LES ORIGINES DE L’ART GREC, L ART ARCHAÏQUE
en Grèce pour la première fois elles se grouperont autour du temple et formeront des portiques où pénètre et se joue la lumière. L’édifice perd le caractère massif qu’il avait à Thèbes ou à Ninive et, par cette répartition des supports à l’extérieur, il semble s’animer et vivre. De même, si l’on considère les arts plastiques, l’originalité des artistes grecs s’y montre de bonne heure dans le choix et l’interprétation des types humains; ils s’essaient à rendre la figure telle qu’ils la voient. Entre la sculpture égyptienne et la sculpture grecque, au vu* siècle, même au vie, on a pu noter des ressemblances, des relations, mais non une véritable dépendance de l’une à l’autre.
D’ailleurs, tous ces traits du génie grec apparaissaient déjà dans les poèmes homériques. Si les Grecs de ce temps ne produisaient encore que des œuvres fort imparfaites, leur imagination entrevoyait ce radieux idéal que, d’âge en âge, leurs sculpteurs s’efforceront de rendre dans tout son éclat. Homère célèbre la beauté et son charme puissant avec une poésie qu’on n’a point dépassée. Quand Hélène apparaît sur les remparts de Troie, les sages vieillards eux-mêmes n’ont point le courage de maudire celle qui cause la ruine de leur patrie : « Il 11’y a point à s’indigner si, pour une telle femme, les Troyens et les Grecs endurent avec constance des maux affreux. Par ses traits et sa démarche, elle ressemble aux déesses immortelles. Cependant, quelle que soit sa beauté, qu’elle s’en retourne sur les vaisseaux des Grecs pour ne point causer notre perte et celle de nos enfants. »
Né avec le sentiment de l’art, le Grec imagine une mythologie qui le traduit et qui aide encore à le développer. Pour représenter ses dieux, il n’aura que rarement recours, sauf dans la période des origines, à ces combinaisons étranges de la forme humaine et des formes animales qui sont fréquentes en Égypte et en Assyrie; le dieu lui apparaît sous les traits de l’homme portés à leur plus haut degré d’éclat. Ainsi conçue, la religion protège et inspire l'art; le sculpteur, pour exécuter l’image de Zeus ou d’Athéna, choisit autour de lui les éléments de beauté que lui offre une race élégante et fine, et il les combine harmonieusement ; l’architerte, chargé d’édifier la demeure du dieu, considère le
HIST. DE LART
l’antiquité.
temple comme le type par excellence de l’architecture et ne se lasse point de le perfectionner. Aussi l’art grec sera-t-il progressif entre tous : d’une génération à l’autre il change, se développe, mais par une série de transformations dont on saisit sans peine le lien ; son histoire est semblable à celle de l’ètre humain qui naît, grandit, atteint au plein épanouissement de sa force et de sa beauté, d’après les lois mêmes de sa nature.
Centres principaux de i.’art grec. — On a donné à la période antérieure au v® siècle le nom de période archaïque (ancienne), terme vague et qui s’applique à des oeuvres de date et de valeur fort diverses. Dès lors, les centres artistiques sont aussi nombreux que les grandes cités elles-mêmes et c’est tour à tour dans le Péloponèse, en Attique, à travers l’Archipel, en Asie, en Sicile ou dans le sud de l’Italie (la Grande-Grèce) qu’il faut étudier les monuments qui ont survécu.
Sur les côtes d’Asie Mineure, dans les douze villes de la confédération ionienne, à Milet, à Ephèse, à Chio, à Samos, etc., la civilisation hellénique tleurit avec éclat. A Ephèse, se dresse un sanctuaire célèbre, le temple d’Artémis (vi* siècle), œuvre de Chersiphron et de Métagène et auquel collabora le Samien Théodore; à Chio, dès la fin du vu® siècle, se développe toute une famille d’artistes habiles à travailler le marbre, et dont les plus célèbres lurent Mikkiadès, Archermos, Athénis, Boupalos ; à Samos, au vii* siècle, R-hoecos et Théodore découvrirent, disait-on, l’art de fondre le bronze autour d’un noyau : grâce à eux se forma une école fameuse et dont l’influence se fit sentir au loin. La Crète, île dorienne, est de nouveau un des lieux d’origine de la sculpture grecque : là travailla le fabuleux Dédale, et des maîtres crétois, sculpteurs en marbre, Dipœnos et Scyllis (vi* siècle), s’en allèrent exercer et enseigner leur art dans le Péloponèse.
Ici que de villes inciter! Corinthe qui, grâce à sa situation, était un des grands entrepôts de commerce de la Grèce, contribue à fixer les règles de l’architecture. Tout près de là, Sicyone est célèbre par ses sculpteurs : des Sicyoniens, Téléphane, Butade, s’il fallait en croire quelques légendes grecques, auraient inventé la peinture et la plastique.
