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CHAPITRE V

l’art français ou art gothique

Sommaire. — L’apparition de l’art gothique coïncide avec les progrès du pouvoir royal et des institutions politiques dans notre pays, avec le développement des communes et de la prospérité urbaine. L’art gothique est notre art national du moyen âge : il est né dans l’Ile-de-France et la région environnante, au xiie siècle; il a atteint son apogée au xm* siècle; les cathédrales de Paris, d’Amienc, de Reims, de Chartres en sont les plus beaux monuments. Ce sont nos artistes, nos maîtres d’œuvres, qui l’ont introduit dans les pays voisins, en Angleterre, en Allemagne. C’est vraiment l’art français.

En architecture, le style gothique est caractérisé : par la diffusion de la voûte d’arètes sur nervures ou croisée d'ogives; par l’emploi des arcs-boutants qui, à l’extérieur, supportent la poussée des voûtes centrales; par la haute élévation des nefs des églises. En même temps, l’architecture militaire se perfectionne et dresse de robustes châteaux, comme celui de Coucy. L’architecture civile élève des hôtels de ville, des halles, des ponts, des hôtels seigneuriaux et bourgeois, comme la marson de Jacques Cœur, à Bourges.

La sculpture gothique est remarquable par la richesse de ses inventions, par la force, la vérité et l’élégance de ses figures; la décoration et l’ornementation sculptées tiennent dans les monuments, surtout dans les églises, une place extraordinaire. Certains imagiers du xmc et du xivc siècle sont des sculpteurs de premier ordre.

Cependant, au xiv” et au xve siècle, l’art gothique perd de sa simplicité, il se complique et se surcharge.

Événements qui ont favorisé la naissance de l’art français. — Les événements politiques qui, dès le xi* siècle, avaient tant contribué au relèvement des arts, exercèrent, au

LE MOYEN AGE

xiie et au xiii" siècle, une influence sans cesse accrue. Les croisades faisaient mieux connaître les monuments de l’Orient, les civilisations brillantes qui s’étaient développées là-bas, et éveillaient l’imagination des artistes. A l’intérieur, les progrès du pouvoir royal assuraient plus d’ordre et de prospérité. Aussi est-ce surtout dans le domaine du roi, dans la France qui se constitue, que l’activité est grande et que s’élèvent les beaux édifices. Suger, qui assure la puissance de Louis VI et Louis VII, fait reconstruire l’église de Saint-Denis avec une magnificence qu’il a lui-même décrite. Plus tard, les rois, Philippe-Auguste, saint Louis, interviennent dans le développement des arts. Mais, entre toutes les causes favorables qui agissent alors, une des plus importantes est la situation des villes. Partout se développe la vie municipale, grâce aux corporations ouvrières et marchandes qui en ont été le principe et qui en sont la force. Dans ces cités actives et puissantes vont se dresser les grandes cathédrales. Elles ne servaient pas seulement aux cérémonies du culte : en bien des villes, les bourgeois, les gens de la commune s’ÿ réunissaient pour discuter leurs intérêts. Ainsi s’explique l’enthousiasme avec lequel les populations participaient à la construction des cathédrales, prodiguant leur argent et leur travail : l’amour-propre municipal les y poussait en même temps que la piété. Plusieurs contemporains ont décrit le spectacle de ces multitudes qui, au milieu des chants de fête, amenaient au chantier des matériaux et des vivres. Toutes ces belles églises s’élevaient d’abord avec une incroyable rapidité; de toutes parts on les voyait sortir de terre et bientôt dominer la ville. Mais beaucoup, dans la suite, ne se terminèrent que lentement qu restèrent inachevées : parfois l'ardeur qu’on avait montrée au début s'attiédissait, les bourgeois se construisaient des hôtels de ville et ne s’intéressaient plus au même degré à la cathédrale.

Les artistes du' xiii0 siècle, leur condition, leurs connaissances.— En même temps la condition des artistes change; à partir de la fin du xii° siècle, ce sont plus souvent qu’auparavant des laïques. Ils se groupent en corporations (peintres, imagiers, enlumineurs, etc.) qui ont leurs règlements et leur administration. Lorsqu’il s’agissait de construire un grand

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édifice, toutes ces corporations artistiques y contribuaient; mais celui qui dirigeait l’ensemble des travaux était appelé le maître de l’œuvre. Les noms de plusieurs de ces maîtres d’œuvre nçus sont connus. Robert de Luzarches, vers -i 220 , commença la cathédrale d’Amiens ;Thomas de Cormont et son fils Régnault lui succédèrent. Pierre de Montereau, l’architecte de l'église abbatiale de Saint-Denis, a peutctre construit une des œuvres les plus exquises de ce temps, la Sainte-Chapelle(t 240- 1 248) 1 ;àla même époque, Jean de Chelles travaillait " aux portails latéraux de Notre- Dame de Paris. Citons encore , entre bien d’autres, Hugues Libergier, qui construisit Saint - Nicaise à Reims fà partir de coupe sur construction cqihique 1229), Jean d’Orbais, (Amiens.)

Jean le Loup, Bernard

de Soissons, qui furent les premiers architectes de la cathc-

1. L’attribution de la Sainte-Chapelle à Pierre de Montereau, qui paraissait consacrée, n’est pas absolument certaine : Stcin, Pierre de Montereau , dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de

France , 1900.

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