FIG. 1 38. — STATUE DE CHARLES V DESTINÉE A’J PORTAIL DES CÉLEST1NS
(Musée du Louvre.)
l’art EN FRANCE AU XV* ET AU XVIe SIÈCLE. 269
des artistes italiens, le Siennois Simone di Martino, Matteo di Giovanetto (de Viterbe), et aussi un Français, Simonet (de Lyon) ; ils les chargent de décorer de fresques les chapelles et les salles : de ces œuvres il ne subsiste plus que quelques vestiges çà et là sur les murs. D’ailleurs, auparavant déjà, Philippe le Bel avait envoyé en Italie un peintre français, Etienne d’Auxerre, tandis qu’il avait à son service trois peintres italiens,
Filippo etGiovanni Rusuti et Nicolas de Massi. Cependant, jusqu’aux guerres d’Italie, l’art italien n’eut sur l’art français aucune influence durable. '
Les arts a la cour de Bourgogne. — De toutes les cours princières, celle des ducs de Bourgogne à Dijon fut celle dont l’importance artistique s’affirma avec le plus de force. Les fêtes qui s’y célébraient étaient renommées pour leur luxe et leur éclat. Maîtres des Flandres, les ducs en tirent tout à la fois des ressources et des artistes. En 1 383, aux portes de Dijon, Philippe le Hardi commence les travaux de la Chartreuse de Champmol, qui doit être comme « le Saint-Denis de la maison de
Bourgogne ». De tous ceux qui y travaillèrent, le plus célèbre fut Claus Sluter, Hollandais de naissance, qui
fic. i 3 9.
CLAUS SLUTER. — ISAÏE.
(Puits de Moïse. — Dijon.)
LA RENAISSANCE
eut pour principal collaborateur son neveu Claus de Werve. Ils y exécutèrent le portail de l’église et le grand calvaire qui est connu sous le nom de Puits des Prophètes ou Puits de Moïse. Le portail représente Philippe le Hardi et sa femme Marguerite de Flandre qui sont agenouillés devant la Vierge qu’accompagnent saint Jean et sainte Catherine. Sur la partie qui subsiste du Puits des Prophètes sont sculptés Moïse, David, Jérémie, Zacharie, Daniel, Isaïe. Ce sont des figures d’un énergique réalisme; ainsi le vieil Isaïe, courbé, chauve, édenté, les yeux éteints dans les orbites creux (fig. i3q). Les sculptures du monument avaient été peintes ensuite par un des meilleurs artistes de la cour ducale, Jean Malouel.
Le tombeau de Philippe le Hardi, maintenant au musée de Dijon, fut aussi l’œuvre de Jean de Marville, Claus Sluter et de leurs collaborateurs (1389-1412); sur la dalle supérieure est étendue l’image du duc, ce qu’on appelait le gisant , tandis qu’autour du soubassement, sous des arcades d’une architecture très ornée, défile une procession de plourants , c’est-à-dire les officiers laïques et ecclésiastiques de la cour ducale avec le costume qu’ils portaient le jour des obsèques. Les artistes leur ont donné fort ingénieusement des attitudes variées et pittoresques. A côté du tombeau de Philippe le Hardi se trouve celui de Jean sans Peur qui fut terminé, de 1466 à 1470, par Antoine Lemoiturier, Avignonnais de naissance. Le tombeau de Philippe Pot, mort en 1494, maintenant au Louvre, montre que l’école bourguignonne conserva jusqu’à la fin du xve siècle sa vigueur un peu rude. Elle exerça une influence dont on retrouve la trace dans bien d’autres régions de la France. Ses œuvres, qui sont nombreuses, se reconnaissent aux formes robustes, trapues, même lourdes, des personnages, à leurs attitudes souvent violentes et pathétiques; les costumes sont luxueux, les draperies amples, épaisses, compliquées ont des plis cassés et angulaires, presque métalliques.
Ici encore quelle part doit-on faire à ce qu’on appelle l’influence flamande? Dans les sculptures de ce temps qui