Voyez Gallardo. Eiismio, I, n" oo
326 SIÈCLE DOH. DEUXIÈME PARTIE. — THÉAÏBE
rieurement à la s<'Conde (1634), — douze dans la quatrième (1635), onze dans la cinquième (1637),- trois autos dans Deleitar, el environ une vingtaine de xueltas (dont plusieurs douteuses;.
Parmi les comédies conservées, beaucoup sont au nombre des plus belles et des plus caractéristiques de tout le théâtre espagnol. Nous ne pouvons malheureusement que citer, sans nous y arrêter, comme elles le mériteraient, parmi les comédies historiques : 1" La Prudencia en la Mujer, admirable tableau des luttes intestines qui troublèrent les débuts du règne de Fernando IV, El Emplazado, et de la sagesse déployée par la reine-mère, Dona Maria de Molina 1295;; — 2° El rey Don Pedro en Madi^id. c infanzùn de lllescas, épisode très dramatique et supérieurement présenté, de l'histoire légendaire du « Justicier ».
Parmi les pièces religieuses ou d'édification, deux sont célèbres : 3" Thamar, dont le sujet, d'une hardiesse choquante, est emprunté à la Bible, et surtout — 4° El condenado por desconfiado [Le damné pour manque de foi), « peut-être le plus remarquable de tous les drames religieux qui se soient écrits en Espagne », assure Schack ; « un drame, ajoute M. Menéndez y Pelayo, qui est le premier de notre théâtre et qui peut, sous le rapport de la conception, se placer audessus de ceux de Shakspeare, et à côté deux, en ce qui concerne l'exécution »; un drame, oserai-je dire à mon tour, qui serait certainement un sujet d'étonnement pour l'immense majorité de nos contemporains, et de scandale pour beaucoup, un drame, enfin, qui en dit long sur les idées religieuses du temps, mais que l'on n'appréciera complètement que si Ton se met, par la pensée, dans l'état d'âme d'un homme de ce pays et de cette époque. Il est fondé sur la pure doctrine catholique : un seul pécht' grave, dont on refuse de se repentir, entraîne la damnation éternelle ; mais un seul acte de contrition sincère eflace tous les péchés et nous mérite le Ciel.
Parmi les comédies de cape et d"('pée, les cliefs-d'œuvre abondent :
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11» Le Biii'lador de Sevilla {Le Trompeur de Sévillc) a parfois clé, comme le Condenado, contesté à Téllez, sans raisons sérieuses cependant. Il existe une version assez différente sous le titre : ;Tan largo me lo fiais! {Lointaine échéance !) '. Le type si dramatique de Don Juan, dont certains éléments au moins existaient avant Tirso, a été définitivement et brillamment fixé par lui, et ce n'est pas une mince gloire : mais la pièce, malgré des parties fort intéressantes, ^aut mieux par l'idée que par l'exécution. « Il n'y a pas eu depuis Shakspeare, dit encore M. Menéndez y Pelayo, de créateur de caractères aussi puissant, aussi énergique que Tirso. » On pourrait alléguer, à l'appui de cette assertion, outre le Burlador; — 6° Marta la piadosa, peinture bien espagnole de l'hypocrisie féminine; — ?<> El Vcrgonzoso en Palacio, portrait ingénieux de l'ambitieux timide.
Citons enfin, pêle-mêle, les charmantes comédies de Don Gii de las calzas verdes {Don Gil aux cliausscs vertes), — La Villana de Vallecas (1620), — Desde Toledo à Madrid, — Por el sotano y et torno {Par la cave ou le tour), — Los balcones de Madrid, où il y a une si jolie scène de dépit amoureux, — No hay peor sordo .. {Il n'y a pire sourd...), — El Amor médico, — Palabras y plumas, — Celos con celos se curan {La jalousie guérie par la jalousie), et tant d'autres merveilles de finesse, d'habileté scénique et de style. Ajoutons que, dansée théâtre, les femmes sont les vraies protagonistes, et qu'elles nous y apparaissent très passionnées, très rusées, très coquettes, très femmes enfin. On comprend que le grave moine, qui traçait tant de scènes si vives, ait autant aimé se dissimuler (assez mal, paraît-il) sous le pseudonyme idyllique de « Tirso ». Quant aux graciosos de Téllez, ils sont la joie et le sel de ses pièces, et sont demeurés célèbres entre tous.
En résumé, il est inconcevable que la gloire de Tirso de Molina, qui grandit de jour en jour, ait subi si longtemps une éclipse telle que l'on avait presque perdu le souvenir
l. Culçcc. de lib, raroa y cur., t. XII.
à^lH SIÈCLE d'or, deuxième PARTIE. — THEATRE
de son théâtre. C'est au premier rang, entre Lope et GalderÔD, qu'il faut lui rendre la place à laquelle il a droit en bonne justice.
8. Antonio Mira de Mescua ,ou Amescua *), né après Tirso (vers 1578), mais mort avant lui (vers 1633), ne saurait lui être comparé. Il eut cependant d'heureuses idées dramatiques et un véritable instinct du théâtre. Sa.Judia de Toledo reste intéressante, même à côté de celle de Lope de Vega. Son Esclavo del Demonio-, etsa. Rueda de la Fortuna {la Roue de la Fortune) ont peut-être fourni à Calderon l'idée de lu Decoc(ôn à la Cruz, et de En esta vida, todo es verdad y todo es mentira (En cette vie tout est vérité et tout est mensonge). La première de ces comédies est le modèle évident du Caer para levantar {Choir pour se relever), de Moreto. Il fut, parmi les dramatiques espagnols, l'un des plus lus et des plus imités en France. Le Palacio confuse, qu'on lui attribue souvent, a inspiré le Don Sanche de Corneille.
Il est moins connu toutefois que le mexicain Juan Ruiz de Alarc6n3 (io80-1639), qui, après avoir étudié à Salamanque et séjourné à Séville (1600-1608), revint définitivement d'Amérique, en 16U , pour s'établir dans la péninsule. En 1623, il renonça au théâtre et fut nommé membre du Conseil des Indes. La bosse dont la marâtre nature l'avait pourvu, peut-être aussi un caractère pointillt-ux et fier, lui attirèrent force brocards et des plaisanteries aussi soties que cruelles. Elles font peu d'honneur à leurs auteurs, parmi lesquels on a le regret de trouver des hommes comme Quevedo et Gôngora, mais la jalousie est féroce. Sous un extérieur ridicule, Alarcôn cachait cependant une