FIG. I 7 G. — CALLOT. — BOHÉMIENS EN VOYAGE
(Eau-forte.)
une physionomie bien originale. Jacques Callot ( i 592-1635) la transforme. Indépendant et fantasque, dès douze ans il quitte la Lorraine, gagne l’Italie en compagnie de bohémiens. Ramené au logis paternel, il s’enfuit de nouveau, puis obtient enfin de suivre ses goûts. Il passe douze ans en Italie et ne revient en France qu’en 1621. Callot a débuté par la gravure au burin, mais la lenteur de ce travail gênai» son esprit fécond et sa main alerte; bientôt il n’emploie plus que l’eau-forte. Il faut l’étudier dans les compositions où son imagination bizarre se donne libre carrière ( Tentation de saint Antoine ), et surtout dans ces recueils où. il fait défiler sous nos yeux les bohémiens, les gueux, les soudards dont
LES TEMPS MODERNES
il a étudié les mœurs avec tant de force d’observation et tan* d’esprit ( les Bossus , la Foire de Florence , les Gueux, leu Misères de la guerre , etc.). Abraham Bosse reproduit fidèlement les types et les costumes du temps. Puis viennent les interprètes des œuvres de la peinture : Jean Pesne, Claudia Stella s’attachent à celles de Poussin; sous la direction de Le Brun travaillent Sébastien Le Clerc, Edelinck, Robert Nanteuil, Gérard Audran. Celui-ci est de tous le plus admirable par la précision du dessin, la science de l’effet juste. Dans ses estampes des Batailles d'Alexandre, d’après Le Brun, il surpasse les modèles qu’il était chargé de reproduire, et, par sa merveilleuse répartition des lumières et des ombres, il atteint une puissance de coloration inconnue au peintre. Nanteuil et Edelinck excellent dans le portrait, grâce à leurs qualités de vérité et de finesse.
La sculpture. — Dans la première moitié du siècle, Guillain, Sarazin, les Anguier, alors les maîtres le plus en renom, vont étudier à Rome. Pourtant ils n’abandonnent point la tradition française, et leurs œuvres, par la largeur du style, ont un caractère bien personnel (voir les œuvres réunies dans la salle des Anguier, au Louvre). Guillaume Dupré, Jean Warin exécutent de belles médailles. La plupart des sculpteurs que Le Brun enrégimente plus tard au service de Louis XIV, Lerambert, Coysevox, Girardon, etc., relèvent de leur enseignement. Tous ont des qualités communes : tandis que la sculpture italienne, avec le Bernin, devient de plus en plus déclamatoire et tourmentée, eux font preuve de plus de sobriété et de goût, et ils évitent mieux le désordre des lignes. Girardon (1628-1715), un des lieutenants préférés de Le Brun, manque de personnalité et d’audace; mais ses œuvres sont correctes, bien conçues et d’un effet décoratif (Apollon che\ Thétis , dans le parc de Versailles; le Mausolée de Richelieu , dans l’église de la Sorbonne, etc.). Le Lyonnais Antoine Coysevox (1640-1720) a peuplé de ses œuvres Versailles, Trianon, Marly, Saint- Cloud, les Tuileries, les Invalides. Pour le bien juger, il suffit déjà de voir ses bustes au Louvre (Le Brun, Richelieu, Bossuet, Condé, etc.), les Chevaux ailés portant Mercure et la Renommée , à l’entrée des Tuileries. Portraitiste habile, il
l’art FRANÇAIS AU XVII* SIÈCLE.
sait rendre le mouvement et la vie; mais ses Hgures ont parfois un caractère théâtral qui tient au goût de l'époque. Ses deux neveux, qui furent ses élèves, Nicolas et Guillaume Coustou, conservent ses traditions, ainsi que l’attestent les Chevaux de Marly, à l’entrée des Champs- Elysées, œuvre de Guillaume.
Le plus connu des sculpteurs de ce temps, Pierre Puget ( 1 622- r 694), travaille en dehors de la cour.
Fougueux, jaloux de son indépendance, plein dcconhanceen lui-même^ il ne saurait s’accommoder de la direction de Le Brun. L’histoire cependant a fait justice de la légende qui le représentait comme un génie méconnu, victime des persécutions et de la misère.
Né aux environs de Marseille, il a vécu tantôt en France, tantôt en Italie, à Gênes surtout, où il était
fort apprécié et ou il ,-,r> 177. — puget. — milon de crotone. a exécuté de nom- (Muséc du , ouvrc ,
breux travaux. A
Toulon, il a été chargé par le roi de décorations navales; mais cette tâche n’avait rien d’humiliant, si l’on songe à la richesse des sculptures qui ornaient alors les galères royales. S’il ne put pas toujours s’entendre ni avec Colbert, ni avec
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Louvois, pourtant il eut à exécuter pour Louis XIV de grands ouvrages dont on reconnut la valeur. Par la diversité de ses talents, architecte, peintre, sculpteur, il rappelle les grands maîtres du temps passé. En sculpture, ses principales œuvres sont les cariatides de l’hôtel de ville de Toulon, le groupe d'Andromède et Persée, le Milon de Crotone (fig. 177), les bas-reliefs de la Peste de Milan , d 'Alexandre et de Dio-