‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 139 sur 263 · B. A. E.. t. III · texte numérisé non relu

B. A. E.. t. III

'la SIKCLE d"ûR. deuxième PARTIE. — HÛMANCIEHS

en rehouve dans l'antique légende des infants de Lara et de Mudarra, ou, plus tard, dans le Moro eâ'pnsito, du dur de Rivas. Ce qui contribue encore à donner plus d'éclat à ces récits, ce sont les admirables Romances de frontière [fronterizos), que Hita a soigneusement recueillis et enchâssés dansla trame de lapremière partie, ou même ceux qu'il paraît avoir composés lui-même, à Timilation de ceux-là, pour en orner la seconde. Cetlr couleur locale est telle que Ton s'est obstint' parfois à prendre au pied de la lettre la déclaration de l'auteur qui prétend, selon l'usage du temps, avoir traduit simplement le récit d'un Maure de Grenade, Hahen Hamin. Il va sans dire que cet Haben Haminestde la même famille que le Ben Engeli de Cervantes.

Le roman de Hita profita de l'engouement du public pour les romances moriscofi, car il eut plus d'une trentaine d'éditions dans le cours seulement du xvii'= siècle; s'il n'eut pas ]dus d'imitateurs, ce fut sans doute que le public éprouva bientôt quelque satiété pour tanta Zaida y Adalifa, comme le montrent les parodies de Gôngora ou de Quevedo. Mais il devait pousser longtemps après des rejetons tardifs jusque dans la littérature française, oîi VAlmahide, de .>!"•= de Scudéri, les Galanteries 'jrenadines, de M"^ de Villedieu, les Aventures grenadines, de M""^ de Roclieguilhem, la '/.aide de M""^ de I-afayelte 1670). le Gonzalve de Cordoue, de Florian, les Abencerrayes de Chateaubiiand sont la lignée directe des Zegries et Abencerrages de Pérez de Hita.

Hita s'inspire dans ses récits des romances de la frontière; Antonio de Eslava emprunte surtout aux traditions chevaleresques, qu'il raj<'unit, la matière de ses contes, réunis dans ses ^'oches de Invierno, IfiO!». Charlemagne, lioland, le roi Clodomir, la reine Telus de Tartarie sont les héros de quelques-unes de ces nouvelles, publiées quelques années avant celles de Ceiv.inles. Plusieurs autres appartiennent au genre ihampètre, comme la Pastorale d'Arcadie.

CERVANTES. — lîIO(.l; Al'HU: 27.'i

1. Cervantes. — loutre les Nouvelles pasloralcs, de pure imagination, et les romans de mœurs réelles, Cervantes, le plus grand romancirr de l'Espagne, forme la transition naturelle. Son œuvre marque aussi le point culminant de toute la littérature ({ue nous éludions'.

Biographie. — Sa biographie est restée longtemps — et elle demeure encore, sur bien des points — obscure et incomplète. La situation effacée qu'il occupa dans une société où le mérite littéraire, à lui seul, comptait pour peu de chose, explique la rareti' des renseignements contemporains. D'autre part, la gloire posthume de l'auteur du Don (Juichottc a fait éclore, par la suite, une foule de fables et de légendes qu'il a fallu quelque courage pour déraciner. C'est ta cette tâche que la critique contemporaine s'applique, avec une résolution plus véritablement respectueuse que l'indiscrète idolâtrie d'autrefois.

Miguel de Cervantes Saavedra fut baptist-, le 9 octobre 1.^47, à l'église de Santa Maria la Mayor, d'Alcalà de Henares. Il devait être le quatrième des sept enfants d'un chirurgien besogneux et affligé de surdité, Rodrigo de Cervantes Saavedra (f 158.^). La famille se transporta dAlcalà à Valladolid (l.jijO-looo . puis à Madrid, où elle était en 1")6I, et à Séville (l.o64-1565;. En 1566, nous trouvons Miguel à Madrid, au collège de Juan Lôpez de Hoyos, où il semble avoir rempli des fonctions analogues à celles de nos modernes répétiteurs. On cite de lui, vers cette époque, un sonnet, cinq rcdondillas, une élégie sur la mort de la reine Isabel. A la fin de décembre ij69, il est à Rome, où il a probablementsuivi le nonce Acquaviva. Allait-il chercher fortune en Italie? Fuyait-il la justice de son pays? Le 15 septembre de cette même année 1?69, un mandat d'arrêt était lancé

1. Toute la bibliographie de G. se trouve dans L. Rius. DibVwfji crilica... 2 vol. 18!»o-189'.t.

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contre un certain « Miguel de Cervanlcs », accusé d'assassinat. Il est possible qu'il n'y ait là qu'une simple coïncidence de-noms. Mais les aventures de ce genre n'étaient point rares : rappelons-nous que Quevedo, Lope de Vega, Guillén de Castro durent quitter précipitamment Madrid ou Valence à la suite d'incidents analogues.

