‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 87 sur 177 · JEAN BELLINI. — MADONE, ENFANT JÉSCS ET SAIN T S · texte numérisé non relu

JEAN BELLINI. — MADONE, ENFANT JÉSCS ET SAIN T S

(Académie des Beaux-Arts. — Venise.)

fils, la Ca'Doro , dont la façade est une merveille de grâce et de fantaisie, du meme temps. Dans cette ville, qui volontiers s’isole du reste de l'Italie, l'esprit de la Renaissance ne pénètre que tardivement. Ce n'est qu’a partir du milieu du xv* sièçlc qu’il y devient sensible en architecture et en sculpture, surtout avec la famille des Lombardi, dont les œuvres abondent à Venise : le palais Vendra-

LA RENAISSANCE

min Calcrgi (1481) peut être cité comme le type de leurs palais. Mais, de tous les arts, la peinture est celui qui devait y jeter le plus d’éclat. Ver$ le milieu du xv° siècle, une école nouvelle y naît avec les Vivarini et, par certains côtés, se rattache d’abord aux écoles allemandes. Un peintre sicilien qui était allé en Flandre s’instruire des procédés des Van Eyck, Antonello de Messine, s’établit à Venise et y introduit un style mêlé d’éléments étrangers et d’éléments italiens. Carlo Crivelli, qui peint des madones, des saints et des saintes, encore fidèle au moyen âge par la façon dont il compose ses tableaux et ses figures, éblouit par la richesse des accessoires et l’éclat du coloris. C’est surtout avec la famille des Bellini que se marque l’évolution de la peinture vénitienne. Jacques Bellini est sorti de sa patrie pour faire connaissance avec les écoles de Florence et de Padoue, avec le naturalisme et l’antiquité. De ses deux fils, Jean (1427-1516), Gentil (1426- 1 Soy), le premier, âme douce et simple, s’attache aux sujets pieux; il donne à ses vierges et à ses saints une suavité profonde et une grande noblesse. Tout autre est son frère; moins porté aux sentiments mystiques, curieux des effets pittoresques, il aime à rendre l’aspect des foules, les processions et les cortèges qui se déroulent sur les places de Venise. Parmi ses contemporains, Carpaccio a la même tournure d’esprit. Ses grandes peintures tirées de l’histoire de sainte Ursule à l’académie des Beaux-Arts de Venise sont une merveilleuse évocation de ki vie vénitienne.

Il faudrait pouvoir parcourir l’Italie ville par ville : partout travaillent les artistes, partout se multiplient les belles œuvres. En Lombardie, Milan est un centre artistique. Tout près de Milan, la Chartreuse de Pavie, commencée en 1396, mais dont la construction se poursuit à travers tout le xve siècle, est le plus beau monument de la région à cette époque. L’ornementation, surtout sur la façade, y est même d'une richesse excessive. Combien de branches de l’art, médailles, miniatures, etc., ont dû être ici négligées! Des fabriques de faïences, majoliques, de Faenza, Gubbio, Caffagiolo, Urbin, etc., sortaient ces plats, ces vases, que se disputent les musées et les collections, et qui charment par la variété des tons et la richesse du décor. Signalons aussi la gravure, qui va se développer rapidement, et

LA RENAISSANCE ITALIENNE

tantôt créer des compositions originales, tantôt répandre les reproductions des œuvres des autres arts. Longtemps on n’avait connu que de grossières gravures sur bois; quoi qu’il en soit des origines, si souvent discutées, de la gravure ou le papier reproduit les traits creusés au burin sur une plaque de métal, ce fut au xve siècle que cet art se répandit en Italie. Mantegna s’empare de ce procédé et il en montre toutes les ressources. Dans ses estampes, l’exécution est à

Cl. Alinari, Florence.

FIG. I 1 7 . — VITTORE CARPACCIO- — I.E DÉPART ET L ARRIVÉE DU FILS DU ROI

d’angleterre, fiancé de sainte ursule. (Académie des Beaux-Arts, ù Venise.)

la fois large et précise, et l’on y retrouve toutes les fortes qualités de son crayon et de son pinceau.

L’Italie était donc comme enfiévrée d’art : princes et cités se disputaient les artistes. D’ailleurs, ce n’était point seulement une classe d’élite, mais le peuple entier qui, comme autrefois en Grèce, s’intéressait à leurs œuvres. Sans cesse stimulé, discuté, jugé, l’artiste s’exaltait dans la lutte, multipliait ses efforts, et devait toujours mériter sa gloire par de nouvelles productions. Son éducation même favorisait le développement de la personnalité : il n’était point emprisonné de bonne heure dans un enseignement exclusif; il allait d’un maître à l’autre, subissant des influences diverses et travaillant librement à se former.

