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I.ES ORIGINES DE L’ART GREC, I.’aRT ARCHAÏQUE

les Ioniens, puis les Doriens. Chez tous, aussi loin qu’on peut remonter dans leur passé, on remarque les memes traits : l’initiative industrieuse, l’intelligence, le sentiment de la personnalité et de l’indépendance. Dans ces contrées, que les accidents du sol divisent en nombreux cantons, l’établissement des grandes monarchies qui dominent dans les plaines du Nil et de l’Euphrate serait impossible; chaque petit pays a sa vie propre, une cité s’y forme avec ses dieux, ses institutions, ses mœurs, et n’offre point la même physionomie que la cité voisine. De là une foule d’États aux destinées particulières, et entre eux une émulation continuelle qui excite l’activité sous ses formes les plus diverses. La civilisation y est aussi variée que la structure et l’aspect même des régions où elle se manifeste. Il en sera de même pour les arts : chaque grande cité aura son école et ses artistes.

Les vestiges de l’art primitif ou pré-hellénique. — Sur plusieurs points du monde grec subsistent des débris d’enceintes et de constructions d'époque très ancienne. L’aspect en est rude, bien que déjà, des uns aux autres, apparaissent quelques progrès dans l’appareil plus régulier des fortes pierres quilesconstituentffig. 14), Depuis un demi-siècle des fouilles ont permis de se faire une idée plus complète de ce qu’étaient alors les arts : telles sont celles de Schliemann à Hissarlik (Troie), à Mycènes, à Tirynthe, celles de Fouqué, Gorceix et Mamet à Santorin, etc. Les constructions qu’on a retrouvées indiquent une civilisation à la fois raffinée et brutale. Mycènes, cachée dans la montagne, était le repaire de puissants et redoutables seigneurs, de chefs de bandes, dont le joug devait peser lourdement sur le pays. Ils étaient riches d’ailleurs et, dans Homère, Mycènes est surnommée « la cité où l’or abonde ». On y a retrouvé des tombes princières, où Schliemann prétendait avec trop d’imagination reconnaître celles d’Agamemnon et de sa famille :lesmorts étaient enterrés avec leurs armes, leurs bijoux, leurs vêtements, et leurs ligures étaient recouvertes de masquesd’or. Les objets de tout genre, vases, armes, bijoux, etc., trouvés dans la première ville d’Hissarlik, ne portent la marque d’aucune influence assyrienne ou phénicienne et sont de beaucoup antérieurs au xv* siècle avant Jésus-Christ. Il en est de même

à Santorin. A Mycènes, à Vaphio, la civilisation est déjà plus riche que celle de Troie et de Santorin, pourtant elle en procède et en est le développement. Mais, d’autre part, se manifeste ici déjà ' influence orientale : des représentations de sphinx, de griffons, de lions, d’autres motifs encore, en sont la preuve. Les monuments et les objets de Mycènes se placent entre i5oo et 1100 avant Jésus-Christ.

Tout récemment, les fouilles de M. Evans, en Crète, ont fait pénétrer plus avant encore dans ce lointain passé. A Cnossos il a retrouvé les ruines d’un palais qu’on peut attribuer au légendaire roi Minos. Ce serait le fameu x Labyrinthe ou temple de la hache ( labrys , hache en carien), où l’on a rencontré des salles affectées au culte, des piliers décorés de la double hache, forme fréquente de la divinité sur beaucoup de monuments orientaux. Les murs étaient ornés de fresques. On ~y distingue des processions de jeunes gens, des porteurs de vases, des taureaux, des lions, et aussi des représentations de foules assemblées, hommes et femmes encostume de fête, d’une fantaisie extraordinaire. D’autres œuvres encore révèlent un art très libre, très vivant : ainsi un vase sculpté en pierre trouvé récemment à Phæstos où déflle un cortège de moissonneurs. Il semble que, dans tout l’Archipel, se soit alors développée, entre le xxvic et le xvie siècle, une brillante civilisation, qu’on a proposé d’appeler la civilisation égéenne ou minoenne, et dont la Crète aurait été le centre. C’est ce qu’entrevoyait déjà le vieil historien Thucydide lorsque, aux origines de l’histoire grecque, il plaçait la domination maritime, la thalassocratie de la Crète, antérieure à la guerre de Troie.

