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I. ANTIQUITE

limitait à un petit nombre de citoyens; au milieu de la foule des esclaves et des étrangers établis en Attique, les Athéniens formaient plutôt une aristocratie dont toutes les institutions tendaient à assurer la supériorité.

Vers le milieu du siècle, dans cette ville puissante et prospère, domine Périclès. Sans exercer la tyrannie, c’est par le prestige de l’intelligence et de l'éloquence qu’il gouverne ses concitoyens. Chez lui, du reste, nulle ambition mesquine; sa vie est simple et sans faste, et, s’il aime l’autorité, il veut la faire servir à la grandeur d’Athènes. Tout doit concourir à ce but : aussi bien que les armes et le commerce, les lettres et les arts dont son esprit goûte la beauté. Encouragés par lui, de toutes les régions accourent ceux qui reconnaissent dans Athènes le centre intellectuel de la Grèce, historiens, poètes, philosophes, savants. Beaucoup sont les amis de Périclès et les collaborateurs de son œuvre.

Phidias. — Dans le domaine des arts, Phidias, né à Athènes vers le commencement du siècle, s’inspire de la pensée de Périclès et il est l’âme de toutes les entreprises. Autour de lui se pressent des artistes d’élite : son parent, le peintre Panaenos, les architectes Ictinos, Callicratès, Mnésiclès, les sculpteurs Alcamènes, Agoracrite, Colotès, etc. Périclès leur prodigue les ressources, et le peuple, chez qui le goût des arts est comme un sentiment inné, les admire. Pourtant, dans les dernières années de leur vie, Périclès et Phidias connurent l’impopularité : pour atteindre l’homme politique, on persécuta l’artiste. Phidias fut accusé d'avoir détourné une partie de l’or qui lui avait été confié pour la statue d’Athéna au Parthénon : il réfuta cette calomnie, mais ses ennemis rte se lassèrent point, ils lui reprochèrent d'avoir sculpté sur le bouclier de la déesse deux figures dont l’une avait ses traits, l’autre ceux de Périclès. D’après certaines traditions, d’ailleurs contestées, Phidias serait mort en prison (vers q3 1). Périclès lui-mème fut bientôt attaqué : on le rendit responsable des premiers revers qui signalèrent la guerre du Péloponèse, de la peste qui décima l’Attique; il mourut triste et méconnu. Mais, avant ces sombres années, Athènes s’était peuplée de monuments où le génie grec se manifeste dans tout l’éclat de sa maturité; il n’y a point, dans le monde entier, d’endroit où le beau se soit exprimé

.L’art GREC AU temps DE PERIODES. 67

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caractère vigoureux, lui donnent une allure plus dégante et plus aisee. Ils augmentent l’élévation des colonnes^t la

ŒiOLwdepoim qu’on ne saurait dépasser sans

troubler équilibré des proportions de l’édifice ; ils ramènent

Cl. Giraudon.

FIG. 22. — LE PARTHÉNON. (État actuel.)

a de justes mesures les dimensions des chapiteaux; ils accordent à l’ornementation toute la place qu’elle peut occupei sans diminuer l’impression simple et sévère de ensemble : la force est répandue partout, mais elle est bien pondérée et ne s’accuse avec excès dans aucun détail1. Nulle part ces qualités ne se montrent mieux qu’au Parthénon

1. Ou a même observé que, dans le Parthénon, les architectes ont délicatement tempère la sévérité du dorique par quelques emprunts à ionique : ainsi la frise sculptée continue, les perles employées cà et la, les huit colonnes des deux petits côtes, tandis que les temples doriques n’en ont ordinairement que six (Léchât, le Temple grec p. 122 et Suiv.). * rot

i/antiquité.

(fig. 22), le temple de la vierge Athéna, qui se dresse sur le point le plus élevé de la colline. Ictinos et Callicratès en furent les architectes (447-434). Les dimensions (6g m. 5i sur 3o m. 86) sont moindres que celles d’autres temples, mais tout est calculé pour les bien faire valoir et pour frapper l’esprit par une impression de grandeur. Transformé en église au moyen âge, détruit en partie sous la domination turque par l’explosion d’une poudrière (1687), dépouillé de

Cl. Stereoscopic and photographie C°, Londres. FIG. 2 3. — RESTAURATION DE L’ACROPOLE D’ATHÈNES.

sa décoration, le Parthénon n’offre plus pourtant qu’une faible image de sa beauté passée. Au même style appartiennent les Propylées, œuvre de Mnésiclès (437-432), qui forment l’entrée monumentale de l’Acropole.

A côté de l’architecture dorique, l’architecture ionique prodigue sur l’Acropole la variété de ses lignes et la richesse de sa décoration. Aux Propylées, l’ordre ionique se combine avec l’ordre dorique : celui-ci forme l’ordonnance extérieure où la force doit être accusée, à celui-là est réservé l’intérieur. Près des Propylées, au bord d’une étroite terrasse, le petit temple de la Victoire Aptère ou Athéna-Niké (fig. 24), dont la date a été fort discutée, plus loin l’Érechthéion, voisin du Parthénon, représentent tout ce que l’élégance et la grâce peuvent engendrer de plus exquis sans tomber dans la recherche et l’affectation.

• r. ART GREC AU TEMPS DE PERICLÈS. 69

L Lrechthéion est postérieur à Periclès; là se voyaient l’olivier qu’Athéna avait fait sortir du sol, le trou que le trident de Poséidon avait creusé dans le roc. Nul temple à Athènes n’avait plus d’importance par la grandeur et le nombre des souvenirs, et, pour les respecter, l’architecte avait dû enfermer plusieurs édifices dans une même enceinte.