Bibliographie.

Ouvrages généraux. — Le guide par excellence pour l’étude de la Renaissance italienne est le Cicerone, de Burckhardt (t. II), dont la

HIST. DE l’art.

LA RENAISSANCE

3* édition, revue par Bode, a été traduite en français par Gérard, 1892. Burckhardt, la Civilisation de l’Italie au temps de la Renaissance, trad. Schmitt, 2 vol., 1 835, a en outre essayé de dégager la psychologie de l’époque. — Un peintre du xvt” siècle, Vasari, a écrit, les biographies de la plupart des artistes de la Renaissance, Le vite de’ piu eccellenti pittori, scultori et architettori. Comme il a commis beaucoup d’erreurs, il faut le lire dans l’édition de Milanesi, 9 vol., 1878- 1 885, qui le complète et le rectifie. Une traduction française abrégée de Vasari, par Weiss, a paru en tqo3. — Müntz, Histoire de l’art pendant la Renaissance, 1889-1891, 3 vol. en cours de publication, ouvrage d’ensemble très consciencieux, très érudit. — Venturi, Storia dell’arte italiana, ouvrage important et richement illustré. — Histoire de l’Art, publiée sous la direction d’André Michel; dans le t. II, 1907, se trouvent les chapitres relatifs à l’art italien au xm* et au xiv' siècle. — Pour la peinture, Crowe et Cavalcasselle, Storia délia pittura in Italia, 1889-1892. dont on vient de commencer à publier une nouvelle édition anglaise. — Le livre ancien de Rio, De l’art chrétien, mérite encore d’être lu, en raison de la sincérité des impressions, mais n’est plus au courant. — Lafenestre, la Peinture italienne, t. I, dans la Bibliothèque de l’enseignement des Beaux- Arts, livre qui, sous des proportions modestes, a une valeur originale. — Pour la sculpture, Marcel Reymond, la Sculpture florentine, 4 vol., 1897-1900, ouvrage de haute valeur. — Perkins, tes Sculpteurs italiens, trad. llaussoullier, 189t.

Monographies. — On se bornera à citer ici quelques-unes des monographies écrites en français ou traduites en français.

Bertaux, l'Art dans l’Italie méridionale de la fin de l'empire romain à la conquête de Charles d’Anjou, igo3. — Gebhart, les Origines de la Renaissance italienne, 1879. — Taine, Voyage en Italie.

— Müntz, les Précurseurs de la Renaissance, 1882. — Müntz, Florence et la Toscane, 1901. — Hourticq, le Dessin florentin, Revue de Paris, 1906.— Molinicr, Venise, ses arts décoratifs, ses musées, ses collections.

— Bertaux, Rome, de 1ère des catacombes à l'avènement de Jules II, 1904, dans la collection les villes d’art célèbres. — Gebhart, Florence. 1900, même collection. — René Schneider, L'Ombrie, igoS. — Monographies d’arts et d’artistes : Bayet, Giotto, 1907. — Perkins, Ghiberti, 1 885 . — Müntz, Donatello, 1885. — Cavallucci et Molinier, les Délia Robbia. 1884. — Henry Cochin, Le bienheureux Fra Angelico da Fiesole, 1906. — Yriarte, Mantegna, 1901. — Supino, trad. par de Crozals, Sandro Botticelli, 1901 ; Les deux Lippi, 1903. — Diehl, Botticelli, 1907, Marcel Reymond, Vcroccliio, 1906, dans la collection les Maîtres de l’art. — Rosenthal, Carpaccio, collection les Grands Artistes.

— Broussolles, la Jeunesse du Pérugin et les origines de l’école ombrienne, 1901. — Delaborde, la Gravure en Italie avant Marc- Antoine, 1 883 ; la Gravure, dans la Bibliothèque de l'enseignement des Beaux-Arts. — Alois Heiss, les Médailleurs de la Renaissance, 1887.

— Les travaux de Schnaase, Dobbert, Schmarsow, Bode, Hermann Grimm, Dohme, etc., en Allemagne, Venturi en Italie, ont fort contribué à éclairer l’histoire de la Renaissance italienne.

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