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Dipœnos et Scyllis y vinrent et une école fameuse s’y forma dont Canaclios fut le meilleur artiste. A Argos, travaille Hagéladas dont on a fait souvent à tort le maitre de trois des plus grands sculpteurs de l’époque suivante, Phidias, Myron et Polyclète. Plus à l’ouest, Olympie, sanctuaire de Zeus, est un des centres de la vie hellénique, grâce aux jeux qui s’y célèbrent. Ville sacrée, elle deviendra comme un vaste musée ou se presseront les monuments de tous les arts.
Dans le Péloponèse, la métropole de la puissance dorienne est Sparte. Fondée par des guerriers, régie par des institutions qui visent à faire de tous les citoyens de vigoureux soldats, Sparte semble ne point offrir aux arts un terrain favorable. Un peu plus tard, l’historien Thucydide écrivait : « Si quelque jour Lacédémone devenait déserte et qu’il ne restât que les temples et l’espace occupé par les édifices, la postérité croirait difficilement à la puissance tant vantée du peuple Spartiate... En effet, c’est moins une ville qu’une réunion de bourgs, et l’on n’a cherché la magnificence ni pour ses temples ni pour ses autres monuments. » Aujourd’hui l'emplacement de Sparte, où les ruines mêmes ont presque disparu, semble justifier ce jugement, et pourtant, si l’on consulte d’autres écrivains, Sparte comptait autrefois plus de cinquante-quatre temples. L’architecture n’y était donc pas méprisée, la sculpture non plus, comme le prouvent de belles stèles archaïques trouvées aux environs; parmi les artistes de l’école Spartiate, un surtout fut célèbre, Gitiadas, sculpteur, architecte, poète, qui vécut au vi“ siècle. Seule la peinture semble avoir été mal vue à Sparte, où Lycurgue avait défendu de teindre les vêtements, « parce que la couleur lui semblait propre à flatter les sens ».
Dans la Grèce continentale, la grande cité ionienne, Athènes, va devenir le centre des arts. Sa situation même l’y prédestine. L’Attique ouvre sur la mer, vers l’Archipel, et de là vers l’Asie, ses ports du Pirée, de Munychie et de Phalère, tandis que, du côté de la terre, les montagnes de l’Hymette, du Pentélique et du Parnès l’enserrent et la défendent. Au centre de la plaine se dresse le rocher sacré, l’Acropole, où Athéna et Poséidon se disputèrent le protec-
l'antiquité.
torai de la cité naissante. Nulle part l’esprit grec ne s’esi manifesté avec plus d’éclat, de finesse et de grâce. Au vte siècle, grâce aux institutions démocratiques établies par Solon, commence la grandeur d’Athènes. Pisistrate, qui s’empare pour quelque temps du pouvoir, est épris de la gloire de la cité : il protège les lettres et les arts. Par ses soins sont recueillis et coordonnés les poèmes homériques; pour lui travaillent les architectes Antistates, Callaeschros, Antimachides, ils commencent le grand temple de Jupiter Olympien. Délivrée delà tyrannie des Pisistratides, Athènes dirige l’héroïque résistance de la Grèce contre les Perses et acquiert sur le monde hellénique une suprématie que Sparte seule lui disputera. Ceux qui la gouvernent aiment, comme Pisistrate, les lettres et les arts. Cimon, qui de 471 à 449 dirigea presque constamment les affaires d’Athènes, protège Eschyle, dont la tragédie des Perses célèbre les victoires nationales ; il attire à Athènes le peintre Polygnote de Thasos, qui retrace les vieilles légendes de la Grèce, les épisodes de la guerre de Troie. Le premier, d’après Pline l’Ancien, celui-ci représenta les femmes avec leurs parures, leurs vêtements aux broderies brillantes, leurs coiffures variées. 11 rompit l’immobilité et la rigueur des traits du visage, tradition de ses prédécesseurs ; il ouvrit la bouche de ses personnages, sut les faire sourire. En même temps se développe la première école de sculpture attique avec Endoios, Anténor, plus tard Calamis, qui fut même le contemporain de Phidias, mais qui resta plus attaché que lui aux vieilles traditions. Avec eux travaillent à la décoration de l’Acropole des sculpteurs étrangers comme Archermos de Chio, Aristion de Paros, Théodore de Samos, Gallon et Onatas d’Egine.
Près de la côte de l’Attique, à Egine, l’école de sculpture, dont les origines remontent à Smilis, est une des plus actives à la fin du vie siècle et au commencement du ve; Onatas surtout est connu par son habileté à travailler l’airain, à composer des groupes de combattants.
Les monuments de l’art archaïque. — Ce n’est point seulement par des textes d’écrivains que nous pouvons juger l’art de cette époque; les monuments en sont disséminés d’un bout à l’autre du monde grec. On suit ainsi, de géné-