‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 136 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l’art FRANÇAIS AU XVIIIe SIÈCLE

Sommaire. — L’art du xvmc siècle se distingue d’abord par une réaction fort vive contre le goût du xvm° siècle; à la correction, à la majesté grave et un peu froide se substituent la verve, la fantaisie. Watteau est le maître le plus original de la nouvelle école; Boucher, qui lui est inférieur, en a été l’artiste le plus à la mode. Mais, sous prétexte de chercher la grâce et la légèreté, on tombe dans la mièvrerie. De là, dans la seconde partie du siècle, une réaction nouvelle qui se manifeste sous des formes diverses. Greuze prétend peindre la vie, les moeurs simples et vertueuses des champs; mais sa prétendue naïveté n’est qu’une autre forme du maniérisme. Chardin, avec moins de vanité, est bien plus sincère et plus vrai. Parmi les portraitistes, Rigaud, Largillière et surtout le pastelliste La Tour sont à citer; parmi les sculpteurs, les Coustou, Lemoyne, Falconet, Houdon. Enfin, une école se constitue qui veut régénérer l’art français par l’étude de l’art antique : Vien en peinture, Pigalle en sculpture, Soufflot en architecture, en sont les chefs. Les Salons, ou expositions des tableaux des académiciens, qui ont lieu périodiquement, contribuentàsoumettre l’art à l’influence des variations du goût public.

La gravure, les arts industriels (mobilier, faïences, etc.) multiplient leurs œuvres et leurs produits; on y retrouve les qualités d'élégance, de grâce un peu contournée de l’époque.

Au xvn0 et au xvui® siècle, le goût français, l’art français, dominent en Europe, font pénétrer partout leur influence.

Caractères généraux. — Dans les arts comme dans la politique et les lettres, le xvme siècle réagit contre le xvne et ne semble d’abord préoccupé que d’en rejeter toutes les tra-

LES TEMPS MODERNES

ditions. Autant l’un apparaît grave, majestueux, soucieux de la discipline, autant l’autre se montre capricieux, impatient des règles. Le désordre des moeurs, que Louis XIV et ses contemporains dissimulaient sous des dehors imposants, s’étale avec une gaieté effrontée; le scepticisme, qui était proscrit, ne se limite plus au monde des lettrés, il gagne toute la société et devient comme une marque de bon ton De même, en art, au style correct, grandiose du xvnc siècle se substitue un style nouveau, d’une grâce libre et voluptueuse, dont les Robert de Cotte, les Watteau, les Boucher sont les maîtres par excellence. On l’a parfois condamné ÿ.vec une sévérité excessive : que cet art manque souvent de simplicité et de force, qu’il cherche le joli plutôt que le beau, on ne saurait le nier; mais comme il est presque toujours hn, spirituel, coquet, même dans ses écarts, comme il traduit sincèrement les goûts et les idées du temps!

Toutefois, dans la seconde moitié du xviii' siècle, on commence à s’en lasser : cette société légère et affectée se prend d’un beau regret pour ce qui est sérieux et vrai; elle se détache des mythologies voluptueuses, des pastorales enrubannées. C’est le temps où Diderot veut introduire au théâtre le drame bourgeois, où Jean-Jacques Rousseau prêche le retour à la nature; dès lors la peinture de la vie familière et rustique, travestie à l’usage du monde, devient à la mode. Ou bien on retourne à l’antique, les critiques le vantent, les architectes le copient de plus belle, les sculpteurset les peintres l’étudient; au moment où éclatela Révolution, David est le chef d’une nouvelle école.

L’architecture. — Dans la première moitié du xviii0 siècle se montre la tendance à introduire dans l’architecture privée plus de confort et plus de grâce. « Ce qui caractérise principalement l’accroissement que l’architecture a reçu, dit un écrivain du temps, c’est l’art de la distribution des bâtiments. Avant ce temps, on donnait tout à l’extérieur et à la magnificence. A l’exemple des bâtiments antiques et de ceux de 1 Italie que l’on prenait pour modèles, les intérieurs étaient vastes et sans aucune commodité... Toutes ces distributions agréables, que l’on admire aujourd’hui dans nos hôtels modernes, qui dégagent les appartements avec tant d’art; ces escaliers dérobés, toutes ces com-

Page 1