‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 178 sur 263 · M. A. E., t. XXXV et LXL · texte numérisé non relu

M. A. E., t. XXXV et LXL

au nom de la « raison » et des « règles ». Son jugement sur le théâtre de Lope de Vega et de Calderôn, ainsi que sur Gôngora, malgré les éloges qu'il leur donne, est au fond très sévère, et, sur ce point, les écrivains du Diario, Salamanca, Puig, et surtout Juan de Iriarte, montraient plus de largeur d'esprit et d'intelligence artistique. Mais Luzân courait au plus pressé, et la besogne urgente était de se débarrasser de cette encombrante et bourdonnante engeance des Épigones, qui déshonorait le Parnasse. Au surplus, les temps de la critique qui comprend et qui réunit, en une indulgente synthèse, toutes les formes d'art, n'étaient pas encore venus. Les idées des préceptistes italiens, dont Luzân semble surtout s'inspirer, n'étaient pas beaucoup plus larges que celles des classiques français, et il n'est que juste de reconnaître que l'importance de la Poética est toute relative. Elle venait à son heure; elle rappelait, en une langue élégante, avec une grande abondance d'exemples variés, des préceptes de bon sens ; elle faisait justice, avec une raison dédaigneuse, des aberrations pseudo-poétiques : son intluence en somme fut bonne.

Cette influence fut singulièrement fortifiée par une vive satire Contra los malos cscritore<; de su tiempo\ qui parut en 1741, sous le nom de Jorge Pitillas. Ce nom cache celui d'un ecclésiastique, le D^ José Gerardo de Eervàs (t 1742). Ce satirique, disciple direct de Boileau, décochait avec verve des traits acérés contre les poétereaux contemporains. Il y avait longtemps que l'on n'avait point parlé avec une telle vigueur la langue de la raison, l/effet fut considérable. Tous les « cygnes du Manzanares » poussèrent des cris de paons, si j'ose dire, et cette satire suftit à illustrer son auteur masqué.

La guerre était déclarée entre les néo-classiques et les nationaux. Ce fut surtout le théâtre qui servit de champ de bataille, car c'est là que tous se rencontrent le plus

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