‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 152 sur 177 · L ART FRANÇAIS AU XIX* SIECLE · texte numérisé non relu

L ART FRANÇAIS AU XIX* SIECLE

Cliché Girauuon.

IIG. 200. — !.. MOREAU. — L ‘ A I' P A U II 1 O N

(Musée. du Luxembourg.)

ï.'art depuis 1789

cassation la Glorification de la Loi. Baudry s’est formé par une étude approfondie des grands décorateurs de la Renaissance, des maîtres du dessin comme des maîtres de la couleur; mais il a su donner à ses compositions et à ses figures un caractère moderne, on peut meme ajouter parisien. Il a eu au plus haut degré le sentiment de

l'élégance et de la grâce. Il convient d’ajouter qu’il a été un portraitiste de premier ordre.

Parmi les portraitistes, citons aussi Ricard et Delaunay.

Les paysagistes ET LES RUSTIQUES.

— Toutefois, Delacroix mis hors de pair, lorsque les générations suivantes chercheront quelle a été la véritable origici. Manzi, Joyant et o* nalité de l’école no. 201 . — baudry. — enlèvement de psyché. française de pein- (Musée Condé , uire au XIX' siècle,

elles la trouveront

sans doute dans le paysage et l’interprétation de la vie rurale qui jusque-là n’avaient tenu que peu de place dans notre art et que l’école de David dédaignait majestueusement. Là les grands artistes abondent, ils forment comme une phalange serrée, et, en dépit de la variété des talents, l’unité d’inspiration et de tendances s’affirme. Nos paysagistes ont pénétré jusqu’à l’àme meme de la nature, ils en ont compris tous les aspects, ils l’ont peinte avec une sincérité et une simplicité d'expression qu’on ne retrouve nulle part au même degré, même dans

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l’école hollandaise. La forêt de Fontainebleau, et notamment le village de Barbizon, fut pour plusieurs d'entre eux leur lieu d’études préféré. Les descriptions et les appréciations ne serviraient guère ici ; à peine citerai-je quelques noms, comme ceux de Rousseau, Troyon, Paul Huet, Jules Dupré, Diaz, Chintreuil, Daubigny, etc., sans essayer de marquer, ce qui exigerait de trop longs développements, les caractères du talent de chacun d’eux.

Les maîtres de l’Italie et de la Flandre ont souvent donné

(Musée du Louvre.)

comme fond à leurs tableaux de piété ou d’histoire, à leurs portraits, des paysages exquis; Poussin a composé des paysages historiques inspirés de la campagne romaine ; mais, dans tomes ces œuvres, entre le décor rustique et les personnages, il n’existe point de rapport intime. Chez les Hollandais, très souvent aussi le paysage ne sert qu’à encadrer des scènes de la vie populaire; ou bien encore ils se sont enfermés dans la nature, ils l’ont aimée ou peinte pour ellemême, sans se préoccuper d’y faire figurer l’homme. Nos peintres français ont voulu, au contraire, exprimer la rela-

l’art depuis 1789.

tion étroite qui existe entre le paysan et la terre sur laquelle il vit et il peine. Tel est notamment le mérite de Millet (1814-1875), dont les œuvres, méconnues de son vivant, sont aujourd’hui si passionnément recherchées. Millet reproduit la nature, la vie rustique telles qu’il les voit, mais il en comprend toute la beauté sévère et mélancolique; ses paysans sont de vrais paysans, mais ils ont du style (fig. 202). Parmi ses œuvres, Y Angélus est surtout populaire, grâce à ITmpression de sincérité naïve et de mélancolie qui s’en dégage. Que d’autres, comme \e Semeur, seraient à citer! On retrouve ces sentiments, sinon la même personnalité, chez d’autres artistes, comme Jules Breton. Corot (1796-1875), dans ses paysages où il se plaît souvent à introduire des nymphes, des dryades, des figures antiques, unit la vérité de l’impression à la plus exquise poésie : il ne copie point la nature, il en dégage l’âme, et ses œuvres sont comme les idylles de la peinture. La Normandie, Ville-d’Avray, aux portes de Paris, lui ont offert les sites qu’il traduit par ses colorations grises où la lumière et la brume se mêlent avec tant de finesse et de douceur (fig. 2o3). Bien différentest Courbet (1819-1877), qui se pose en révolutionnaire tapageur et outrecuidant, mais dont les excentricités de langage et de conduite ne doivent pas faire méconnaître le talent. Classiques et romantiques sont également l’objet de son mépris, il entend fonder l 'école réaliste et montrer enfin la nature telle qu’elle est. « Je n’ai jamais eu de maître, je suis l’élève de la nature. » Ses paysages, généralement empruntés à la Franche-Comté, son pays, sont, en effet, d’une vérité, d’une vigueur d’etfet étonnantes. S’il reproduit des scènes de la vie rurale (l’if/iterrement à Ornans , au Louvre), sous prétexte de sincérité, il enlaidit plutôt les paysans qu’il y introduit, il accuse à plaisir la vulgarité des types et des attitudes. Enfin, Bastien- Lepage (1848-1884), admirable portraitiste, aborde aussi les sujets rustiques avec l’intention de rendre plus sincèrement l'impression de la lumière ambiante, claire et franche, de ce qu’on appelle le plein air ( les Foins , au musée du Luxembourg). Ses œuvres sont remarquables par la précision, souvent excessive et minutieuse, de l’exécution.

La peinture de genre. — Le goût de notre époque pour la vie intime du passé, saisie dans son mobilier, ses costumes,

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FIG. 203. — COROT. — l.E CHEMIN DF. SÈVRES. — (Musée du I.OUVre.)

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ses menus objets, la passion du bibelot ont développe la peinture de genre. Un grand maître doit être cité, Meissonier (1815-1891), observateur ingénieux et exact jusqu’à l’extrême minutie, dont le coloris est aussi juste que le dessin serré. Dans son US14 (fig. 2o5), il a montré que, en un petit tableau, on peut faire de la grande peinture d’histoire

Cl. Décadré.

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