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MG. 2 16. RENOIR. — LA PENSÉE

L’impressionnisme. - C’est dans l’étude de la lumière que lecole contemporaine a surtout innové. Tandis que

HIST. DE L’ART

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Roll, Gervex, Lhermitte, Raphaël Colin continuent les traditions du plein air, d'autres étaient allés plus loin. L’école impressionniste, longtemps méconnue, ridiculisée et proscrite, a aujourd’hui conquis droit de cité dans l’histoire de l’art. Par le choix de ses sujets elle a voulu réagir tout à la fois contre l’esprit classique et contre l’esprit romantique; par la façon de les traiter, contre le dessin et contre le coloris conventionnel. Elle est naturaliste, elle entend reproduire les scènes, les personnages, les paysages, les objets tels qu’ils lui apparaissent réellement, à l’occasion les plus vulgaires, et par là elle se rattache au réalisme de Courbet; elle entend aussi les placer dans la lumière vraie, avec les tons qui leur sont propres, par là elle se rattache aux partisans du plein air et à Delacroix qui écrivait : « La chair n’a sa vraie couleur qu’en plein air et surtout au soleil... de là la sottise des études d’atelier. » Ses origines remontent à 1860 environ, elle s’affirma en 1 863 au Salon des Refusés.

L’impressionnisme procède de ce principe que la distinction entre le dessin et la couleur est fausse, que les formes et les tons n’existent pointen eux-mêmes, que la lumière les varie et les transforme à l’infini . « Le personnage principal d’un tableau, disait Manet, c’est la lumière. » Il n’y a pas d’objets qui soient par essence noirs, verts ou bleus, les ombres même ne sont pas noires, mais elles varient selon la façon dont elles sont pénétrées par la lumière ou par les reflets des objets environnants, elles sont colorées. C’est d’ailleurs une erreur que de chercher à rendre la variété des tons par de subtils mélanges de couleurs sur la palette; le peintre doit procéder par des taches franches, lumineuses, juxtaposées les unes aux autres, mais qui s’influencent réciproquement. On en arrivera même à ne plus les mélanger sur la toile, à les y placer par points, par virgules. De là ces variétés de l’école nouvelle, le tachisme et le pointillisme1.

Edouard Manet ( 1 83 2- 1 883) en a été le véritable chef. Les Espagnols, Velâzquez, Ribera, Goya ont été ses pre-

1. On pourrait d’ailleurs en rechercher fort loin les origines. Au xvui" siècle, Reynolds remarquait que Gainsborough peignait par « taches et balafres ».

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miers maîtres, et bon nombre de ses œuvres en attestent l’influence profonde. L 'Olympia (Musée du Luxembourg), exposée au Salon de 1 865 , y fit scandale. En 1867, il soumettait au public cinquante toiles et, en tète du catalogue, plaçait une sorte de manifeste. « C’est l’effet de la sincérité de donner aux œuvres un caractère qui les fait ressembler à une protestation, alors que le peintre n’a songé qu’à rendre son impression. » De là le nom, d’ailleurs mal choisi, d 'impressionnisme. Le Bon bock (fig. 21 3), le Bar des Folies-Bergère , bien d’autres tableaux encore, malheureusement dispersés dans des collections particulières, permettent de juger son talent original et vigoureux.

Claude Monet est le paysagiste par excellence de la nouvelle école. Il se plaît, choisissant un même coin de paysage, ou un même monument, à le reproduire aux diverses heures de la journée et à noter toutes les variations d’aspect qu’y introduisent les jeux successifs de la lumière (ainsi ses séries des vues de la Tamise, de la Cathédrale de Rouen). Il a emprunté ses motifs aux régions les plus diverses et il en a dégagé les caractères avec une singulière puissance. Il juxtapose par taches, par hachures, des tons francs et violents qui, à distance, s’unissent dans une impression d’ensemble juste et harmonieuse. Et partout dans son œuvre éclate et vibre la lumière. Les mêmes tendances, des qualités analogues se retrouvent chez Sisley, Pissarro. Les uns et les autres délaissent les vastes horizons, les nobles ordonnances du paysage classique, les effets pittoresques du paysage romantique; ils se restreignent le plus souvent à quelque humble coin de campagne normande ou de banlieue parisienne, sans grandeur, sans poésie, même d’aspect banal, mais ils en rendent avec une remarquable précision le caractère intime et l’atmosphère (fig. 214).

