BURNE-JONES. — L’ESCALIER D'OR
l'art DEPUIS 1789.
diverses des artistes qui la représentent. Des trois fondateurs, Rossetti (1828-1882), littérateur autant que peintre, est célèbre, entre autres œuvres, par le Songe de Dante ( musée de Liverpool), mais bon nombre de ses tableaux n’ont jamais été exposés publiquement. Hunt est le peintre religieux de l’école; pendant de longues années il a vécu en Palestine afin de se pénétrer, jusque dans les moindres détails, du pays ou a vécu le Christ. Mais il rompt avec les compositions traditionnelles de la peinture religieuse : ainsi dans son célèbre tableau de la Lumière du Monde , où il représente le Christ qui, la nuit, une lanterne à la main, cherche, de porte en porte, la demeure du juste; ainsi dans l'Ombre de la mort, où le Christ, robuste ouvrier, dans l’atelier où il travaille, par ses bras étendus dont l’ombre se profile sur une planche horizontale, évoque chez la Vierge la terreur de la crucifixion future. Entre tous les tenants du Préraphaélisme, Hunt exagère jusqu’à la minutie la reproduction précise des moindres détails. Quant à Millais, l’artiste heureux, auquel la fortune et la gloire ont toujours souri, il a < vite abandonné les doctrines sévères de sa jeunesse pour devenir un peintre à la mode et un peintre populaire; il sacrifie la vérité à l’effet et cherche surtout ce qui peut plaire à la sentimentalité ou à la curiosité du public. C’est un habile portraitiste.
De tous ceux qui se sont ralliés au Préraphaélisme, un des plus célèbres est certainement Burne-Jones (1833-1898).
11 a puisé à pleines mains dans le riche trésor des vieilles légendes celtiques : Merlin et Viviane; le Sommeil d'Arthur; la Recherche du Graal , etc. Ce sont encore des allégories parfois compliquées : l'Escalier d'or; l'Amour parmi les ruines ; les Quatre saisons; le Chant d'amour; et il les traduit dans des œuvres où il procède de l’étude des primitifs italiens, surtout de Botticelli et de Mantegna. Il est un des auteurs responsables de cette épidémie de pseudo-Botticellisme qui sévit, il y a quelques années, en France comme en Angleterre. Ses figures trop élancées manquent de vigueur, elles sont d’une élégance maniérée, mais elles ont de la poésie et du charme. Le coloris est brillant, mais laborieux; les accessoires sont d’une richesse minutieuse. Tout, dans Burne-Jones, est d’un art savant et précieux.
l’art contemporain.
Citon-s encore, én dehors du groupe même des Préraphaélites, Watts qui, dans ses compositions symboliques ou mythiques, se propose moins, il l’a dit lui-même, de réjouir lés yeux que d’inspirer aux hommes de grandes pensées et de grandes actions; Madox Brown qui, dans ses compositions empruntées à l’histoire d’Angleterre, fut un des précurseurs du Préraphaélisme; Alma Tadema, hollandais de naissance, dont les tableaux sont de savantes restitutions archéologiques de la Rome impériale; Herkomer et Orchardson, les meilleurs portraitistes de l’école; le peintre de marines Hook; les paysagistes Brett, Vicat, Cole ; Leighton, le président de la Royal Academy , et aussi le plus académique des peintres anglais contemporains.
En résumé, la nouvelle école anglaise a singulièrement dévié de son programme initial, mais elle a conservé un caractère national bien marqué, elle se distingue nettement des écoles du continent. En dépit de ses ambitions, elle ne reproduit pas la nature dans la liberté de ses allures; aux conventions antérieures elle a substitué des conventions nouvelles. On n’y trouve point, au même degré que chez nous, le souci de l’ensemble : l’œuvre se compose en quelque sorte de morceaux juxtaposés, mais dans chaque détail, dans chaque geste, dans chaque expression se révèle l’intention morale ou psychologique. Fidèles aux leçons de Ruskin, qui réprouvait les tons sombres, les peintres anglais prodiguent les couleurs éclatantes, vives, et les exaltent jusqu’à une violence et une discordance qui nous choquent. L’exécution est laborieuse, souvent lourde. En résumé, c’est un art consciencieux, d'inspiration très noble, mais qui se propose moins de réjouir lçs yeux que d’enseigner. Ruskin l’a déclaré : « Pour le peuple l’art doit être didactique », il doit nous faire comprendre et adorer l’œuvre du Créateur.
L’École allemande. — Pendant toute une partie du xviii® siècle l’Allemagne subit l’influence de la civilisation française. Dans le domaine de l’art, la réaction se manifesta, comme chez- nous d’ailleurs, par le retour à l’antiquité. La publication de l'Histoire de l'art dans l'antiquité de Winckelmann, en 1764, marque une date importante. En même temps naissait la littérature allemande qui s’inspirait
i.’art DEPUIS 178c). N
de la nature, du moyen âge, des souvenirs de l’histoire nationale. La peinture allemande subit cette double action. Raphaël Mengs (1728-1779), dans ses compositions mythologiques, applique les doctrines de Winckelmann. Au commencement du xix" siècle une nouvelle école se constitue : Cornélius, Overbeck, qui se forment à Rome, y séjournent longtemps, en sont les représentants les plus illustres.
Cornélius (1783-1 867) par son style est un classique, mais souvent il choisit ses sujets dans l’histoire et la littérature allemandes : il illustre Faust , les Nibclungen ; en 1819, il fonde l’Académie de Dusseldorf; en 1826, il est chargé de diriger celle de Munich. Dans la Glyptothèque de Munich, il traite de grandes compositions empruntées à la mythologie grecque, l'Olympe , les Enfers , ou à la guerre de Troie. Dans l’église Saint-Louis, il peint une grande fresque, le Jugement dernier. Ce sont des œuvres correctes, sérieuses, mais d’une froideur académique.
Overbeck (1789-1869) se rattache au mouvement néocatholique qui se développait alors en Allemagne. A Rome, avec quelques amis, il forme le groupe des Nazaréens, qui vivent en commun, s’inspirent des memes sentiments et vont chercher leurs modèles dans l’art religieux antérieur à Raphaël. L’Allemagne eut ainsi son Préraphaélisme. Les adeptes de la nouvelle école veulent emprunter aux vieux maîtres leur foi mystique et leur naïveté. Mais leurs œuvres ont un caractère de convention et de pastiche. En Allemagne leur centre d’action fut à Dusseldorf, oü un des Nazaréens, de Schadow, succéda en 1826 à Cornélius comme directeur de l'Académie. Une de leurs œuvres les plus importantes fut la décoration de la chapelle de Saint-Apollinaire à Remagen, près de Bonn.
Un autre groupe d'artistes vise, parle choix des sujets, à constituer un art national. Kaulbach (1805-1874), dans l'escalier du musée de Berlin, traite l’histoire de l’humanité : la Tour de Babel; la Grèce; la Destruction de Jérusalem; les Huns; les Croisades: la Réforme. Au musée de Nuremberg il exécute une fresque, Otton III au tombeau de Charlemagne. Lessing retrace l’histoire de Jean Hus et de Luther; Rethcl, desévénementsde l’histoire allemande.
Cliché Giraudon.