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CHAPITRE IV

l’art EN FRANGE AU XVe ET AU XVIe SIECLE

Sommaire. — La Renaissance française à ses origines est apparentée à la Renaissance flamande, ou plutôt, de part et d’autre, c est un art nouveau qui se développe avec les mêmes caractères et qui s’oppose à l’art du Midi. Charles V, ses frères, en sont les protecteurs. La cour des ducs de Bourgogne, à Dijon, en devient un des centres les plus actifs : là travaille le sculpteur Claus Sluter. Sur les bords de la Loire, où les rois de ce temps font élever d’exquises résidences (Blois, Amboise, Chambord), se forme l’école de Tours qu’illustrent le peintre ,Jean Fouquet et le sculpteur Michel Colombe, l’auteur du tombeau du duc François II de Bretagne, à Nantes. A la suite des guerres d’Italie, l’influence italienne s’introduit en France, mais sans y étouffer d’abord l’originalité de l’art français. Les châteaux de ce temps, d’une si aimable élégance, ont une physionomie bien française. Philibert de l’Orme, Pierre Lescot, Jean Bullant, sont les principaux architectes de ce temps : c’est à eux qu’on doit la majeure partie du Louvre et des Tuileries. Parmi les sculpteurs, les meilleurs sont : Jean Goujon, d’une grâce si délicate (la Diane , les Nymphes , au Louvre); Germain Pilon (les Trois Grâces , au Louvre), et, en province, l’énergique Jean Richier. En peinture, la famille des Clouet reproduit, dans des portraits d’une précision fidèle, les rois et les princes de la cour des Valois. C'est aussi pour les arts industriels une belle époque : Bernard Palissy invente ses plats émaillés; l’école de Limoges multiplie ses émaux peints qui sont de véritables tableaux; les meubles affectent des formes charmantes et fines. Dans tous les arts l’élégance est le caractère dominant de la Renaissance française.

Caractères de la première Renaissance française. — Au xive et au xvc siècle, l’art apparaît en France avec les mêmes caractères généraux qu’en Flandre : il est réaliste. Entre les oeuvres des deux pays il est souvent malaisé de

LA RENAISSANCE

distinguer : il en est qu’on attribuait autrefois aux Van Eyck, à Rogier Van der Weyden et que des documents certains ont depuis restitués à des maîtres français. D’ailleurs bon nombre des artistes qui travaillaient chez nous étaient originaires soit de la Flandre, soit des provinces du Nord : on en trouve, pendant tout le xve siècle, non seulement à Paris ou à Dijon, mais à Troyes, à Rouen, à Tours, à Lyon, jusqu’en Provence ou en Languedoc. Aussi, lorsqu’on a recherché les premières origines de notre Renaissance, a-t-on soutenu que c’était en Flandre qu’on les retrouvait, et que l’art français fut alors comme un prolongement de l’art flamand. Il semble cependant qu’il y ait quelque témérité à affirmer cette suzeraineté de la Flandre. Il est même probable que c’est la France qui a exercé son action sur la Flandre et que les Van Eyck ont subi l’influence des miniaturistes parisiens. Nous sommes trop enclins à transporter en quelque sorte dans le domaine de l’art des frontières politiques qui d’ailleurs sont de formation plus récente. Au xve siècle, on ne distinguait pas, de la façon dont nous le faisons aujourd’hui, les deux pays: des Italiens parlant de Jean Van Eyck et de Rogier Van der Weyden les qualifiaient de « Gaulois ». De part et d’autre s’accomplissait la même évolution, et à ces dénominations trop étroites d’art flamand et d’art français il serait plus exact de substituer celle d’art des pays du Nord.

La cour de France. — Au xive siècle, sous Philippe VI, Jean II, Charles V surtout, la cour de France fut un centre littéraire et artistique. Des sculpteurs, des peintres vivaient auprès d’eux. Le plus ancien tableau-portrait qui nous reste est celui de Jean II (Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale) : il est probablement l’œuvre de Girard d’Orléans, qui était son valet de chambre et son peintre, et prouve la recherche scrupuleuse de la ressemblance individuelle. Christine de Pisan, qui fut l’historiographe de Charles V, nous apprend qu'il fut « droit artiste » et qu’il « se demonstra vray architecteui\ deviseur certain et prudent ordeneur lorsque les belles fondations fist faire en maintes places, notables édifices, beaux et nobles, tant d’églises comme de châteaux à Paris et ailleurs ». Ce n’était plus un roi chevalier, grand donneur

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de coups d’épée, mais un roi sage et sédentaire, gouvernant, administrant, négociant du fond de son cabinet. Il aimait les beaux manuscrits et il se forma une bibliothèque; il faisait traduire les auteurs anciens : les manuscrits à miniatures exécutés pour Charles V sont en partie conservés à la Bibliothèque nationale. Le Louvre de château se transforme en palais; le roi d’ailleurs habite de préférence à l’hôtel Saint-Pol, dont il a surveillé la construction de façon à en faire une résidence riante et confortable. Raymond du Temple est son architecte; il l’appelle « son bien aimé sergent d’armes et maçon »,et il est le parrain d’un de ses fils. Comme peintres, comme sculpteurs, il emploie Jean de Saint-Romain, André Beauneveu de Valenciennes, Jean Hennequin de Liège, Jean Bandol de Bruges, Jean Coste, Colart de Laon, d’autres encore. D'André Beauneveu sont certainement les statues funéraires de Philippe VI, de Jean 1 1, de Charles V,àSaint-Denis. Il était également peintre et miniaturiste. A Saint-Denis se trouvent aussi d’autres œuvres dont les auteurs sont connus : la statue de Blanche de France par Hennequin de Liège, la tète de la statue de du Guesclin par Thomas Privé et Robert Loisel, le buste de la statue d’Isabeau de Bavière par Pierre de Thury. Les statues de Charles V et de sa femme Jeanne de Bourbon, exécutées pour le portail des Célestins à Paris, sont d’un réalisme sincère (fig. i38). Une des œuvres les plus remarquables de cette époque est le Parement de Narbonne (Louvre), dessin sur soie blanche qui représente des scènes de la Passion avec Charles V et Jeanne de Bourbon agenouillés. Après Charles V, les désastres de la guerre de Cent ans contribuèrent malheureusement à enrayer à la cour de France ce développement des arts, cette première Renaissance. •

Les frères de Charles V imitèrent son exemple et, entre tous, le duc de Berry, qui ne mourut qu’en 1416. Il était en relations avec tous les pays, avec l’Italie comme avec la Flandre, achetant des bijoux, des pièces d’orfèvrerie, des meubles de prix. Il multipliait les somptueuses constructions, à Bourges, à Poitiers, à Riom. Son château de Mehun-sur-Yèvre était « une des plus belles résidences du monde ». Ses manuscrits à miniatures, dont quelques-

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