LA DÉCADENCE. — L'INFLUENCE FRANÇAISE LE THÉÂTRE
2. Tentatives officielles de rénovation. — Pauvreté de 7a littérature pendant les premières décades du XVIIP siècle. — Los seuls faits d'ordre littéraire importants pendant les premières décades de ce siècle sont les tentatives de quelques hommes intelligents pour restaurer les sciences et les lettres et pour secouer la nation du honteux état d'apathie intellectuelle où Tavaient plongée le règne précédent. Le l'oi, continuant la tradition de son aïeul Louis XIV, les favorisa résolument. La Bibliothèque Royale date de 1711. Deux ans plus tard, le 3 août d713, TAcadémie Espagnole, dite de la Lengua. tenait sa première séance avec onze membres seulement, sous la présidence de Juan Manuel Fernande/, Pacheco, marquis de Yillena, Tun des plus énergiques ouvriers de cette restauration. L'Académie, fidèle au rôle auquel elle se résigna modestement : fijar, limpiar y dar esplendor à la langue, commença à rédiger un Diccionario de Autoridadcs, qui parut en six volumes, de 1726 à 1739, et qui reste encore, malgré bien des imperfections, un instrument de travail utile. Elle se proposait de publier aussi une grammaire, de fixer Torthogiaphe,de former une histoire delà littérature, mais ce ne fut que bien longtemps après qu'elle mit au jour une grammaire, d'ailleurs peu digne d'elle (1771), et qu'elle formula les règles essentielles de l'orthographe courante (181o-1817). Quanta l'histoire littéraire et au traité de versification projetés, elle laissa à d'autres, ainsi ([ue nous le verrons, le soin de s'en
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occuper. Elle rendit du moins un service signalé en s'efforçant de restituer quelque dignité aux lettres, en distinguant les talents, en provoquant des travaux et en publiant des éditions telles que celle du Don Quichotte (4 vol., 1780-1784).
La fondation de VAcadémie de VHistoire date de 1738. Elle devait représenter l'érudition, susciter l'étude scientifique du passé national; en réalité, son rôle jusqu'à nos jours a été des plus utiles. A l'imitation des Académies de Madrid, d'autres se fondèrent en province, parmi lesquelles la plus digne d'être citée est celle de Barcelone (1731). En dehors de ces créations officielles, certaines académies privées commencèrent, vers le milieu du siècle, à exercer une action plus ou moins heureuse sur les lettres, par exemple, YAcademia del Buen Gusto, à partir de 1749 et, vers la fin du siècle, VAcademia de Letras humanas, de Séville (1793-1801). Le goût et la connaissance du français devaient naturellement se répandre rapidement sous la dynastie des Bourbons : nos auteurs sont lus dans le texte original, nos pièces de théâtre représentées, traduites, imitées. Il faut signaler aussi comme un indice des temps nouveaux, l'apparition de journaux ou revues littéraires, qui devaient prendre une part active, violente parfois, dans les polémiques du temps. Le Diario de los Literatos ouvre le feu en 1737,
3. Poésie et prose au début du siècle, — La production poétique à cette époque ne laisse pas que d'être assez abondante. En 1727, il se trouva cent cinquante poètes et cinq poétesses pour concourir à un certamen en l'honneur de saint Stanislas Kostka : mais cette production est encore plus médiocre qu'abondante, et elle est justement tombée dans le plus profond oubli. La lyrique, aussi vide de fond que recherchée dans la forme, n'est plus qu'une vaine rhétorique, tournant mécaniquement dans le même cercle et fatigante pour le lecteur. Celui qui désirera s'en convaincre n'a qu'à parcourir, s'il en a le courage, les œuvres de Gabriel Alvarez de Toledo (1662-1714), ou du colonel
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Gerardo Lobo (1679-1750); ils furent, sans contiedil, les meilleurs et les plus aftpréciés de ces poètes. Il n'aura point à descendre jusqu'au bizarre recueil des Sagradàs Flores (M Parnaso (1722), où les « meilleurs cygnes d'Espairne » unirent leurs chants pour célébrer le Roi, qui avait héroïquement cédé son carosse au Saint-Sacrement, ni à la Tercera SoUdad, du gongoriste Leôn y Mansilla (1718), ni aux Aventuras en verso y en prosa (1739) de Antonio Muhoz, ni aux Poesias b'ricas y joco-serias. de Benegasi y Luxân, ni eni&n à celles d'Ignacio Alvarez de Toledo, de Salazar Hontiveros, du carmélite Juan de la Concepciôn, du mercenaire Interiân de Ayala (•'• 1730 , de Soi Gregoria de saata Teresa, ou de Sor Maria del Cielo.
