SIÈCLE DOR. TROISIÈME PARTIE. ' — PROSE
Don Quichotte (II, 41). Le plus grave reproche qu'on puisse adresser à Guevara, c'est d'avoir trop d'esprit et de mettre notre intelligence à la torture par ses jeux de mots et ses recherches d'expression. C'est assurément Tun des écrivains espagnols les ]ilus difliciles à entendre, même pour ses compatriotes, et un commentaire peipétuel est absolument nécessaire. Les traits desprit (et ils abondent; y sont trop souvent de vraies énigmes. Chose singulière, ce roman qui, dans lamplification française, devait faire fureur, ne paraît guère avoir réussi en Espagne sous sa forme originale: il n'y revint que grâce à limitation française, et à sa suite. Nous eûmes, après Lesage, toute une littérature diabolique, tandis que le vrai Cojuelo était à peu près oublié, quoique, par le fond et par l'intrigue, celui de Fauteur français, dans l'édition originale de 1707. lui ressemble beaucoup.
ÎJ. Le Monde de Pythagore {El siglo pitagôrico, 1644) de Enriquez Gomez vl600?-i662) constitue une nouvelle forme du roman moral. L'auteur imagine de faire passer successivement son héros, par transmigration des âmes, dans les corps d'un certain nombre d'individus, dont l'ensemble représente la société contemporaine; et, en effet, tel devait être l'aboutissement logique de la conception du roman picaresque et sa dernière formule. L'une des parties du Siglo, intituit'e Don Gregorio Guadana, constitue un roman à part. L'inti'-rèt en est médiocre; le héros n'est qu'une pâle copie des Pablo de Segovia et des Cuzmân de Alfarache. — Ce qui est plus intéressant, c'est la personne même de l'auteur, cet Enrîquez Gômez, fils d'un Juif Portugais, soldat, capitaine, réfugié, de 1636 à 1656, en France, ovi il continue à écrire, à l'abri des curiosités dangereuses de l'Inquisition espagnole. Dans un Index de cette dernière, on avertit, à l'article Fernando de Ziirate, que ce dernier nom n'est que le pseudonyme de Gômez Enriquez,