‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 184 sur 263 · Poesias, B. A. E., t. LXllI · texte numérisé non relu

Poesias, B. A. E., t. LXllI

MELÉNDEZ VALDÉS 381)

littéraLure allemande. Mais l'Essai sur riiomme, de Pope, e( le Lamento nocturno, dYoung, furent les modèles favoris de Melt^ndez. Aussi les lumineux paysages salmanlins se couvrent-ils bientôt des tris!es brouillards d'Ecosse; les pipeaux rustiques font place au luth éploré des bardes septentrionaux (Voy. l.a Noche et la Soledad, et la lettre d'envoi à Jovellanos). Et tout cela donne l'idée d'un art sans profondeur ni originalité, qui n'est qu'un écho et un reflet. Du moins, si Meléndez est, sous le rapport moral et philosophique, bien au-dessous de Jovellanos, il est plus poète que lui. Son talent descriptif, dans les petites choses, est r('ei; il a le don de l'image; ses tableaux rustiques, dans le goût de Walteau et de Boucher, sont gracieux ; ses vers de sept et huitsyllabesont de la légèreté, de l'harmonie : c'est une musique pour l'oreille et parfois un charme pour l'imagination. Son style n'est d'ailleurs pas toujours exempt d'affectation ni sa langue de recherche. Ses contemporains. et particulièrement Iriarte, lui reprochaient ses archaïsmes inutiles, et Hermosilla le nommait le chef des Ma(iuerista><. .Mais ces défauts sont peu sensibles aujourd'hui, et les qualités l'emportent.

5. Un retrouve la plupart de ces faiblesses mais quelquesunes seulementde ces qualités dans tous les poètes de Salamanque, et par exemple dans le P. Diego Tadeo Gonzalez

1733-1794), qui s'adonna avec une ferveur tnuchante, encore qu'un peu ridicule, à la poésie pastorale, de même d'ailleurs que son confrère en religion, le P. Fernândez. Ces deux excellents Augustins s'affublèrent de noms de bergers (Delio et Liseno) ; ils célébrèrent leurs bergères Melisa et Mirta, à côté de Batilo (Meléndez), de Daimiro (Cadalso), d'Arcatlio

Iglesias), dWminta (Forner), de Daman (Eslala) et du tnaijoral, ou berger en chef, Joiino (Jovellanos), dont la Jioulette menait tout ce troupeau bêlant. Du moins le berger Liseno) je veux dire le R. P. Gonzalez, est-il l'auteur de quelques poésies où l'on retrouve un écho lointain de Fr. Luis de Leôn, de la piquante invective du Murciélago alevoso, la Chauve-

Souris traitve^se, bien supérieur à son poème de la Niiicz, et d'une très ingénieuse satire des procédés d'investigation et des méthodes scientifiques des Encyclopédistes, sous le titre de la Crotalogia ou l'Art de jouer des castagnettes.

José Iglesias (1748-1791 appartient au même groupe. Il avait commencé par des épigrammes et des poésies légères qui ne manquaient ni de finesse, ni de verve, ni d'agrément Mais, après avoir reçu la prêtrise en 1783, il fit pénitence, et il voulut sans doute la faire faire à ses lecteurs, en écrivant des poèmes aussi soporifiques que moraux, Dr Tcologia (17Hi), VEnfance couronnée, en l'honneur d'un jeune prodige de troisansf!). Son mérite principal, c'estsans doute d'avoir écrit ses faciles et aimables poésies dans la pure langue de la Vieille Castille, sans encourir jamais le reproche de gallicisme, qui ne fut é]iargné ni à Meléndez, ni à Cienfuegos, ni à Jovellanos. Peut-être, après tout, Iglesias n'y avait-il pas grand mérite, n'ayant jamais lu un livre étranger.

Juan Pablo Forner 1 7:)6-l 797j passa de la magistrature aux lettres, comme Jovellanos, comme Meléndez, comme un autre poète, J. M. Vaca de Guzmân [auteur de Las Naves de Cartes, Granada rendi.la, etc.;. Il avait surtout un tempérament de critique et de polémiste, ainsi que le prouvent surabondamment la Sa tira contra los vicias introducidos en la poesia (1782); — les Reflexiones de Tainé Cecial, dirigées contre La Huerta ; — V( traciùn apologctica parlaEspafia ij su mcrito titerarin, en réponse aux appréciations dédaigneuses de l'Encyclopédie; — les E.requias de la lengua castellana, la plus vigoureuse et la meilleure de ses œuvres; — les diverses satires contre Iriarte : El Asno erudito, fable en vers, avec prologue en prose (1782) ; Los Gramâticos, historia chinesca^ pamphlet contre tous les Iriarte, l'oncle D. Juan l'érudit, et les neveux Tomâs et Rernardo, — et une foule d'autres écrits de polémique violente et personnelle (contre Trigueros, Avala, Huerta, l'Académie, etc.): En même temps que