A Manet se rattachent encore Degas, Caillebotte, peintres de scènes populaires ou ouvrières. Degas, dans ses études de danseuses (fig. 2 1 5 J, de femmes, montre de remarquables qualités d’exécution en même temps qu’une observation satirique. Dans les portraits de Renoir s’accuse le parti pris de sacrifier de plus en plus le détail à une impression d’ensemble, à un jeu de tonalités générales (fig. 216). Berthe Morisot se distingue par la légèreté et la clarté de sa touche

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juste et fine. Quant aux œuvres de Cézanne, en dépit de ses admirateurs et de ses disciples, il est difficile d’en saisir

fig. 21S. — cottet. — au pavs de la mer. (Muséedu Luxembourg.)

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les mérites, tandis qu’il est trop facile d’y constater l’ignorance technique et la gaucherie.

Influence de l’impressionnisme. — Sans doute l’impressionnisme n’a pas enfanté des génies. Mais il a rendu le grand service d’ouvrir les yeux à la lumière vraie : « On pensera ce qu’on voudra de sa peinture, disait Alexandre Dumas fils en parlant de Manet; il a trouvé l’école française obscure et blafarde; il la laisse la fenêtre ouverte dans le grand jour. »

Son influence a été grande. On la retrouve dans les tableaux, les illustrations, les dessins de Raffaelli, de Renouard, de Steinlen ; dans les affiches si franches et si vives de Chéret, dans les images en couleur d’Henri Rivière où le caractère dominant des paysages est dégagé avec une simplicité si sincère. Elle s’est exercée avec force en Belgique, en Amérique, en Espagne.

Un des exemples les plus notables qu’on en puisse citer, c’est celui de Besnard, nourri cependant des traditions académiques. Besnard est passé dans le camp des novateurs, non pas en disciple, mais en maître, cherchant à rendre sur les chairs, sur les étoffes les reflets des rayons du jour, des lueurs du feu, de la lampe, avec une audace qui parfois déconcerte ( Portrait de théâtre , fig. 217; peintures décoratives de l’École de pharmacie, de l’amphithéâtre de chimie à la Sorbonne).

Toutefois, une réaction se produit depuis quelques années, contre les excès de l’impressionnisme, contre les subtilités des jeux de la lumière, l’imprécision des formes. On s’éprend d’œuvres moins fulgurantes, d’apparences plus solides, comme les scènes bretonnes de Cottet et de Simon, aux tons puissants et souvent sombres, aux ombres denses (fig. 218); comme les évocations mythologiques ou les paysages méditerranéens de René Ménard, d’une si belle couleur ambrée et d’une si pénétrante poésie. On admire aussi ces tableaux où, d’une obscurité mystérieuse, Carrière dégagea demi des figures tout à la fois vagues de contours et précises d’expression, mères, enfants, groupes familiaux, qui éveillent dans nos âmes des sentiments de mélancolique et intime tendresse (fig. 219). Après s’être épris de plein air et de vives couleurs, aujourd’hui on s'arrête plus volontiers aux Salons devant ces scènes familières que Bail

l’a R T CONTEMPORAIN

éclaire d’une lumière à la fois discrète et chaude, ou devant les intérieurs de Prinet aux tonalilés fines et grises. Ceuxci sont déjà célèbres, mais il en est d’autres, jusqu’ici

, J.-E. Bulloz, édit.

Fie.. 219. — carrière. — la famille (groupe central) (Luxembourg.)

moins connus de la foule, dont le talent original révèle de véritables maîtres.

La gravure, qui au xvue et au xvme siècle a produit en France de si belles œuvres, n’a point déchu de notre temps : il suffit de nommer des artistes tels que Gaillard, Jacquemart, Patricot, Jules et Achille Jacquet, Flameng, Legros, Buhot,

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Desboutin, qui, parfois, par d’heureuses initiatives, ont renouvelé les anciens procédés. Mais en outre, à côté de ces procédés, burin, bois, eau-forte, d’autres ont apparu. La photographie elle-même est devenue une province de l’art. Elle est pour les artistes un précieux auxiliaire; entre les mains de savants, comme Marey, elle permet de pénétrer dans ses moindres détails la physiologie des mouvements et de décomposer jusqu’au vol des oiseaux. Elle répand et popularise la reproduction des œuvres d’art. Mais en outre, parmi ceux qui s’y adonnent, il en est qui, par le choix des sites ou des sujets, par l’habileté de la technique, deviennent de véritables artistes. La photographie d’ailleurs est encore loin d’avoir atteint son plein développement : que ne peut-on attendre de la découverte de la photographie des couleurs ?

La sculpture. — On a raillé quelquefois la statuomanie qui sévit de notre temps. Elle a du moins été favorable à la sculpture, si elle a eu pour conséquence de célébrer, parfois avec excès, des gloires modestes.

