ROMANCIERS 3G
et celte identification inattendue est, pour plusieurs raisons, bien séduisante.
El dia de fiesta par la mafiana y por la tarde, de Juan àt Zabaleta, qui écrivait entre 1653 et 1667, n'est pas sans doute un roman, mais il peut, dans sa première partie surtout, fournir aux romanciers tous les types dont ils ont besoin (le galant, la dame, l'hypocrite, le joueur, le poète, riiidalgo,etc.),et, dans la seconde, une foule de tableaux de mœurs (la comédie, le salon, la maison dejeux, le dimanche gras, etc.). L'ensemble forme un très curieux Guide de l'ctrangcr à Madrid, dans le goût de \a Guia y Avisos de forasieros, de Lifiân. Zabaleta écrivit aussi pour le tliéàlre, seul ou en collaboration.
Doua Maria de Zayas y Sotomayor publia deux séries de dix contes (i63o, 1617), sous les litres de Novelas amorosas y ejcmplares, et de Novelas y saraos, qui lurent longlemps lus, en Espagne aussi bien qu'en France, et plusieurs fois réimprimés. Vers lamème époque, uiieautre dame, dona Mariana de Carvajal, faisait paraître ses huit Novelas cntretcnidas (1638).
Salvador Jacinto Polo fut un imitateur de (juevedo, de même que le chirurgien madrilègne, le licencié Marcos Garcia. Au premier nous devons VHospital de Incurables et VUiiiversidad de amor y escuela del in <en's( 1647); au second, la Flema de Pedro Hernàndez (avant 1657). Cet Hernândez est un type populaire, personnifiant la paresse, le flegme, l'apathie poussée jusqu'à ses dernières limites. Dans son sommeil léthargique, le narrateur voit en songe sagiter devant lui une foule de personnages et de caractères les plus opposés au sien. De l'auteur des Suefios encore s'inspire Juan Martînez de Cuellar, dans son Desengailo del hombre en el tribunal de la Fortuna, 1647.
C'est au contraire du Lazarillo de formes que procède le VeriquiUo el de las gatlineras {Pierrot du poulaillc! I0C6), de
2la
364 SIÈCLE d'or, troisième partie. — PROSE
Francisco Santos, officier de la maison du roi Felipe IV. Cette histoire dua enfant trouvé, conducteur d'un aveugle, est une critique indirecte de limmoralité, vraie ou prétendue, du premier lazarillo, puisque par ses seules ressources, le second s'élève à une hauteur morale que le premier ne soupçonnait même pas. Santos est aussi l'auteur du Dia y nochede il/adrJd (1663), tableau de la capitale, qui a le même sujet et le même genre d'intérêt documentaire que la Gnia de Liiiàn, et le Dia de ficsta, de Zabaleta.
Estevanillo Gonzalez est plus connu, grâce à Lesage, qui a donné ce même nom à l'un de ses héros, frère de Gil Blas. Ce long récit picaresque, attribué parfois sans fondement àGuevara, serait l'œuvre, d'après plusieurs critiques, dEsteban Gonzalez, dont nous savons peu de choses, si ce n'est qu'il fut bouffon d'Octavio Piccolomini de Aragon, duc d'Amalfi, auquel il dédia son roman, en 1646. C'est une abondante et minutieuse autobiographie, mais il est difficile de dire dans quelle mesure l'imagination et la fantaisie se mêlent à la réalité. Estevanillo, qui s'intitule u garçon de bonne humeur », a couru l'Europe dans tous les sens, et il fournit sur cliacun des pays traversés des renseignements curieux (voyez, par exemple, ce qu'il nous dit des chiens de Saint-Malo, des Juifs de Rouen, des soldats de Provence, etc.). Il se trouve à la bataille de Nordlingen, aux sièges de Thionville, d'Arras et d'Aix, et il nous les décrit du coin où il les voit. Ce simple soldat, surnommé M. de l'Allégresse, ce Fanfan-la-Tulipe espagnol, nous montre avec humour le côté anecdotique des grands événements historiques, dont d'autres nous ont parlé avec éloquence. C'est le premier metteur en œuvre d'un procédé d'exposition dont tant d'autres après lui (Stendhal, Victor Hugo, Tolsto'i) devaient si heureusement se servir.
Nous n'insisterons pas sur les Soledades de Aurélia (1638), de Jerômino Fernândez de Mata, — sur la Mogiganga del gmto ( La plaisante mascarade, 1641) d'Andrésdel Castillo,— Bur ks Varios efetos de ainor (1641) d'Alfonso de Alcalâ, —