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L ART EN FLANDRE ET EN ALLEMAGNE

se de. » Si ses œuvres peuvent paraître parfois rudes et sans harmonie, elles sont toujours pleines de vigueur et de seve. Quand il traite des sujets chrétiens [Passion du Christ , Scènes de la vie de la Vierge), il leur donne un caractère local : types, costumes, mœurs, paysages, tout y rappelle l’Allemagne, mais il y mêle une poésie intime qui transforme la composition et la marque d’un caractère religieux.

Ce sont bien les personnages de l’Évangile, mais sous les formes réelles etconcrètes que leur prêtait l’imagination populaire. De même que Luther traduit les Livres saints dans la langue vulgaire,

A. Durer traduit les croyances ch rétiennes dans un art que tous peuvent comprendre.

Au point de vue

technique, c’est Cl. Girauuon.

encore un grand Flr" " ^ A' d0rer- — mélancolie. maître. Dans ses (Gravure.)

gravures, il procède avec une sûreté et une vigueur extraordinaires, en même temps qu’il sait s'attacher aux moindres détails, quelquefois même avec une trop minutieuse complaisance.

Holbein. — A. Dürer est le chef de l’école de Franconie, l’école de Souabe, d’où sortent les Holbein, est moins indifférente aux préoccupations de beauté et d’élégance. Ces tendances existent déjà chez Holbein le Vieux; elles s’accentuent chez son fils, et, s’il reste bien Aile-

LA RENAISSANCE

mand, il subit plus que Dürer l’influence de l’Italie; elle est sensible notamment dans l’architecture et dans les encadrements. Né en 1497 à Augsbourg, dès 1 5 r 5 il est établi à Bâle. Les anecdotes qu’on a fait courir sur sa paresse et son ivrognerie 'sont des légendes. De 1526 à i 528, il tente une première fois fortune en Angleterre,

il y retourne en 1 532, et, sauf un court voyage à Bâle en 1 538, il y reste jusqu’à sa mort (i543), fort apprécié et, à partir de 1 536, employé par Henri VIII. Portraitiste, il est d’une sincérité et d’une précision ^incompa râbles (plusieurs portraits au musée de Bâle, portraits d’Erasme [fi g.

1 36], d’Anne de Clèves, au Louvre, etc.). Peintre religieux, il a exéfig. i36. — holbicin. — portrait, d’érasme. cuté de nombreu- (Musce du Louvre.) ^cs madones, par-

mi les plus belles

est celle de Darmstadt. Son Christ mor^( fig. i3y) du musée de Bâle ( 1 5 2 1 ), œuvre réaliste, où le dessin et la couleur conspirent à accuser les horreurs du cadavre, est effrayant de vérité. Mais, en même temps, l’expression qu’ont gardée les traits du Christ au moment de la mort est d’une beauté tragique. Tout s’y lit, les ardeurs passées, les luttes douloureuses, la foi dans l’œuvre, les angoisses de l’agonie morale; la bouche est entr’ouverte comme pour un dernier cri, une dernière adjuration. Cette inspiration se retrouve dans d’autres œuvres, et notamment dans les dix dessins de la

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Passion (musée de Bâle), où toutes les souffrances du Christ sont rendues d’une façon poignante. Ces dessins sont certainement ce qu’il a fait de plus puissant comme composition.

Ses portraits au crayon et à la plume, légèrement relevés de tons de chair, sont merveilleux de précision, de souplesse et de vie; jamais la physionomie ri’a été saisie avec plus de simplicité et de naturel. Il avait abordé aussi la grande décoration et les sujets antiques dans ses peintures murales de la salle du Conseil à Bâle, qui, par malheur, ont presque entièrement disparu. Enfin Holbein a composé de nombreux dessins pour la gravure : les 83 dessins pour l 'Eloge de la Folie d’Érasme,

Y Alphabet de la Mort , les Simulacres de la Mort , où il retrace avec une verve inépuisable et une ironie lugubre les triomphes de la Mort sur la puissance et la beauté comme sur la misère.

Parmi les contemporains d'A. Durer et d’Holbein, Lucas Cranach (1472-1553),- sans les égaler, possède un talent original. Ses madone* sont de jeunes Allemandes, fraîches et fines, dont le visage séduit par un mélange de candeur et de mièvrerie. En outre, il aime à peindre le nu (plusieurs figures d’Adam et d’Ève) et emprunte des sujets à la mythologie païenne (Vénus, au Louvre); mais, par la cônception comme par le style, il est étranger à l’art antique ; ses figures, aux formes souvent pau-

LA RENAISSANCE

vres et trop longues, sont posées avec une élégance maniérée.

De l’influence de la Réforme. — On a discuté l’influence qu'exerça la Réforme sur les arts. Sans doute les idées nouvelles ont parfois déchaîné contre les anciens monuments religieux des bandes d’iconoclastes; cependant Luther ne proscrivait point les arts; A. Dürer, Holbein, Cranach étaient protestants et ne renoncèrent ni à la peinture ni aux sujets sacrés. Peut-être les doctrines qu’ils adoptèrent contribuèrent-elles à les affranchir du respect des traditions et développèrent-elles chez eux la tendance à donner à l’art chrétien une forme populaire; mais, avant Luther déjà, c’était de ce côté que se dirigeait l’école allemande. D’autre part, si, dès la seconde moitié du xvie siècle, l’art allemand est en décadence, faudra-t-il en accuser la Réforme? Il ne semble point que tel ait été son rôle : si les artistes allemands deviennent fort médiocres, c’est qu’ils dépouillent leur caractère national pour imiter sans originalité le style italien.

Bibliographie.

Dehaisnes, l’Art dans la Flandre, l’Artois et le Hainaut avant le XV* siècle, 1886. — La peinture aux Pays-Bas a eu son Vasari : Karel Van Mander, le Livre des peintres , trad. Hymans, 1884"

— Sur l’histoire mime de l’école, l’excellent livre de Wauters,- la Peinture flamande (Bibliothèque de l'enseignement des Beaux- Arts) ; Fromentin, les Maitres d’autrefois, 1876, études personnelles d’un peintre, doublé d’un écrivain, sur les grands maîtres de l’école flamande; — James Weale, Hubert Van Eyck ( Gaqette des Beaux- Arts, 1903); — Paul Durrieu, les débuts des Van Eyck (id., 1903);

— Wauters, Sept études pour servir à l’histoire de Hans Memlinc, i8g3 ; Weale, Hans Memlinc, 1901 ; — Courajod, Leçons professées à l’école du Louvre , t. 11, 1901. — Fiérens-Gevaert, la Renaissance septentrionale et les premiers maitres des Flandres, 1905. — Dalbon, les Origines de la Peinture à l'huile, 1904. — Sur les tapisseries, voir : Müntz, la Tapisserie {Bibliothèque de l’enseignement des Beaux-Arts);

— Guiffrey, la Tapisserie depuis le moyen âge jusqu'à nos jours, 1886.

Pour l’école allemande, Jansen, l’Allemagne à la fin du moyen âge

et à l’époque de la Réforme, trad. fr., contient d’importants chapitres.

— Janitschek, die Malerei, dans la Geschichte der deutschen Kunst, 1889. — Emile Michel, les Musées d’Allemagne, 1886. — Principales monographies: Thausing, Albert Durer, trad.Gruyer, 1876 ; — P. Mantz, Hans Holbein. 1879. — Dans la collection les Maitres de l'Art: Hamel, Albert Dürer, 1904; Benoit, Holbein, 1903. — Dans la collection les Villes d’Art célèbres : Réer, Nuremberg, igoô.

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