PIG. |86. — PENDULE DE? TROIS GRACES
(Collection de M. le comte Isoac de Camondo.)
HIST. DE L ART
nomies et les caractères, ainsi qu’en témoignent ses bustes de Montesquieu, de Diderot, de d’Alembert, de Jean- Jacques Rousseau, de Buffon. Tel était aussi le talent de Pajou ( 1730-1809) et de Jean-Jacques Caffieri (1725-1792).
Auprès des amateurs, des riches particuliers, les œuvres qui pouvaient avoir le plus de vogue étaient, outre ces bustes, les figures et les groupes de terre cuite qui, par leurs proportions restreintes, se prêtaient mieux à la décoration intérieure. Ainsi se développa toute une sculpture secondaire, spirituelle et voluptueuse, que représente surtout Clodion (1738-1814), dont les œuvres, Bacchantes, Satyres, Nymphes, ont beaucoup de grâce.
Les arts industriels. — ,Sous Louis XIV, le mobilier avait quelque chose de majestueux et d’un peu lourd; au xvme siècle, il devient plus efféminé et plus léger; on s’éprend, des formes contournées et des tons clairs. On meuble les pièces de porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon; la mode est aussi aux bronzes ciselés et dorés : les Caffieri, Gouthière, etc., exécutent en ce genre des œuvres que se disputent les riches amateurs. A la fin du siècle, le style Louis XVI marque déjà une réaction contre le style Louis XV. Les beaux . meubles de Riesener, d’une sobre élégance, de lignes plus calmes, et où se sent une influence antique, en sont l’expression. Les ateliers de céramique sont alors nombreux-, en France : à Rouen, à Nevers, à Moustiers, à Strasbourg, etc. On y fabrique au xvn' et au xvme siècle ces belles faïences, décorées de fleurs, d’arabesques, de personnages, dont on imite aujourd’hui encore les dessins. En même temps naît et se développe l’industrie de la porcelaine : en 1756 2st fondée la manufacture royale de Sèvres.
L’art français a l’étranger au xvne et au xvm® siècle. — Pendant toute cette période, l’influence française domine i l’étranger. Notre civilisation est comme un modèle que les peuples voisins, ceux-là mêmes qui luttent contre nous, s’efforcent d’imiter; on parle notre langue, on. copie jusqu’à nos travers et nos modes les plus futiles. Leibniz déclare que, « après la paix de Munster et celle des Pyrénées^ la puissance et la langue françaises l'emportèrent ». Plus tara, Frédéric II écrit : « L’Europe, enthousiasmée du caractère
l’art FRANÇAIS AU XVIII SIÈCLE.
de grandeur que Louis XIV imprimait à toutes ses actions, de la politesse qui régnait à sa cour et des grands hommes qui illustraient son règne, voulait imiter la France qu’elle admirait. » Lui-même, plein de dédain pour la langue et les moeurs allèmandes, écrivait en français, s’entourait de nos philosophes et de nos savants. Pierre le Grand, Catherine II s’éprennent également de la civilisation française;
• au-dessous d’eux, rois, petits princes, seigneurs, etc., tous cèdent à ce même entraînement.
Dans cette diffusion de notre influence, le rôle des arts est grand.
Bien des artistes étrangers viennent étudier et se former chez nous; et, d’autre part, bien des artistes français sont appelés à l’étranger, où on les comble de travaux et d’honneurs. S’il se fonde quelque part une école de beaux-arts, à Berlin, à Vienne, à Dresde, à Saint-Pétersbourg, à Copenhague, à Madrid, en bien des cas c’est à des Français qu’on en confie la direction. Les édifices qui s’élèvent, les peintures, les sculptures, les meubles qui les décorent portent l’empreinte de notre goût et souvent viennent de chez nous. « La plupart des souverains, écrit Patte au x v i h c siècle, se sont empressés d’attirer dans leurs Etats des architectes de nôtre nation. Parcourez la Russie, la Prusse, le Danemark., le Wurtemberg, le Palatinat, la Bavière, le Portugal et l’Italie, vous trouverez partout des architectes français, qui occupent les premières places, indépendam- '