Ces monuments (et il s’en trouvait d’autres qui ont disparu), si rapprochés qu’ils soient, ne se nuisent pas les uns aux autres; on croirait même qu’ils ont été placés de manière à se faire mieux valoir par le contraste des styles : le temple d’Athéna -Niké à côté des Propylées, l’Erechthéion à côté du Parthénon(fig.23). Aucun n’est dérobé à la vue ou écrasé par son voisin, on peut les étudier isolément; réunis, ils forment un ensemble d’une harmonie incomparable. Cependant cette froide et monotone symétrie, qu’on a si souvent exaltée au nom de l’antiquité, n’existe pas ici. Les monuments, loin de s’aligner dans un ordre uniforme, sont librement groupés; on n’a même point partout taillé et retaillé la colline qui les porte afin de lui donner un aspect régulier; en bien des endroits apparaissent les accidents du roc, dont les lignes brisées font mieux valoir l’ordonnance des lignes architecturales. Les différences de niveau n’ont pas été supprimées; on les retrouve aux Propylées, à l’Érechthéion; en outre, dans ces deux édifices, des parties qui se corres-

Cl. Giraudon.

FIG. 24. — TEMPLE D’aTHÉNA-MKÉ.

l’antiquité.

pondent n’ont ni les memes proportions ni le même aspect. En un mot, l’ordre et l’harmonie sont partout, nulle part la discipline étroite et mesquine qui étouffe l’art sous prétexte de le mieux régler.

Bien d'autres monuments s’élevèrent à Athènes au ve siècle. Sur la pente de l’Acropole se trouvait déjà un théâtre. Les représentations dramatiques en Grèce avaient un caractère

religieux, elles prirent naissance aux fêtes de Dionysos et formèrent une institution publique.

Bien différents des nôtres, les théâtres sont à ciel ouvert. Sur les gradins, souvent taillés dans le roc même, tous les citoyens peuvent trouver place; aux premiers rangs sont les prêtres. L 'orchestre sert aux évolutions du chœur, qui chante en exécutant des mouvements rythmiques ; au centre se dresse l'autel de Dionysos, la thymelé. Séparé de l'orchestre par un mur, se développe en largeur le proscenion où se tiennent les acteurs, au mur du fond s’applique le mot de scène dont nous avons changé la signification. Certains détails del’installation de l’ancien théâtre grec sont d’ailleurs

•l’art grec au temps de périclès.

obscurs et on a même pu mettre en doute l’existence d’une scène où se seraient placés les acteurs. Au ve siècle les bancs et le proscenion étaient en bois. Le premier théâtre en pierre de Dionysos à Athènes fut construit de 35o à 325. Dans ces édifices, destinés à des milliers de spectateurs, toutes les conventions dramatiques étaient différentes des nôtres.

En dehorsde la ville, Ictinos dirigeait à Eleusis la recon-

f i g. 26. — irise dd paiithénon. (Groupe de dieux.)

struction des sanctuaires de Déméter et de Coré, si vénérés à cause des mystères qui s’y célébraient. A la pointe de l’Attique, dominant la mer, se dressait à Sunion un temple de Poséidon et un temple d’Athéna; à Rhamnonte, près de Marathon, en souvenir de la victoire sur les Perses, fut construit le temple de Némésis, la déesse de la vengeance. Dans le Péloponèse même on avait recours aux architectes athéniens : Ictinos fut chargé de construire le temple d’Apollon à Phigalie.

La sculpture; Phidias et son école. — Phidias fut le sculpteur grec par excellence. Ce qui lui assura une si grande supériorité, c’est qu’il sut unir aux fortes qualités des maîtres doriens l’élégance et la finesse de l’esprit

l’antiquité.

ionien. Grâce à l’élévation de son âme, il donne aux divinités une expression de noblesse et de majesté qu’on ignorait avant lui et qui s’effacera dans la suite; mais il excelle aussi à animer et à assouplir le marbre. Ce qu’il y avait encore çà et là de raide ou de gauche dans les œuvres antérieures disparaît ici; qu’on, regarde comment les personnages se groupent dans les compositions ou qu’on étudie isolément quelque figure, tout est simple, naturel et harmonieux.

Phidias a été surtout le sculpteur d’Athéna ; il fit plusieurs fois sa statue. Ce type divin convenait entre tous à son génie en meme temps qu’à celui*4’Athènes. Athéna était déesse de beauté, d'intelligence et de force; elle unissait toutes les facultés dont les manifestations étaient chères aux Athéniens; Phidias sut en confondre l’expression et combiner dans ses figures la perfection de la foçme.et l’élévation «de l'idée. Telle ‘était la statue de la déesse, malheureusement perdue, qu’il avait exécutée pour le Partnénon (438). Les chairs étaiént d’ivoire, les draperies et les accessoires d’or, selon les procédés de la sculpture chryséléphantine. Athéna était debout, vêtue d'une tunique qui lui tombait jusqu’aux pieds; l’égide, sur laquelle se détachait la tête de Méduse, protégeait sa poitrine; un casque, orné d’un sphinx et de griffons, couvrait la tête; une des mains supportait une Victoire haute de six pieds, l’autre tenait peut-être la lance. Sur le bouclier, posé à terre, et sur le piédestal, se développaient des bas-reliefs. Mais, pour nous faire une idée -de ce chefd’œuvre, nous sommes réduits à la description parfois confuse de Pausanias et à des copies dont la valeur est très médiocre, l'exactitude relative.

Cl. Mansell, Londres.

FIG. 27. — CARYATIDE DF. I.’KRECHTHÉION.

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