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beaucoup de passion, il montra, dans cette petite guerre aux multiples rencontres, beaucoup de vigueur, de bon sens et de verve. Ses tentatives épiques, telles que le Canto à la Paz, — dramatiques [El FUôsofo enamorado, El Ateista), — ou philosophiques (cinq Discurf^os, en vers, contre les sophismes de l'impiété, 1787) furent moins heureuses.

H. Ce Tomâsde Iriarte I7.ï0-I791), contre lequel l>ataillait si vivement l'irascible Forner, est l'auteur des Fabulas literarias', l'un des plus grands succès de cette époque. Ces apologues, qui ont tous pour but de donner les préceptes de l'art d'écrire, avaient paru en 1782, et devaient rester classiques. Mais leur vogue rapide- souleva aussi certaines critiques. L'originalité relative du recueil, l'ingéniosité de Tinvention, la Justesse d'une satire modérée et de bon goût, la grâce du style, la maîtrise avec laquelle sont maniés les quarante mètres divers employés justifient amplement et le succès de l'auteur et la jalousie de ses rivaux. Ses vives discussions avec Samaniego, Forner, La Huerta et Meléndez montrent l'ardeur des luttes littéraires à cette époque. En outre de ses deux jolies comédies mentionnées plus haut {El Senorito mimado et La Senorita mal criada), Iriarte avait publié quelques opuscules littéraires, par exemple, lo'< Litcratof; en cuaresma (1773), et un poème didactique en quatre chants sur la Musique (1780), célèbre en son temps, bien peu lu aujourd'hui.

Les fables étaient alors à la mode. Colles de Lokman furent traduites en 1779, puis en 1784 ; Cflles de La Fontaine, en 1785. En 1781 et en 178i-, parurrni 1rs deux parties du Recueil de Fables de Félix Maria de Samaniego (1745-1801), gentilhomme des Provinces Basques élevé en France. Il les avait écrites spécialement pour les élèves du Seminario récemment fondé à Vergara. Une bonne

1. B. A. E., t. LXIII. — Édit. annotée (avec Samaniego) par A. liosiés, 1896, Garnier.

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partie de ces fables morales sont originales ; le sujet des autres est emprunté aux fabulistes antérieurs (Phèdre, La Fontaine ^t John Gray). Elles eurent non moins de succès que celles d'iriarte et sont, comme elles, restées classiques. Ni les Fabulas d'Ibânèz de Renterîa (1797), ni celh^s de Ramon de Pison iimprinn'es en i8l9\ ni les Paràbolas morales 1803), de Francisco Gregorio de Salas connu d'autre part par son poème champêtre, El nbserratono rùstico;, n'eurent la même fortune.

Nicasio Alvarez Cienfuegos 1764-1809) ' apporte dans la lyrique (La Escuela del sépulcre, A la primarera, El otoùo, A Bonaparte, A un carpintero, etc.), comme au théâtre {La Condesa de Castilla, Zoraida), une fougue indisciplinée, une imagination ardente (son caractère, a-t-on dit, est bien exprimé par son nom), et même un mépris de la grammaire et de la syntaxe qui lui assurent une réelle originalité, et le préservent de la banalité. Sa lutte héroïque contre Murât, qui le coudamnaàmort. le dévouement de ses amis, qui le sauvèrent, sans avoir pu cependant lui arracher un mot de soumission, sa mort enfin à son arrivé»' à Orthez, lieu fixé pour son exil, ont jeté une auréole sur ce poète disparu avant d'avoir pu remplir complètement son destin.

Cette triste guerre d'Espagne, dont furent victimes, dans des camps différents, Jovellanos, .Moratin, Mcléndez, Cienfuegos, devait avoir sa répercussion dans la poésie. Ce fut elle qui inspira leurs plus b»^aux vers à Quinlana, à Gallego, à Sânchez Barbero et à quelques autres de leurs contemporains, par lesquels nous terminerons le résumé' delà lyri(jue à cette époque.

Francisco Sânchez Barbero, humaniste distingué d'' Salamanque, dut en effet ses plus brillantes inspirations aux événements politiques [El combat e de Traf'ahjar ; — .1 Vel-

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