‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 164 sur 263 · Résumé historique · texte numérisé non relu

Résumé historique

Felipe IV (1621-1665). — Carlos II (1665-1700). —Maison de Rourhon. Felipe V (1700-1724). — Luis I" (1724). — Felipe V de nouveau (1724-1746).

Cette période de déclin et de décadence, — que nous ne croyons pas nécessaire de diviser en deux parties, car la seconde ne contiendrait à peu près rien, — nous fait assister à la faillite politique, aussi bien que littéraire, de l'Espagne. Si quelques grands noms font illusion sur la gravité et sur la rapidité de cette décadence, celle-ci apparaît complète dès les dernières décades de ce xvu* siècle si brillamment commencé.

Lope de Vega précède de peu d'années dans la tombe la plupart des grands écrivains du Siècle d'or. Un seul, Calderén, survit encore, mais il reste à peu près seul à soutenir le poidsdela gloire passée, et lorsqu'il meurt enfln, en 1681, tout s'éteint et se tait. Sans doute, l'historien peut enregistrer encore bien des noms: le plus souvent ces noms demeurent obscurs. Dans tous les genres, la force créatrice est épuisée ; une vaine et ridicule virtuosité essaie de donner le change, mais la recherche laborieuse de la forme ne réussit qu'à mieux montrer le vide de la pensée. A l'effort désordonné et souvent magnifique de l'âge précédent succède une période de prostration et de lassitude. Pour

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renouveler l'énergie disparue, la liberté sans doute aurait sufii : elle eût donné peut-être au génie l'inspirai ion quil ne savait plus où trouver. Malheureusement la liberté est absente; la foi ardente et fanatique n'existe même plus, ou elle s'est changée en un formalisme souvent féroce, sans dignité ni sérieux. On tourne à satiété dans le même cercle d'idées vieillies, de formules mortes: on n'aperçoit nulle part un germe de vie, une promesse de renouveau.

Le règne de Carlos II VEnsorcelé {El Hechizado, 1665-1700) est peut-être le plus lamentable de toute l'histoire d'Espagne. Un jésuile (le P. Nifard), un bâtard (D. Juan d'Autriche), un favori (Valenzuela) se disputent le pouvoir pendant sa minorité. Les traités d'Aix-la-Chapelle, de Nimègue, de Ryswick, de la Haye arrachent successivement à l'Espagne les derniers lambeaux de son empire en Europe. Toutes les ambitions s'agitent autour du lit de ce malheureux exorcisé qui ne finit pas de mourir. Un grand silence se fait peu à peu et l'historien de la civilisation et de la littérature n'a qu'une chose à faire : traverser, le plus vite possible, cette aride solitude.

Seule la peinture continue à briller quelque temps encore. Le luxe déployé par les princes ou les grands profile du moins aux Beaux-Arts. Sous Felipe lY, dans le seul palais royal de Madrid, on ne compta pas moins (le i.o47 toiles de maîtres. Velâzquez ne meurt qu'en 1660, Zurbarân en 1662, Murillo en 1682, un an après Cal- •derôn. Çoello, Carreno, Francisco Rizzi, Valdés Leal, Lucas Jordan, malgré leurs mérites, ne suffisent pas à remplacer de tels maîtres. — .\lonso Gano et Juan Martinez Montafiés représentent dignoment encore la sculpture, mais eux aussi ne seront continués que par des disciples et des copistes sans génie, Pedro de Mena, ta Roldana, etc. — En architecture, l'école d'Herrera, de J.-B. de Toledo et de Mora, essayait d'arriver, par l'entassement de masses cyclop^'Cnnes.à une impression de grandeui', comme àl'Escorial ou à Valladolid. mais la lourdeur, la froideur de ces lignes rigides et de ces surfaces nues ne provoquent le plus soq-