L’époque homériqije. — A un moment donné se produisit dans la Grèce continentale un mouvement de migration, qui eut son point de départ au sein de la montagneuse Ëpire. Quelques-unes des tribus, qui s’y groupaient autour du vieux sanctuaire du Zeus de Dodone, passèrent dans la Thessalie, plus fertile. De proche en proche, le mouvement se communiqua à la plupart des peuples de la Grèce; un d’entre eux, les Doriens, venus du nord, se dirigea sur le Peloponèseet en fit la conquête. Bientôt la Grèce continentale ne fut plus assez vaste pour les populations qui s’y pressaient; de nombreux émigrants gagnèrent les côtes de l’Asie Mineure. Les colonies qu’ils y fondèrent furent de

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bonne heure riches et prospères. Alors, au xe siècle environ avant Jésus-Christ, furent composés les poèmes homériques qui nous offrent le premier tableau complet de la civilisation grecque. Les arts y tiennent déjà une large place. Les chefs ■habitent dans de vastes demeures éclatantes d’or et d’argent (palais d’A. inoüs, Odyssée , ch. VII); au fond des sanctuaires, se dressent des statues de divinités, vêtues de riches étoffes brodées; sur les vases, sur les armes se déroulent des compositionsoù se pressen t de nombreux personnages :

Homère ( Iliade , ch. XVI II) décrit longuement tous les épisodes reproduits sur le bouclier d’Achille. Si le poète embellit la réalité et parfois rêve des œuvres que l’art de son temps est encore incapable d’exécuter, on aurait tort cependant de ne voir dans ces descriptions que de brillantes fictions, et, pour citer des exemples, certaines coupes phéniciennes ou les poignards trouvés à Mycènes donnent une image restreinte de ce que pouvait être la décoration d’un bouclier homérique.

Les influences étrangères et l’art grec. — L'art apparaît dans ces poèmes tout imprégné d’influences orientales; les plus beaux objets, les plus riches étoffes sortent des ateliers de Tyr et de Sidon. Dès le xve siècle avant Jésus-Christ.

l’antiquité.

les Grecs étaient en rapports avec l’Egypte, ainsi que l’attestent les monuments de Thèbes. D’autre part, à quelques heures de distance des côtes de l’Asie Mineure, s’étendaient de vastes régions où s’était implantée la civilisation orientale; quelques-uns des peuples qui y habitaient et qui se mêlaient aux Hellènes de la côte ont ainsi servi d’intermédiaires entre la Grèce et l’Orient. Les légendes helléniques, celles de Gadmos, de Dardanos, etc., rappellent fréquemment ces influences étrangères. On ne devra donc pas s’étonner que l’art grec, à ses débuts, en porte également la marque, et c’est un fait que les découvertes récentes, l’étude des anciens vases et des terres cuites notamment, ont mis hors de doute. Il est tel ornement, tel motif qu’on peut pour ainsi dire suivre d’étape en étape, depuis Thèbes ou Ninive jusqu’en plein monde grec; les figures aussi, par certains détails, ont souvent un aspect exotique. Mais il ne faudrait pas exagérer cette influence, ainsi qu’on le fait quelquefois h Si les arts étrangers ont fourni aux Grecs des matériaux et des modèles, ceux-ci ne les ont pas acceptés indistinctement; ils ne se sont pas réduits au rôle de copistes, et, de bonne heure, à ce qui leur venait du dehors, ils ont joint leurs inventions propres. D’ailleurs, au déclin de la civilisation égéenne ou mycénienne, c’est-à-dire depuis le xe siècle environ jusqu’au vm* siècle, s’étend une période obscure et ingrate. Les migrations, les invasions qu’on vient de signaler agitèrent profondément la Grèce et l’assauvagirent. Au vu*. siècle l’art reparaît rude, gauche, mais énergique, et avec une tendance manifeste à s’affranchir des influences étrangères et à se développer par lui-même. Alors commence ce merveilleux essor qui se continuera pendant plusieurs siècles. Pour l’architecture, si l'on a pu rechercher en Egypte ou en Asie les origines des colonnes et des chapiteaux grecs, on n’y a retrouvé ni cette conception harmonieuse des ordres, ni cette disposition si heureuse des colonnes qui se manifestent avec tant d’éclat dans les temples grecs. L’Egypte n’a employé les colonnes qu’à l’intérieur de ses édifices, l’Assyrie n’en a fait qu’un usage restreint:

i. Par contre, Salomon Reinach l’a niée dans un mémoire très original, le Mirage oriental, 1893, qui a provoque de vives objections.

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