Quoi qu'il en so-it, Cervantes, en 1570, s'engage au régiment de.Moncada, dans la compagnie de Diego deUrbina,etrannée suivante, le 7 octobre 1571, il perdait la main gauche à la mémorable bataille de Lépante, où il se comporta vaillamment. Il passe l'hiver suivant, du 31 octobre 1571 à avril 1572, à l'hôpital de Messine; mais, à peine guéri, il reprend son service. Il est à Navarin en 1572,àlaGouletteen 1573-1574. Peutêtre séjourna-t-il en Sardaigne vers la On de cette année. En tout cas, l'année suivante, le 26 septembre 1575, tandis qu'il revenait en Espagne sur la galère So/, il fut capturé par les pirates barbares ques, ainsi que son frère Rodrigo, soldat comme lui, et conduite Alger. Il y resta cinq ans. Sa captivité fut traversée d'incidents romanesques, intrigues d'amour, tentatives de soulèvement et de fuite, auxquelles il a fait souvent allusion dans ses œuvres. Il écrivit d'Alger, en 1577, une Epitre au secrétaire du roi, Mateo Vâzquez, pour exposer ses services et solliciter protection. Le 19 septembre 1580, il était racheté, pour 500 écus (environ 5.000 francs , par le P. Trinitaire Fr. Juan Gil. De Valence, où il aborda, Cervantes se rendit à Madrid 18 di'cembre). Reprit-il aussitôt du service pour vivre? Il se trouvait en Portugal en 1581, et il semble résulter des termes d'un Mémorial, qu'il rédigeait en 1590, qu'il fit partie de l'expédition des Açores; mais il est possible que les termes dudit document ne s'appliquent qu'à son frère, au nom duquel Cervantes parlait aussi. Vers juin de cette année, il se trouvait à Carthagène, occupé « au service du roi », nous ne savons exactement en quelk qualité. La mission qu'on lui jirète à Oran et à Mostaganem reste douteuse. Il y a là une lacune que combb'iit mal quelques poésies de circonslanco, de 1583 à 1585. Le 12 décembre 1584, Cervantes épou-

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sait, au village d'Esquivias, près Madrid, Doua Catalina de Palacios Salazar y Vozmediano, et cette même année, — coïncidence plutôt fâcheuse, — naissait Isafcel de Saavedra, qu'il avait eue d\Uia Franca Rojas.

Dès lors, Cervantes se tourne di'cidément vers la littérature. Il publie sa Galatea en 1583 et compose, pendant les années suivantes, une trentaine de pièces. I.a Butalla naval serait de l."J84, le Basque amoroso de l."iSO, la Confusa de i 5S7. On cite encore la Jcntsalén, la Grau Tiwquesca, Amaranta, Arsinda. Il est possible que les deux seules pièces conservées, El Trato de Argel et la Numaacia, soient aussi de cette époque.

A partir de 158", Cervantes parcourt l'Andalousie, en qualité de commissaire breveté aux ordi'es de Diego de Valdivia et d'Antonio de Guevara, intendant général \proveedor). Il séjourne, peudantles deux années suivantes, dansdiverses villes d'Andalousie, Écija, Marchena, Carmona, etc., pour l'approvisionnement en blé et en huile de la Flotte Invincible. Ses démêlés violents avec des contribuables récalcitrants le font excommunier et révoquer. En mai t.')90, à bout de ressources, il demande un poste aux Indes; mais, comme on ne le lui accorde pas, il songe à faire argent de ses comédies (1591-1592). Il avait entre temps repris ses fonctions,car, en septembre 1592, il est emprisonné, pour irrégularités dans la comptabilité, à Castro del Rio. Cette existence errante continue à Séville, à Llerena, à Villagarcia, et sans doute en bien d'autres lieux, sousles ordres du proveedor Isunza : il touchait alors tO réaux (2 fr. 50) de solde par jour. Sa mère mourut en 1593. Pendant l'année 1594, Cervantes faisait l'office de recouvreur des contributions dans le royaume de Grenade. Il composait, pendant les années suivantes, sur lesquelles on est encore mal fixé, quelques poésies pour certaines publications ou pour des concours littéraires, mais il traînait en somme unevie besogneuse et assez misérable. De nouveau, il est emprisonné, pour irrégularités de comptabilité, en septembre 1597 : il était en découvert de 128.281 m.iravédis. Ses démêlés avec