LES BEAUX-ARTS. — l'eNSEIGIVEMENT 337

vent qu"iin sentiment d'étonnement ou d'ennui. Vers la fin du xvii'= et le commencement du xvui» siècle, pour réagir sans doute en un sens opposé, Churriguera (f 172?i), .losef Donoso, Pedro de Rivera et Narciso Tome poussentjusqu'à la caricature les exagérations des Italiens Bernini et Borromini, introduites en Espagne par Herrera Barnuevo et Francisco Hizzi. C'est le triomphe du tortillage, des enroulements, des colonnes salomoniques, des lignes brisées et enchevêtrées, des complications ornementales les plus saugrenues, telles qu'on les peut voir au palais de San Telmo, à Séville, sur la façade de l'Hospice de Madrid, au palais de Dos Aguas, à Valence. Churriguera, le Géngora de la pierre, a justemrnt attaché son nom [churriguerismo ou barroquhmo) à ce style baroque, auquel viennent se joindre les mièvreries du style « mignon » ou français.

Dans toutes les branches du savoir, et particulièrement dans l'enseignement à tous ses degrés, le niveau s'abaisse rapidement. A la fin du xvii* siècle, les Universités découronnées de Salamanque, d'AlcaLl ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles étaient jadis : au lieu des 10 ou 12.000 étudiants que posséda la première, elle n'en compte plus que doux milliers à peine. Les vices de l'organisation pédagogique, la misère de l'outillage scientifique apparaissent de plus en plus et s'aggravent : ils sont tels qu'ils soulèvent de temps à autre les protestations de quelque témoin attristé : Vox clamantis in deserto. Tandis qu'ailleurs les sciences progressent rapidement, elles sont regardées en Espagne avec méfiance ou, tout au moins, avec indiflerence; les riches bibliothèques, les collections amassées par l'Etat ou par les particuliers s'appauvrissent ou s'éparpillent. La misère générale se fait cruellement sentir dans le domaine de l'enseignement, et Vanalfabetismo gagne toutes les classes de la société. En présence d'une si déplorable situation, attestée par les contemporains eux-mêmes, on ne s'étonnera pas de la médiocrité de la production littéraire.

pn réalité, la période d'un siècle qu'embrasse ce cha^

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pitre de la décadence peut se subdiviser en deux parties. La première, qui s'étend jusqu'à l'avènement de la dynastie des Bourbons de France, forme le déclin de l'âge d'or : elle nous fait constater l'appauvrissement assez rapide du génie littéraire espagnol et nous mène jusqu'aux plus tristes années de cette décadence. La seconde, que nous étendrons jusqu'à l'avènement de Fernando VI, c'est-à-dire presque vers le milieu du xviii« siècle, nous fera assister aux premiers efforts, tentés par les souverains ou par leurs conseillers, pour remédier, par des mesures administratives, aux maux les plus urgents et pour restaurer les lettres et les arts. Ces etforts et ces réformes — inspirées par une imitation presque exclusive de la France, et bientôt de l'Italie — commencèrent à porter leurs fruits pendant les règnes de Fernando VI et surtout de Carlos III, qui inaugurent une nouvelle époque de restauration.

2. Coup d'œil sur les littératures étrangères contemporaines. - A la période de décadence que nous allons résumer correspond, en France, l'apogée et l'épanouissement de la littérature classique : le contraste est saisissant. Dans tous les genres, les chefs-d'œuvre abondent. Ils sont tellement connus que nous ne jugeons plus utile de les énumérer : qui ignore le siècle de Louis XIV"? — Nous nous bornerons à rappeler que l'imitation des œuvres espagnoles par nos écrivains, surtout du théâtre et du roman, très fréquente dans la première partie du xvii* siècle, est encore sensible dans la seconde, quoique l'on perde évidemment l'habitude de ces emprunts, qui deviennent de plus en plus rares. « Après Gil Blas, dit justement M. Lanson, l'Espagne se retire de chez nous pour ne revenir qu'avec le romantisme. » Lorsque la riche floraison de génies qui illustrèrent le règne de Louis XIV disparaît, une révolution dans les idées, dans la philosophie, dans les conceptions politiques, plus encore que dans l'idéal littéraire, commence à se

