‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 74 sur 177 · I.E MOYEN AGE · texte numérisé non relu

I.E MOYEN AGE

drale de Reims, Robert de Coucy qui y travailla plus tard, Erwin de Steinbach, qui commença la façade de la cathédrale de Strasbourg en 1277. On conserve à la Bibliothèque *, nationale un manuscrit qui donne une juste idée des con-

naissances de ces artistes, l’album de Villard de Honnecourt (publié par Lassus et Darcel en 1 858). Il construisit la collégiale de Saint-Quentin ; plus tard, il fut appelé en Hongrie, et quelques vieilles églises de ce pays pourraient être son œuvre; il visita aussi la Suisse. Nos architectes du moyen âge, on le voit, ne se confinaient pas dans leur ville; ils voyageaient beaucoup, entretenaient entre eux des relations. La variété des dessins de Villard de Honnecourt montre combien il était actif et versé dans la pratique des divers arts. L’architecture y tient une large place; mais à côté on y trouve des croquis pour des sculptures, des études d’après nature et même d’après l’antique. Il fait connaître aussi une méthode géométrique qu’il avait imaginée pour dessiner et grouper des figures; enfin il n’est pas jusqu’au problème du mouvement perpétuel dont il ne prétende donner une solution.

Du nom dk l’art gothique ou français. — Toutes les circonstances qui viennent d’être indiquées favorisaient l’esprit d’initiative des artistes. Aussi, au cours du xn* siècle, vit-on apparaître un style que les uns ont appelé gothique, d’autres ogival , termes qui tous deux sont inexacts. Le premier vient des Italiens qui, au xvi° siècle, tout épris de l’anriquité, ne voyaient dans les monuments du moyen âge que des œuvres barbares; mais en réalité les Goths n’ont rien à réclamer dans l’invention du style nouveau. Quant au mot ogival, il vient d'ogive, que nous appliquons aujourd’hui à l’arc aigu ou en tiers-point; mais c’est là un faux sens, car les architectes du moyen âge appelaient ogive ou augive (crux augiva) les fortes nervures de deux arcs diagonaux se croisant dans la travée d'une voûte (fig. 88)1. Les augives (du latin augere, augmenter) augmen-

> 1. Ce sont les architectes romans qui ont inventé la croisée d’ogives

en appuyant la voûte d’arêtes sur les arcs à nervures. Il su t fit dès lors de garnir de matériaux de remplissage léuers les sections de voûte comprises entre les nervures. C’est ainsi qu’on obtient des voûtes moins pesantes et où la poussée, canalisée en quelque sorte par les nervures, aboutit aux piliers: de là la légèreté hardie et la souplesse de la construction gothique.

• L ART FRANÇAIS OU ART GOTHIQUE

taient la solidité des voûtes. Le nom d'art français vaudrait mieux, et les contemporains s’en servaient souvent, opus francigenum ; il serait à désirer que l'usage s’en établit au moins comme synonyme de celui d'art gothique.

Caractères originaux de la construction française. — La construction française procède de la construction romane; elle en est le développement , mais elle se distingue par des caractères qu’il importe de déterminer. Dans la plupart des édifices du style nouveau , l’arc aigu, qu’il s’agisse des arcades, des arcs doubleaux, des fenêtres, des ornements, sauf le plus souvent les arcs diagonaux des voûtes, se substitue à l’arc en plein cintre. Ce fait a tout d’abord frappé l’attention, et l’on a vu dans l’arc brisé le caractère essentiel du gothique. Cet arc existait déjà dans bien des monuments orientaux, notamment dansles monuments antiques de la Perse et dans les monuments arabes. On a donc supposé, non sans vraisemblance, qu'il avait pu se propager de là en Occident. Mais il faut observer que chez les Arabes l’arc aigu n’est guère qu’une variété décorative à côté de l’arc en plein cintre ou de l’arc en fer à cheval; il

HIST. DE L’ART

LE MOYEN \ E

ne correspond pas à une complète transformation dans l’art

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