Le lecteur aurait besoin de plus de patience encore {del mal, cl menas), s'il voulait faire connaissance av^ec les poèmes épiques, par exemple, ceux du portugais Botello Moraes, El nucvo 7nundo (1701), et VAlfomo 6 Fundacion del reinb de Portugal (1712). Il est vrai que ses Cuevas de Satamanca, en prose (1734), sont moins ennuyeuses : elles semblent inspirées par l'aventure de Don Quichotte dans Kl grotte de Moiitesinos. Le Péruvien Peralta Barnuevo publiait, en 1708, à Lima, son poème de Lima triitnfante, et (luelijues autres de ses compatriotes, le marquis de Castell-dos-Rius, Jerônimo de Monforte, le comte de la Granja gongorisaient de leur mieux sur les rives du Paciti lue. — Pedro de Reinosa, avec sa Santn Casildn, suffira à représenter ici l'épopée hagiographique.
fia seule œuvre en prose qui mérite d'arrêter l'attention, c'èël l'histoire intitulée : Conientarios de la guerra de Espana âhialona de m reij Felipe V el Animoso, deade cl principio de su reinado hnsta el afio de 172o, par un gentilhomme sarde, Vicente Bacallar, marquis de San Felipe et favori du Roi (1725). D'ailleurs, la pauvreté de la littérature en prose à cette époque est caractéristique.
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4. La nouvelle Ecole. — Luzân. — Nous entrons, avec l.uz.in, dans une époque où, sous l'empire des causes que nous avons signah'es, une révolution va commencer dans les idées et dans la littérature. — Ignacio de Luzân (1702-1754) contribua beaucoup à précipiter ce mouvement. Né à Saragosse, il habita successivement Barcelone (1706-1715), Gènes, Milan, où il termina ses études, Palerme, Naples (1729-1733), Saragosse et MoUzôn. En 1747, il fut envoyé, comme secrétaire d'ambassade, à Paris, où il resta jusqu'en 171(0. Il fut alors nommé membre du Conseil des Finances et surintendant de la Maison Royale à Madrid, où il mourut en 1754. Luzân avait étudié à fond la langue et la littérature italiennes; il parlait couramment le français, l'allemand, et possédait une instruction rare à cette époque. Ce fut un cosmopolite et un polyglotte.
Son œuvre la plus importante historiquement est sa Poética* (1737), car elle marque, avec la fondation du Diario de los Literatos, qui est de celte même année, le début d'une ère nouvelle. Ses autres écrits, ses poésies lyriques 2, malgré leurs mérites, sa comédie la Virtuel liourada, ses très nombreuses traductions ou imitations d'auteurs anciens, ainsi que des italiens ou des français, n'ont conservé que de bien rares lecteurs. La Poética seule a survécu. Les quatre livres de cet Art Poétique s'inspirent, non pas précisément, comme on l'a dit à tort, de celui de Boileau, mais des doctrines classiques et des traditions italiennes. Sur bien des points (emploi du merveilleux chrétien, diversité légitime des goûts, influence des climats et des traditions nationales, etc.), la doctrine de Luzàn est plus large, plus libérale que celle de Boileau. Mais il combat, comme lui, le mauvais goût,