‹ Précis d'éloquence et d'art oratoire ...: précédé d'une introductionChapitre 5 sur 27 · INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION HISTORIQUE

Les poètes grecs ont pu dire, avec une ombfe deyéritéyque la poésie est un fruit du sol hellénique, une fleur des vallons de Tempe. Il n'en est pas de même de Félo- /• quence. L'éloquence brille et tonne partout où régnent les passions , et jamais les pas- f sions, étemelles et irrésistibles dominatrices du monde, n'ont recomiu pour limites les bornes étroites du Péloponèse et de l'AtUque. Sans doute ces yastes contrées asiati- • '> J ques qui se glorifient de législateurs , de ÎJr^ pontifes , de moralistes tels que Zoroasti«V7 Brâhma , Confucius , ne manquèrent point^ d'orateurs. Elle n'en manqua point non plus cette vieille Egypte, berceau des science^, de la théologie et de la moi aie. Peut-être

ELOQUEKOft, I

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même les Juifs en turent-ils; car, quoique leurs livres historiques ou lyriques ne con-" tiennent presque aucun monument d'^LçH quence, Moïse, Josué, et en général les * ckeis du peuple Israélite, ne durent point être étrangers à Tart de convaincre , de persuader, de séduire. Enfin les strophes épar^ ses qui restent de quelques bardes Scandinaves, de quelques chants anglo-saxons, quelques hymmes guerriers des peuplades incivilisées de l'Amérique septentrionale, et surtout la fameuse réponse de ces sauvages qui s'écrient : «Dirons-nous aux ossemens de nos pères : Levez-^ous et marchez , » démontrent assez que , même dans les contrée^ les plus âpres des deux mondes, la nature n'a pas refusé aux habitans les grandes pensées, les nobles inspirations, les expressions passionnées et les mouvemeas impétueux , premiers élémens de Véloquence. Mais ni les uns ni les autres n'ont légué à la postérité les monumens et les preuves de leur génie ,. et la postérité ne peut faire figurer leur nom que pour mémoire dans les fastes de l'éloquence.

L'éloquence ne commence réellement à

i tUSTORIQUB. S

paraître d'une manière authentique que dans la Grèce. On la voit éclore sur cette ten^ classique de la liberté , de Théroïsme et des beaux-arts, en même temps que la civilisation. A cette époque semi-fabuleuse où ses peuples se révélèrent à eux-mêmes et au monde, Orphée, Linus , jâmphion, im* provisent, au son de la lyre, des hymnes, sans , doute des hymnes éloquens , et dont les formes poétiques voilaient un gf and génie oratoire. Plus tard, Ljrcurgue fait passer à SpaHe un code de lois sévère et en quelque sorte sanglant : eût-il assuré le triomphe à de telles innovations, sans éloquence? Bientôt Tjrtée se fait entendre; et ses élégies, inspirées par Bellone , rallient trois fois les fuyards , et les amènent d*un champ de b2>t aille, témoin de leur honte, dans les murs de Messène. Enfin des formes républicaines, ochlocratiques même \ s'établissent dans Athènes; une tribune s'y élève, Soton constitue en quelque sorte légalement l'éloquence, et il en offre lui-même le modèle.

Pisistrate son neveu, Thémistocle, Cimon, s'illustrent bientôt sur ses traces. Pisistrate surtout, quoicpie ayant anéanti momenta-

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nément la liberté nationale, laissa , comme ! ^ orateur, un souvenir immortel , et les histo- ' riens contemporains, en le flétrissant du nom de tyran , n'en parlent qu'avec l'accent de I " 4^admiration. ^

Périclès surpassa Pisistrate qui avait sur- ^ passé tous les autres, et il parvint, par la supériorité incontestée des talens oratoires , | ^ à une puissance sans limites. Ses succès ^ éclatans opérèrent une révolution soudaine dans tous les esprits, et révélèrent à Athènes un secret ignoré jusqu'alors, que l'éloquence était le levier du pouvoir. Aussi dès lors et don précieux de la nature fut-il du domaim^ de l'art, et tous les jeunes ambitieux le cul- 1 ^ tivèrent avec enthousiasme; la foule de ceux ! pour qui l'exemple et la mode font tout ' suivit cet exemple, et l'on vit apparaître les | rhéteurs , les sophistes qui se chargeaient , 1 ^ les uns d'enseigner tous les secrets de l'élo- 1 * quence, les autres déparier successivement I ^ sur toute espèce de sujets, et même de plai- ! ^ der tour à tour le pour et le contre , le j»"»'* ^ et riiijuste , le raisonnable et l'absurde .

[i] Fojei la Rhétorique de TEkctclopédik fonriT

, HISTOBIQUS. ' ^ 8

Parmi les premiers , Gorgias de Léontium, Protagore d'Abdèrê, Hippias d*Élée, ThrasX' moque de Ghalcédoine, Prodicns de Chio, occupèrent le premier rang. Une femme, la célèbre Aspasie de Milet , les Calait cependant : non moins remarquable par son génie que par sa beauté, cette enchanteresse enseigna l'éloquence dans Athènes , et peutêtre ses leçons ne furent-elles point inutiles à Périclès ; elle lui apprit du moins que convaincre n'était pas tout en éloquence, et que plaire, charmer, séduire, était bien plus nécessaire que démontrer. Au barreau et dans les assemblées délibérantes, ainsi qu'à la cour de Vénus, il faut avoir pour soi la déesse de la persuasion.

En même temps deux grands historiens , Hérodote et ^ucjrdide, avaient transporté l'éloquence dans la narration naïve et grave des événemens contemporains. Le fils d'Olorns surtout inspire l'admiration par la rapidité énergique, concise et mâle de son style. Mais il avait rempli des charges publiques, il avait commandé les armées athéniennes, il i^it subi l'exil, il avait vécirbeaucoup en ^ peu d'années : qui s'étonnerait de cette élo-

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