‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 186 sur 263 · Obras, Madrid. 18<)7-1898. 3 vol. — B. A. E., t. XIX · texte numérisé non relu

Obras, Madrid. 18<)7-1898. 3 vol. — B. A. E., t. XIX

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Armamento de las piovinci'.u, 1808; — A l'Espagne, après la révolution de Mars: — Ode à Balmis, sur la vaccine. — Ces poésies, si dignes d'un citoyen et d'un penseur, furent réunies en 1813, i-t précédées d'une dédicace de l'auteur à Cienfuegos, « qui lui avait appris à ne point faire des lettres un instrument d'oppression et de servitude ». Malheureusement, cette belle veine poétique se tarit bientôt, et le chantre de la Liberté se tut, découragé. Il expliqua les motifs de 'son silence dans ses vers à Somoza, en 1826. Mais il ne se désintéressajamais delà chose publique qu'il ser\'it par ses actes et, à l'occasion, par ses écrits. (Voyez le beau Rapport sur la réorganisation de rinstruction publique, 9 septembi"e 1813 ; — le Discours à l'Université, du 7 novembre 1822.) Les dix Lettres à Lord Holland (du 20 novembre 1823 au 10 avril 1824) contiennent le récit des événements dramatiques de 1820 à 1823, et l'appréciation impartiale des faits; elles sont entremêlées de réflexions philosophiques brèves et profondes dans la manière de Tacite. On y trouve de beaux portraits (le Roi, Mina, Calatrava, etc.) et des scènes vigoureusementpeintes (le serment du Roi, l'embarquement de Fernando VII à Cadix, etc.).

Mais, à côté du poète et du citoyen, il y avait un critique, qi;i parut de bonne heure. Las Reglas del Drama, où se retrouve la pure doctrine de Boileau, datent de 1791. Boileau et Voltaire sont pour lui la loi et les prophètes. C'est conformément aux th<'-ories du premier et aux exemples du second, qu'il a composé ses deux tragédies : El Duque de Yiseo (1801), tissu d'horreurs tragiques, dont l'Anglais Lewis est en partie responsable, et oîi la fantaisie d'une imagination juvénile contraste avec l'emploi des formules ultraclassiques; Pelatjo (1805), dans laquelle les sentiments d'indépendance, que Quinlana traduit si éloquemment (juand il parle pour son propre compte, sont comme figés et glacés par le froid appareil de la tragédie pseudo-classique. La collaboration de Quintana aux Variedadcs de ciencias, literatura y artes à partir de 1803) fut féconde.

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Son goût d'ailleurs alla s'élargissant peu à peu, et sans doute la grande collection de poésies choisies qu'il entreprit [Poesias selectas castellanas, 1810-1830) y contribua efficacement. Cette collection, supérieure à celles de Sedano, de Huerta, de Fernândez, comprend trois parties: les poésies des xvi* et xyii* siècles (trois volumes); les poésies du xviii' siècle (un volume) ; la Musa épica (deux volumes).

Une autre collection qui fait grand honneur à Quintana est celle des Vidas de los Espanoles célèbres^. Le vaste plan conçu par l'auteur, et qui devait embrasser un grand nombre d'hommes illustres dans tous les genres, ne fut point réalisé. Il ne nous a laissé que neuf biographies : celles du Cid, de Guzmdn el Bueno, de Roger de Lauria, du prince de Viana et de Gonzalo de Côrdoba, parues en 1807, celles de Vasco Nùfiez de Balboa et de Pizarre en 1830, enfin celles d'Alvaro de Lima et de Fr. Bartolomé de las Casas en 1833. Quintana, prenant pour modèle Plutarque, s'était proposé tout d'abord de faire simplement œuvre morale et patriotique, mais, chemin faisant, son point de vue s'étend, et les dernières biographies sont de véritables travaux historiques. — En somme, Quintana fut l'interprète le plus autorisé de l'école de Salamanque, qui occupe une position intermédiaire et sert de transition entre deux âges littéraires différents. Il essaya de rendre justice aux deux écoles adverses et, en jugeant avec plus d'équité les grands écrivains du passé, il prit place parmi eux. Par son exemple, sinon par ses préceptes, il a rappelé à ses concitoyens une vérité qu'ils oubliaient trop, c'est que ce ne sont point les règles, mais le cœur, la passion sincère qui font les chefs-d'œuvre.

8, Les poètes de Sérille, — Après l'Ecole de Salamanque et les poètes qui s'y rattachent, il convient de passer

1. Extraits annotés par M"" Lucie-Lary, Paris, Garuier, ISal.

39ti LE >É0-CL.\SS1CISME. — LYRIQUE

en revue ceux qui forment le gi oupe ou l'Ecole dite de Sf'ville. Ils occupent la scène litléiaire entre le xviii'' siècle et la période romantique. Ils représentent assez exactement les idées courantes pendant cette période, et leur iniluence sur la société de la première moitié du xix* siècle est sensible.

L'époque la plus brillante de celte École correspond aux dernières années du xviii<' siècle et aux deux premières décades du xlx^ Les noms des principaux membres de ce groupe sont ceux de Félix José Reinoso (1772-1814), -- Manuel Maria de Arjona (1771-1820), — .losé Maria Blanco (1774-1841), — Alberto Lista (1775-1848), et, au-dessous d'eux, de José Maria Roldân (1771-1828), — Francisco de Paula Castro (1771-1827), — Nûiiez y Diaz fl766-1832j, — Manuel dei Mârmol (1769-1840), — Félix Maria Hidalgo {1790-1835), — l'abbé José Marchena (1770-1821) ^.

Le but que poursuivait, dans le principe du moins, cette réunion d'hommes instruits, prêtres, professeurs, magistrats, membres de Y Académie xles Lettres humaines, c'était de répandre dans le public les principes « du bon goiit». Ce sont, avant tout, des maîtres d'humanisme, des professeurs de rhétorique. Plusieurs ont réellement enseigné. Lista a professé toutes les fois que les événements politiques lui en ont laissé le loisir, en 1817, à Séville, puis à Madrid, à Pampelune et à Madrid de nouveau, enfin au collège de San Felipe de Néri, à Cadiz. C'est donc bien une « Ecole ». La critique y était en honneur; c'est par elle surtout que ces lettrés exercèrent une action sur les esprits. Lista débute par une imitation de la Dunciade, de Pope, Le Royaume de la Sottise {El Imperio de la Estupidez), revue de toutes les excentricités des auteurs contemporains. L'année suivante, en 1799, il écrivait l'examen critique du Bernardo, de Balbuena, et trente-quatre ans plus tard, il publiait encore ses Ensayos criticos.— Reinoso, lui aussi, est un professeur et un

1. B. .\. E., t. LXl, LXIII, LXVII. - J. Valera, Florilegio dt poesias caslellanas del siglo XIX, 1902-1904, S vol.

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