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manifester. Mais, en France, l'énergie de la race, si elle se transforme, ne s'épuise pas du moins, et un nouveau grand siècle littéraire et artistique reçoit et accepte, sous bénéfice d'inventaire, l'héritage du précédent, qu'il ne laissera point péricliter. Avant le milieu du xvin« siècle, Voltaire avait déjà écrit ses Lettres anglaises (1734), son Œdipe (1718) et ses Lettres sur Œdipe [il i9) , Brutiis \ 1730), La Henriade (1723), le Discours sur l'homme (I73Hj; — Montesquieu, les Lettres persanes (1719), les Considérations sur les Romains (1734), VEsprit des Lois (1748). — Lesage, Marivaux, l'abbé Prévost' dans le roman; au théâtre. Voltaire, Lamotte, La Chaussée [Préjugé à la mode, 17351, Dancourt, Destouches {Le glorieux, 1732,, Marivaux [Jeu de l'amour et du hasard, 1734), Piron [Métroma)ne, 1738), Gresset (Le Méchant, 1745) ; — dans les genres en prose, Vauvenargues, Diderot, lîufTon, Rollin, Saint-Simon, soutenaient avec éclat la prépondérance des lettres françaises. On pressent déjà d'autre part les progrès de la philosophie et des sciences.

{.'Italie, pendant cette période, suit, en littérature, à peu [>rès les mèmi.-s destinées que l'Espagne, quoique chez elle la décadence n'ait été ni si complète, ni si rapide. Marino fut pour elle ce qu'avait été Gôngora pour l'Espagne. Testi (1593-16*6), Filicaja (1642-1707), Guidi (1650-1712), Menzini (1646-1704), Redi (1626-1697), auxquels il faut joindre, à partir de 1690, les Arcadiens (Gravina, Crescimbeni, Frugoni), Zappi, Rolli, puis Spolverini , Forteguerri, Varano et surtout Salvator Rosa (1615-1673), s'efforcent de réagir, dans la poésie, contre cette influence funeste. Le théâtre s'honore des noms de Zeno (1668-1750), de Maffei, l'auteur de Mérope (1675-1755], de Conti et de Métastase (1698-1782 , en attendant Goldoni (1707-1793). — Dans les sciences historiques, Giannone, Vico, Muratori se distinguent par des mérites divers. La critique littéraire est assez florissante, mais la gloire la plus certaine de Flta-

3U) siÈr.Li: d'or, troisikmk partie. — résumé

lie, iifndant ce siècle, est due peul-<Hre aux savants, les Viviani, les Redi, les Cassini (J. Dominique, 7 171?, et Jacques, 7 1756), les (ialilée 7 16i2), les Torricelli (1608- 1674).

Pendant celt(' période, la littérature, en Angleterre, compte bien dt.'S nomsiilorieux ; — dans la poésie, ceux de Dryden, qui ne meurt qu"en 1701, de Young ' 1681-176o\ de Pope 1688-1744), de Ramsay :1686-1758:, de Thompson (1700- 1748', de (îray 1 1716-1771; ; — dans la prose, ceux de Daniel Defoe 1661-17:11), lie Swift ( 1667-1745;, d'Addison (1672- 1719), de Richardson (1689-1761), et, plus tard, de Johnson il709-178i;, de Sterne 1713-1768), de Gohlsmith (1728- 1774). L'Angleterre — comme toutes les autres nations — subit dabord 1 inlluence de la littérature française, en attendant qu'elle réagisse sur elle, ce qui se produira dès les premières décades du xvm^ siècle. Son inlluence sur l'Espagne ne sera toutefois sensible que dans la deuxième moitié du siècle, et elle s'exercera en grande partie indirectement, par rinli'rmédiaire de la France.

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