Le doyen de nos maîtres sculpteurs contemporains, Guillaume, est un penseur autant qu’un artiste ( les Gracques, buste de Mgr Darboy , au Musée du Luxembourg). Paul Dubois allie l’élégance à la vigueur (le Chanteur florentin; Tombeau de Lamoricière , à Nantes; Jeanne d'Arc, à Reims; le Connétable de Montmorency, à Chantilly). Frémiet excelle aux statues équestres ( Jeanne d'Arc, de la place des Pyramides) et aux figures d’animaux. A et groupe se rattachent encore Barrias, Coutan, Saint-Marceaux, Delaplanche, Tony Noël, etc., qui, sous des aspects divers, représentent les traditions de la sculpture française.

Toulouse a été de notre temps le berceau de toute une école de sculpteuss. A leur tête Falguiére, gai, robuste, vivant, épris de fortes et belles formes (son Saint Vincent de Paul, ses Diane sont parmi ses meilleures œuvres). Mercié à ses débuts a subi l’influence heureuse des maîtres florentins du xv° siècle, mais en faisant preuve aussitôt d’une originalité élégante : ses premières œuvres, le David , l’admirable groupe Gloria victis (fig. 220) produisirent une vive impression: depuis, des monuments comme le Tom-

FIG. 2 2l. — MER Cl É.

Cliciié Giraudon.

GLORIA viens.

i.’art depuis 17 89.

beau de Michelet . au Père-Lachaise,

admirables de vie. Bartholomé, dans mémoire des morts (rig. 222), placé

la stèle en mémoire de Mme Charles Ferry au Luxembourg, le Génie des arts j au-dessus du guichet du Louvre, ont confirmé sa gloire. Marqueste, d’un talent si sobre et si bien ordonné, Puech, Idrac, Injalbert, d’autres encore honorent l’école toulousaine.

Un autre groupe comprend ceux qui se sont formés plus en dehors des traditions. Dalou, ardent, inquiet, rebelle aux conventions, artiste probe et vigoureux, a été de cœur le sculpteur de la République ; dans des œuvres comme le bas-relief de bronze où il a représenté Mirabeau apostrophant Dreux- Br é\é ( fig. 22 1) [Chambre des députés], le Triomphe de la République (place de la Nation), il a mis toute son âme. Il a fait des bustes son Monument en à l’enfée du Père-

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Lachaise, a exécute une des œuvres les plus sincères, les

plus poignantes, qui soient jamais sorties de la pierre.

BARTHOLOMÊ. — MONUMENT EN MÉMOIRE DES MORTS. (Pire-Lacliaise

i.’art depuis 1789.

Parmi les sculpteurs contemporains, il n’en est pas de plus discuté que Rodin qui compte des admirateurs fanatiques et des détracteurs sans pitié. Si certaines de ses œuvres inquiètent ou déconcertent, d’autres sont remarquables par le don d’exprimer la vie, la passion, par le modelé. Le Monument de Victor Hugo, le Balzac, les Bourgeois de Calais (fig. 22?), le Penseur , le Baiser ont surtout, à des titres divers, attiré l’attention.

La gravure en médailles. — Notre époque a vu se former une admirable école de médailleurs. Chaplain dans ses effigies rend les traits ‘des personnages avec une admirable précision et fait preuve d’un talent vigoureux et sobre. Roty est un novateur; sur le champ étroit d’une médaille il développe des compositions d’un sentiment poétique et intime, bien éloignées des anciennes allégories, et où la finesse des détails s’allie heureusement à la netteté de l’ensemble (médaille du mariage; médaille commémorative de Carnot [fig. 224]; médaille commémorative du cinquantenaire de l’Ecole d’Athènes; Pasteur ; In labore quies , etc.). Daniel Dupuis a exécuté des médailles qui se distinguent par l’élégance facile et la grâce, notamment la Source. Bien d’autres, Bottée, Patey, Vernon, Alphée Dubois, etc., seraient à nommer.

Parmi les productions de l’art décoratif, les bijoux de Lalique ont conquis une vogue fort méritée, grâce à leur art subtil qui mêle l’or mat, les gemmes, les perles dans des combinaisons d’une coloration voluptueuse. Les belles œuvres d’orfèvrerie de Froment-Meurice, de Falize, les bronzes de Barbedienne sont justement réputés. L’industrie des faïences, des grès cérames produit des œuvres intéressantes. La manufacture de Sèvres renouvelle et perfectionne ses procédés; même les procédés anciens changent d’aspect sous la main d’artistes originaux : les gracieuses danseuses de Léonard (fig. 225), où l’élégance moderne se marie à la beauté antique, ont excité une vive admiration à l’exposition universelle de 1900. Par contre, notre mobilier manque de personnalité; on oscille de la Renaissance au style Louis XVI, en passant par le Louis XI V et le Louis XV ; le style du premier Empire a même eu un regain de mode; le modem style jouit d’une vogue qui sera sans doute de

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L’Œuvre de Bodin, J.-L. Bulloz, ed't.

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