‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 155 sur 177 · FIG. 206. — DAVID D’ANGERS. — FRONTON DU PANTHÉON · texte numérisé non relu

FIG. 206. — DAVID D’ANGERS. — FRONTON DU PANTHÉON

que Pigalle avaient voulu réagir par l’étude des œuvres antiques. Sous la Révolution, l’influence de David avait fortifié ces tendances. Puis était venu l’Italien Canova, qui avait donné à l’imitation des œuvres de l’antiquité un caractère sensuel et maniéré. Au commencement du siècle, son action se fait sentir en France, surtout chez Pradier (1792- 1862), qui procède de lui bien plus quede son maître Lemot. En dépit de la réputation dont il a joui, Pradier est un habile praticien bien plus qu’un artiste. Ainsi que l’a dit un de ses confrères, Préault, « il a eu la main d’un sculpteur, non le cerveau ». Il n’a ni la fièvre de l’invention, ni l’énergie de l’expression, ni la précision delà forme. C’est un païen, si l’on veut, mais un païen de décadence, qui voit de

L ART FRANÇAIS AU XIXe SIÈCLE. 401

l’antiquité surtout le côté mièvre et voluptueux, ainsi que l’attestent les sujets mêmes qu’il traite : les Trois Grâces, Cyparisse, Phryné , la Poésie légère, etc.

Avec David d’Angers (1788-1856) commence vraiment une école nouvelle. Il doit sa gloire, non seulement à ses œuvres, mais à ce qu’il fut un chef d’école. Il prétendit rompre avec les traditions et faire de la sculpture moderne. Sorti du peuple (il était fils d’un sculpteur sur bois), né avec la Révolution, il fut tout pénétré de son esprit, et ses convictions politiques aident à comprendre son talent. Quand il arriva à Paris, à pied, portant son bagage au bout d’un bâton, il dut gagner péniblement sa vie. David, le peintre, le protégea, le mit à même de continuer ses études; en 181 1, il remporta le prix de Rome. Il trouva l’Italie éprise de Canova. Ce style pseudo-antique, mais

sans force et sans fig. 207. — rude. — la marseillaise. vérité, ne pouvait

convenir à son vigoureux tempérament. Après l’Italie, il vit l’Angleterre où on lui offrit de sculpter un monument commémoratif de Waterloo; il refusa avec indignation et revint en France.

La plupart des œuvres de David sont des statues, des bustes, des médaillons qui représentent soit ses contemporains, soit des grands hommes du xvn% du xvm* siècle (statues de Condé, de Corneille, de Fénelon, de Racine, du

HIST. DE L’ART. 26

l’art depuis 1789.

général Foy, de Cuvier, d’Armand Carrel, etc.). Il entend introduire dans la sculpture les types, les costumes, les attitudes de l’homme moderne. Volontiers même il les exagère avec le parti pris de l’esprit de système. Ses médaillons, dont quelques-uns sont des œuvres de premier ordre, forment comme une riche galerie des hommes célèbres de la première moitié de ce siècle.

Son ouvrage le plus fameux est le fronton du Panthéon (fig. 206), rendu en i83o à la destination que lui avait assignée la Révolution. La composition de David traduit l’idée qu’indique l’inscription : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Au centre, une belle figure de la France distribue les couronnes, mais le reste de l’œuvre prête fort aux critiques. Exclusif, par conviction politique, David n’a voulu introduire dans son fronton, à l’exception de Fénelon, que les grands novateurs du xvui0 siècle ou les hommes de la Révolution. Au point de vue de l’exécution, il a adopté strictement le costume moderne, mais les shakos fantastiques des guerriers de l’Empire, les bonnets des magistrats tiennent trop de place et ne sont pas d’un heureux effet; en outre, les proportions des figures sont souvent incorrectes.

Quand vint la Révolution de 1848, David s’y jeta avec ardeur. Il fut maire du XI* arrondissement, député à l’Assemblée constituante. Au coup d’Etat, il quitta la France, il visita la Grèce, pour laquelle il avait sculpté le monument de Botzaris, le héros de l’indépendance grecque, puis revint mourir à Paris. En résumé, ce fut un artiste viril, puissant, mais incomplet. Le sentiment juste et délicat du beau lui a souvent manqué; où il excelle, c’est à rendre le caractère moral des types individuels.

Rude (1784-1855), né à Dijon, a plus d’une analogie avec David d’Angers. Après le retour des Bourbons, il abandonne la France et va retrouver à Bruxelles le peintre David exilé. Il y vit de travaux de décoration, revient à Paris en 1827. C’est un artiste passionné et convaincu, méditant et lisant beaucoup, ne prodiguant pas ses œuvres parce qu’il y pensait et y travaillait longuement. Il suffit d’en citer une qui lui assure l’immortalité, le grand haut-relief del’arc de l’Etoile, connu sous le nom de la Marseillaise (fig. 207) et

Page 1