CHAPITRE II
l’art byzantin
Sommaire. — L’art byzantin s’est développe du v“ au xm* siècle dans l’empire grec; à partir du xiu° siècle sa vitalité n’a cessé de décroître. Il a pris sa physionomie originale au vi® siècle, sous le règne de Justinien. La construction de Sainte-Sophie marque alors l’avènement d’une architecture chrétienne nouvelle, dont la coupole est l’élément distinctif. A l’intérieur des églises byzantines de grandes mosaïques étincelantes, des fresques qui couvrent les murs et tapissent les voûtes forment la décoration. Menacé dans son existence, au vm® et au ixc siècle, par les iconoclastes ou briseurs d’images, l'art religieux s’épanouit ensuite avec un nouvel éclat. Les ivoires, les manuscrits à miniatures de cette époque permettent d'en juger. Pour l'ornementation des églises, les œuvres qui subsistent et qui se trouvent notamment dans les coHvents du mont Athos sont moins anciennes, mais elles se rattachent à des modèles antérieurs : elles montrent que, si l’art byzantin est conventionnel, s'il a perdu depuis bien des siècles la force d'invention, il a conservé d’une façon remarquable le sens de la décoration.
En Orient, l'art byzantin a pénétré dans tous les pays chrétiens de rite grec : Russie, Serbie, Arménie, etc. En Occident, il a exercé aussi une influence qui est surtout sensible dans certaines régions de l’Italie : la Sicile, la Calabre, Ravenne, Venise, mais dont on retrouve aussi les traces en France.
Caractères généraux f.t principales périodes de l’art byzantin. — Tandis que l’empire d’Occident disparaissait, l’empire d’Orient se maintenait et son existence devait se
LE MOYEN AGE
prolonger jusqu'au xve siècle, à travers des alternatives de grandcur^et de décadence. Là s'épanouit encore une civilisation brillante dont l’influence s’exerça au loin. Constantinople en était le centre; au fond de l’Orient comme de l’Occident circulaient de merveilleux re\'its sur sa splendeur; les étrangers, marchands, artisans, aventuriers y affluaient du monde entier, et, par sa situation même, elle semblait destinée à servir de trait d'union entre l’Asie et l’Euiope.
Cl. Bonfib.
fig. 5ç). — sainte- Sophie. (Constantinople.)
Tel est aussi le caractère de l’art byzantin : aux anciens éléments helléniques il mêle les éléments orientaux, mais il sait en outre se montrer créateur et revêtir une physionomie originale; jusqu’au xn* siècle, il sera l'art chrétien par excellence. Au vie siècle déjà, sous le règne de Justinien, il est constitué avec quelques-uns des caractères qu’il conservera toujours. Au viii“ siècle, de graves dangers le menacent : c’était surtout au service de la religion qu’il s’était développé; or, plusieurs empereurs, qui s'occupaient de réformer tout à la fois l’Église et l'Etat, proscrivirent les images
l’art byzantin.
sacrées comme entachées d’idolâtrie. La querelle des iconoclastes, qui commença vers 726, ne se termina définitivement qu en 842, par le triomphe du culte des images. Il se trouva que 1 art avait plutôt gagné à ces épreuves. Les peintres religieux, loin de céder devant les menaces et les poursuites avaient travaillé avec obstination, mais à côté d'eux s était formée une école plus indépendante et qui paraît s'être inspirée avec une ferveur nouvelle des modèles antiques. Aussi, depuis le milieu du ix* siècle jusqu’au xi*, tandis que les princes de la maison macédonienne assurent la prospérité de 1 empire, 1 art fleurit dans tout son éclat. Au xi° siècle, il commence à faiblir; il devient plus raide, plus monastique, et tend souvent à s’immobiliser dans la tradition. Les malheurs qui, pour l’empire grec, signalèrent le xi* et le xu* siècle, la fondation éphémère de l'empire latin au xin siècle, eurent leur contre-coup sur l'art ; si, dans la suite, quelques efforts furent tentés pour lui donner une vie nouvelle, le succès en fut restreint. Cependant il a survécu a 1 empire même, et il a trouvé un asile dans les monastères, surtout au mont Athos, où, de nos jours, il agonise lentement.