FIG 226. — TURNER. — PELERINAGE DE CHILD-HAROLD
l’art depuis j 7<S().
Xe Préraphaélisme et les peintres contemporains. — Au milieu du siècle apparaît en Angleterre une école nouvelle qui entend être une école anglaise, indépendante des écoles du continent. Ceux qui la constituent, Dante Rossetti, italien d’origine, Millais, Hunt s’intitulent les Préraphaélites: ils accompagnent leur nom des trois initiales, P. R.- B. (. Pre-Raphaelite-Brothers ). Ils entendent par là que, depuis Raphaël, l’art est tombé dans l’académisme, dans la convention, qu’il s’est éloigné de la vérité et dé la nature, et ils se donnent pour tâche de l’y ramener.
Mal accueillis d’abord par l’opinion publique, honnis par les académiciens, représentants de Part officiel, ils trouvent dans un des plus grands esprits et des meilleurs écrivains de l’Angleterre moderne, dans Ruskin(i8t9-i90o), un avocat éloquent qui se charge de formuler leur programme, leurs idées, et de les défendre, parfois avec plus d’imagination et de poésie que de logique. Passionné de la nature, Ruskin est l’ennemi fougueux de la civilisation moderne et de l'industrie qui la faussent et l’altèrent; il déclare la guerre aux chemins de fer, aux machines. Volontiers il ramènerait l’humanité à la simplicité de la vie primitive. Par une étrange contradiction, le peuple anglais, qui vit et prospère par l’industrie, s’éprend de Ruskin. Nuis livres ne sont plus lus que les siens ( Peintres modernes; les Pierres de Venise; les Lois de Fiesole ; les Sept lampes de l' architecture ; Aratra Pentelici; les Matins à Florence; Lectures sur l'art ; les Deux routes; la Bible d' Amiens ; etc.). Un de ses plus fervents adeptes, William Morris, applique même ses théories à l’architecture privée, au mobilier.
Ruskin veut que l’artiste étudie la nature dans ses moindres détails et qu’en même temps il sache en dégager les caractères généraux. « Un tableau ne sera fini que s’il exprime tout à la fois l’ensemble et l'effet de la nature et la perfection infinie du détail de la nature », et il entend par là que la moindre feuille, le moindre caillou doit être étudié et rendu avec une exactitude rigoureuse et scientifique.
Ce serait donc une erreur de croire que les Préraphaélites entendaient s’enfermer dans l’imitation de la Renaissance italienne : ce qu’ils faisaient profession d’aimer dans ces vieux maîtres, c’était leur recherche sincère de la vérité. Plus
l’art contemporain.
de gestes et de poses d’atelier, plus de ces tons sombres, de ces fonds bitumeux, de ces lumières, de ces ombres de convention qu’impose la doctrine académique.
Les novateurs, même dans leurs compositions historiques, veulent donner aux personnages des attitudes et des expressions vraies, simples, réelles ; ils peignent sur la toile, sans préparationsartiflcielles, partons franesetvifs, souvent par taches :
ils ont été, dans une certaine mesure, les précurseurs de nos impressionnistes et de nos pointillistes. Ils apparaissent aux expositions de 1849,
Millais avec le Festin d’ Isabelle, légende florentine, Hunt avec un Rien^i, Rossetti avec l'Enfance de la Vierge. La guerre s’engage, mais bientôt se termine par la victoire.
Telles sont les origines de la nouvelle école anglaise, mais elle s’est depuis développée ettransformée selon les tendances
Cliché Eyre et Spottiswoode’s.