CHAPITRE II
l’art ITALIEN a LA FIN DU XV' SIÈCLE ET AU XVIe SIECLE
Sommaire. L art italien atteint son apogée à la tin du xve siècle et au xvie, avec Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Corrège, Titien, Véronèse. Dans cet ensemble, Léonard représente surtout l’harmonie et la grâce, Michel-Ange la force, Raphaël la correction et l’élégance, Titien et Véronèse le coloris. Florentin de naissance, Léonard a surtout travaillé à Milan, à la cour de Ludovic le More; c’est un génie universel, un savant autant qu’un artiste : la Joconde (Louvre), la Cène (Milan) sont, parmi ses œuvres, les plus célèbres. Architecte, peintre,. sculpteur, Michel-Ange a été l’artiste préféré du pape Jules II; il faut le juger surtout, en peinture, par les fresques de la chapelle Sixtine au Vatican, en sculpture par le Moïse, à Rome, et par les tombeaux des Médicis, à Florence. Raphaël, élève du Pérugin, a travaillé à Rome, sous le pontificat de Léon X; ses principales œuvres sont ses grandes décorations du Vatican, notamment V Ecole d’ Athènes, la Dispute du Saint- Sacrement. Dans le nord, l ecole vénitienne reste hdèle à ses traditions de coloris; le portrait, d’une part, la grandedécoration monumentale, d’autre part, tiennent une place considérable dans les œuvres de ses maîtres.
Apogée df. l’art italien. — A la fin du xv" siècle et au xvie, l’art italien produisit ses plus beaux génies, Léonard de Vinci (1452-1519), Michel-Ange (14-5-1564), Raphaël (1483-1520). Bien que les deux premiers soient Florentins, la plus grande partie de leur vie s’est écoulée en dehors de leur patrie. Les papes cherchent alors à faire de leur cité le tïentre de la vie artistique : deux d’entre euxsurtout, Jules II
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et Léon X, l’un patriote fougueux, âme indomptable, consacrant toute son énergie à chasser d’Italie les étrangers qui l'occupent; l’autre, de la famille des Médicis, esprit fin, ami de la paix et des plaisirs. Si différents par le caractère, tous deux se rencontrent dans un commun amour des arts.
Léonard de Vinci. — Léonard de Vinci fut élève de Verocchio, mais sa jeunesse est obscure. De divers documents on a voulu induire qu’il aurait été quelque temps en Orient, au service du Soudan d’Égypte, mais cette hypo-
FIO. I I S — l.ÉONARI) DE VINCI. — I.A CÈNE.
(Sainte-Marie des- Grâces. — Milan.)
thèse est abandonnée. En tout cas, ce fut à Florence que vint le chercher en iq83 la faveur du duc de Milan, Ludovic le More. De 1483 à 1499, il dirige les arts à la cour de Milan. D’après des traditions malheureusement vagues, il aurait même groupé ses élèves en une véritable académie et certains de ses ouvrages, comme le Traité de peinture , se rattacheraient à cet enseignement. La science des proportions le préoccupait entre toutes choses, ses écrits le montrent comme ses œuvres : il avait composé un Traité sur les mouvements de l’homme et un autre sur les proportions du corps humain, « la divine proportion », disait-il. Ses dessins, épars dans les musées et les collections (notamment aux musées de Milan, de Venise, de Florence, du
l’art ITALIEN AU XVIe SIÈCLE.
Louvre), attestent la multiplicité de ses études : croquis de tètes, d’anatomie, d’animaux, de fleurs, d’architecture, d’orfèvrerie, de machines, de bateaux, de canons. Comme sculpteur, la grande œuvre qui alors l’occupa fut la Statue équestre de François Sf or \a. Il y travailla de longues années; quand enfin le modèle en terre fut achevé, il ne sut point se déterminer à fondre aussitôt le bronze.
Le modèle fut bientôt détruit, et ce n’est que par les dessins de l’artiste qu’on peut juger de son projet. En même temps il peignait la Cène (fig. 1 18) qui décore une des parois du couvent de Sainte-Mariedes- Grâces, à Milan. A demi ruinée dès la seconde moitié duxvi'siècle, plusieurs fois restaurée, la Cène , telle qu’on la voit aujourd’hui, ne peut plus donner qu'une faible idée de l’œuvre primitive. Et cependant, que de profondeur et d’harmonie dans cette admirable composition; quelle variété d’expression dans les figures des Apôtres !
En 1499, Ludovic le More est chassé par les Français. Léonard quitte Milan; il erre çà et là; en i5o2, il s’engage au service de César Borgia comme architecte, et comme ingénieur, il s’occupe de fortifications. En i5o3, il est de retour à Florence et on l’y charge de décorer une des parois de la grande salle du Palais de la Seigneurie. Il avait choisj