I. ES TEMPS MODERNES
Ce style, qu'on a souvent appelé le style rococo ou rocaille . et qui dérive du baroque , bien que trop maniéré, a produit des œuvres charmantes. Robert de Cotte ( 1 656- 1735), beaufrère de Mansart, premier architecte du roi à partir de 1708, passait pour l'avoir imaginé; il dirigea la construction de nombreux hôtels, soit à Paris, soit en province et à l’étranger. ’Boffrand, Oppenord, bien d’autres encore, se distinguèrent également dans la construction de riches demeures. L’Élysée, où habita la Pompadour, l’hôtel Soubise, où sont installées les Archives nationales, datent du commencement de ce siècle. Boffrand a travaillé à l’hôtel Soubise et le salon de la duchesse, admirablement conservé, est un modèle de la décoration de ce temps (fig. 179).
Cependant le culte de l’architecture antique ne s’était point éteint. Ceux-là mêmes qui, dans certaines de leurs œuvres, paraissaient s'en affranchir, y revenaient sans peine lorsqu'il s’agissait d’édifices publics. Vers le milieu du xviii" siècle, l’école classique reprend une force nouvelle, sous l’influence de Gabriel (mort en 1 782), premier architecte de Louis XV à partir de 174.3. Du reste, il ne manquait point d’originalité et savait donner à ses édifices un aspect grandiose et décoratif : les bâtiments de l’Ecole militaire, du Garde-Meuble, du ministère de la Marine lui font honneur. Le Panthéon, œuvre de Soufflot (1713-1780), est le plus fameux exempledu style pseudo-antique. Louis(i73i-i8o7), tout en adoptant les mêmes idées, a fait preuve d’invention : les galeries du jardin du Palais-Royal sont de lui; mais il a travaillé surtout à Bordeaux, où il a élevé le Grand-Théâtre et l’hôtel Saige (aujourd’hui la Préfecture). A la fin du siècle, la victoire de l’école classique est complète; il n’y a plus pour ainsi dire d’architecture française : les artistes de renom s’acharnent même à en attaquer le souvenir et à en détruire les vieux monuments; faire disparaitre ou tout au moins défigurer quelque belle église du moyen âge devient une marque de goût. Louis lui-même en a donné l’exemple au chœur de la cathédrale de Chartres, Soufflot à la grande porte de Notre-Dame de Paris.
La peinture. — En peinture, la différence entre le xvu* et le xviii* siècle se marque rapidement et avec évidence. Watteau (1684-1721) ouvre l’histoire de l’école nou-
l'art FRANÇAIS AU XVIIIe SIÈCLE.
velle, dont il est aussi le représentant le plus original et le plus charmant. Il doit beaucoup à l’étude des Vénitiens, des Flamands, surtout de Rubens, dont il a pu voir les œuvres à Paris. Devenu peintre à la mode, il ne songea qu’à célébrer, en les idéalisant, les plaisirs de la société qui l’entourait dans ses Amusements champêtres , ses Fêtes vénitiennes , ses Conversations. Quand on le reçut à l’Académie de pein-
Cl. Gitaudon.
FIG. l8o. — WATTEAU — L’EMBARQUEMENT POUR CVTHÈRE.
(Musée du Louvre.)
ture (1717), ce fut sous le titre de peintre des fêtes galantes. « Watteau tombait du ciel des féeries. Poète aux inventions romanesques, maître des perspectives élyséennes, inépuisable créateur de caprices et de costumes, il apportait un idéal nouveau, il donnait la vie à un monde. » (Mantz.) Il est le peintre de la grâce, de la volupté discrète et élégante, mais c’est aussi un observateur précis autant que spirituel, un dessinateur plein de finesse, un coloriste chaud et délicat [Y Embarquement pour Cythère (fig. 180 ), Finette, Conversation dans un parc, Gilles , au Louvre). Bon
nombre des œuvres de ce peintre si français sont malheureusement hors de France, à Berlin et à Potsdam.
Bien d’autres s’engagent dans la même voie, mais avec moins de talent. Lemoyne (1688-1737) se plaît aux mythologies amoureuses, qu’il traite d’un style coquet et maniéré, tpais avec un coloris clair et gai ( Hercule et Omphale, au Louvre). Il aborde aussi la grande décoration dans le plafond de Versailles qui représente Y Apothéose d'Hercule et qui excitait l’admiration de Voltaire. Natoire (1700-1777), son élève, traite le même genre de sujets, mais avec plus de fadeur ( Histoire de Psyché , aux Archives nationales, ancien Hôtel de Soubise). Pater, Lancret, élèves de Watteau, sont comme lui des peintres de fêtes galantes.
Boucher ( 1 704-1 770) est l’élève de Lemoyne et l’admirateur de Watteau, dont il a gravé plusieurs dessins. Vers le milieu du xviii' siècle, il a la vogue, et sa renommée domine toute l’école. Passionné pour son art, dans son existence à la fois laborieuse et dissipée, il passe dix heures par jour au travail, produitplusde 10000 dessins, plus de 1 000 tableaux ou esquisses. S’il emprunte des sujets à l’antiquité [Vénus, aux Archives nationales; Naissance de Vénus, au musée de Stockholm; Diane sortant du bain , Forges de Vulcain, etc., au Louvre), ainsi qu’on l’a fort bien dit, son Olympe est celui d’Ovide, non point d’Homère ou de Virgile, et sa mythologie sensuelle s’adresse aux petits-maîtres et aux petites-maîtresses du temps. Il multiplie aussi les pastorales, où les bergers musqués, les bergères poudrées' et enrubannées jouent à la vie champêtre, y introduisent leur licence raffinée et y débitent leurs madrigaux quintessenciés. Sa peinture est toute de convention, et même, après les années d'études, il ne consultait plus guère ni la nature ni le modèle. Pourtant, après avoir charmé son temps, aujourd’hui il trouve grâce encore auprès de ceux qui le jugent sans parti pris. En dépit de tous ses défauts, il est vraiment artiste par son imagination aimable et féconde, par l’élégance facile de ses figures. Néanmoins, il reste bien inférieur à Watteau, dont il n’a ni l’esprit, ni la poésie, ni la distinction.
On se disputait ses tableaux et ses dessins, on lui demandait des plafonds, des dessus de porte, des éventails, des médaillons, etc. Décorateur de l’Opéra, il devenait, en
l’art FRANÇAIS AU XVIIIe SIÈCLE.
1755, le directeur de la manufacture de tapisseries de Beauvais, et Mme de Pompadour trouvait en lui l’artiste désigné de son règne de favorite. Parmi ses élèves, Pragonard (1732-1806) est le plus original, grâce à sa verve naturelle.
Boucher n’a point régné sans conteste et il a pu voir se
Cliché Giraudon.