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le fisc durèrent, avec des alternatives de liberté et de détenlioii, jusqu'au 2i janvier 1603, date à laquelle, sur le rapport de l'intendant Ipenarrieta, l'ordre d'élargissement fut signé; mais Cervantes était mandé à Valladolid pour l'épuration définitive de ses comptes. Il avait perdu, le 2 juillet 1600, son frère, Talférez Rodrigo, tué dans les guerres des Flandres. I,a première partie du Don (Juicholte, qu'il avait apportée à Valladolid en manuscrit, s'imprima au cours de lOOi et fut publiée en 160'j.

Le 27 juin de celte dernière année, un jeune seigneur de la cour était tué près de la maison qu'occupait Cervantes, non loin du Haslro. Tous les babitants de cette maison, d'ailleurs suspecte, furent emprisonnés et soumis à une enquête. Les [lièces do celte enquête, qui existent encore, comme la maison elle-même, fournissent des diHails atlrislants sur la vie misérable de notre auteur et sur le milieu, médiocrement reconimandable, où il vivait, en compagnie de ses deux sœurs, Andréa et Magdalena de Solomayor, de sa fille naturelle Isabel et de sa nièce Constanza de Ovando y Figueroa, fille d'Andréa. Aucune complicité n'ayant pu être établie, Cervantes est relâché sous caution, le 2 juillet. Avouons que certains mé'moires vallisolétàins de cette époque parlent d'un Cervantes « parroquiano de las casas de jueyo, habitué des tripots ^i; mais hàtons-nous d'ajouter que ce nom de Cervantes est assez fréquent et que rien ne prouve jusqu'ici qu'il s'agisse réellement du malheureux grand homme.

La cour revint à Madrid en février I6U6. La tradition veut que Cervantes l'y ait suivie. Il maria sa lille Isabel, en 1607, avec Diego Sanz, mais elle resta veuve presque aussitôt; légitimée en 1608, elle épousa en deuxièmes noces i*''" mars 1()0!)) Luis de .Molin;i et mourut en 1G52, sans enfants. Les seuls faits que nous connaissions de la vie de Cervantes à Madrid sont relatifs à son affiliation à la Confrérie du Saint- Sacrement en 1609, à l'Académie littéraire, dite Acadcmia Sclvaje, en 1611, ou à la puldicalion de ses u'uvres, les t\ovetas Ejemplares en 1013, le Viajc drl Purnaso en 1014,

CEIiVANTES. — SON THEATRK ±ti

Il'S Ocko Cotncdiaa et la Deuxième Partie du Don Quicliultc en I6I0. Le 19 avril 1616, Cervantes, dès gravement malade d'hydropisie, signait l'éraouvanle di'dicace au comte (le I.emos du /'e?-.sj7es y Sifjismunda ft, le 23, il mourait à soixante-neuf ans. Sa femme lui survécut jusque vers 10-26.

Les œuvres de Cervantes en dehors du Don Quichotte et des Nouvelles Exemplaires '. — 11 ne faut pas craindre de le dire : sans le Ihn Quichotte et quelques Xouvelles, toutes les autres œuvres de Cervantes ne seraient très vraisemblablement connues aujourd'hui que des seuls érudils ou spécialistes : aucune d'elles n'était de nature à forcer l'attention de la postérité. Le Don Quichottea été un accident, ou. si Ion veut, un coup de la grâce, un t'clair de génie, unmiracle dans la vie littéraire de Cervantes. Il s'était essayé jusque-là à peu près dans tous les genres : il avait échoué dans plusieurs et médiocrement réussi dans d'autres. Il ne s'en rendait point compte lui-même, car il ne semble pas qu'il ait jamais eu l'idée bien claire de l'immense supériorité de son chef-d'œuvre:

Laissons d'abord de côté ses vers: ils sont mauvais, non par l'exagération de certaines qualités, mais par le vide de l'idée, le manque d'inspiration, la faiblesse de la forme. Cervantes, poète lyrique, est au-dessous de beaucoup de ses contemporains. Evidemment, quand i! rimait, le Dieu ('tait absent.

Le Théâtre. — .\ous avons parlé de sa Galutea ip. 267). Après la pastorale, ce fut le théâtre -qui le tenta : c'était en eflet la grande mode, la grande nouveauté — et la seule productive. Il s'y essaya donc à deux reprises, d'abord vers l.')85, puis, lorsqu'il prépara ses Huit comédies et huit intermèdes. — De la première S(''rie il ne nous reste que

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