vers le cœur du sang des veines intra-musculaires de la périphérie ; il est complété par des frictions douces, de 1’elïleurage. Le tout doit être pratiqué sans violence, mais avec une certaine force et dans le sens de la circulation veineuse préférablement. Chez beaucoup de malades, il est encore utile de faire le pétrissage de l’abdomen pour désobstruer le système nerveux de l’appareil digestif.
Les mouvements de circumduction sont considérés par E. Barié comme les plus aptes à stimuler la circulation. Ils comprennent la circumduction des mains et des bras, des pieds et des jambes, la circumduction de la tête et celle du tronc. Ces mouvements produisent un allongement et un raccourcissement alternatifs et répétés des veines de la périphérie et de celles qui entourent les articulations mises en jeu; il s’établit ainsi un mouvement d'aspiration du sang pendant l’allongement et l’éva-
(1) V. E. Barié. Le traitement des maladies du cœur par la gymnastique suédoise. Semaine médicale, 1897.
cuation dans la direction du cœur durant le stade de raccourcissement.
Les mouvements de circumduction de la tète facilitent la circulation des gros troncs veineux de la tête et du cou ; ils sont surtout utiles aux cardiaques qui se plaignent de lourdeurs de tête, de céphalée persistante, et présentent une tendance marquée aux poussées congestives. On doit les pratiquer avec lenteur et pendant une durée assez courte, car, s’ils sont prolongés, ils peuvent être suivis de bourdonnements d’oreille et d’étourdissement.
Le massage des muscles de la nuque peut être ajouté quelquefois comme manœuvre complémentaire aux mouvements de circumduction de la tête.
La circumduction du tronc agirait sur la circulation de la veine cave et de ses branches. Lindblom la regarde comme un des meilleurs mouvements gymnastiques qu’on puisse conseiller dans les maladies du cœur, à la condition toutefois de n’employer guère qu’une certaine circumduction à mouvements elliptiques ; elle exercerait sur le système nerveux une action sédative remarquable.
Tout ce qui favorise l’amplitude de la respiration et, par suite, l’oxygénation du sang, est de première importance pour les cardiaques, chez lesquels les fonctions d’hématose sont si
languissantes. Wide recommande, comme mouvements propres à faciliter la respiration, le soulèvement du thorax, l’extension du thorax et les mouvement d’élévation des bras ; ils doivent être très doux, mais en même temps assez amples pour que l’inspiration et l’expiration soient aussi profondes que possible.
Lindblom insiste beaucoup sur un mouvement dont il dit grand bien, surtout pour les cardiaques obligés de garder le lit : c’est le soulèvement passif du malade en le prenant à la fois sous la nuque et sous les épaules ; on le soulève ainsi progressivement, sans le moindre effort de sa part, jusqu’à ce qu’il soit assis. On lui fait garder cette position durant quelques instants, puis on lui recourbe la tête et on le remet lentement dans le décubitus dorsal, la tête aussi basse que possible. Ce mouvement doit être renouvelé plusieurs fois par jour. Le même auteur conseille encore, lorsque le malade est assis, de pratiquer à main plate, un peu de tapotement de la partie postérieure gauche du thorax répondant au cœur. Lorsque le patient n’est pas alité, cette manœuvre peut être remplacée par un mouvement passif de rotation alternative du tronc.
La pratique des mouvements passifs, dit encore E. Barié, se complète presque toujours par divers moyens externes appliqués plus
spécialement au niveau delà région précordiale: c’est, si l’on veut, un traitement local. Celui-ci comprend spécialement le tapotement à main plate, l’elfleurage, les mouvements de hachement et de vibration du thorax. On pense que l’irritation cutanée locale produite par ces manœuvres agit par voie réflexe sur le pneumogastrique, dont l’influence modératrice sur le cœur se trouve ainsi mise en branle.
Les mouvements actifs ne sont pas moins utiles que les moyens passifs, et il faut y avoir recours aussitôt que le sujet a. été suffisamment préparé par les mouvements passifs. Grâce à la localisation, au fractionnement de l’effort, à la graduation des résistances, on a l’avantage de pouvoir produire des mouvements analogues, quant à la forme, aux mouvements delà vie ordinaire, mais ne nécessitant qu’une force de un à dix kilog. pour commencer.
Pour faciliter la circulation veineuse dans les membres inférieurs et par conséquent combattre l’œdème, on fera exécuter au malade couché des mouvements de flexion et d’extension du pied sur la jambe, de la jambe sur la cuisse. Pour régulariser le rythme des battements cardiaques, on fera exécuter des respirations lentes et profondes avec mouvements d’élévation et d’écartement des bras. Par contre, on évitera les mouvements de flexion
du tronc en avant et en arrière, car ils provoquent une gêne momentanée de la respiration et réagissent ainsi d’une façon fâcheuse sur le cœur.
En somme, l’exercice ou la gymnastique ainsi compris accélèrent la circulation périphérique par l’influence exclusivement mécanique de la gymnastique sur le réseau capillaire et les veines. L’action du cœur est en outre rendue plus facile par rabaissement de pression que produisent dans le système artériel la dilatation des artères et la consommation plus grande du sang dans les muscles en activité. Enfin la circulation pulmonaire est accélérée en raison des mouvements respiratoires plus fréquents et plus profonds qui ont lieu à la suite de tout exercice.
On comprendra facilement quels résultats heureux on peut retirer de tels effets dans le traitement des cas de dilatation et d’hypertrophie cardiaque et aussi dans les formes si variées-et si complexes des névroses du cœur.