LES POÈTES DE &ÉVILI.E
I lilique : il luojetait une histoire philosophique de la poésie espagnole. — Blanco a rempli d'articles de critique les journaux du temps, particulièrement les Variedades, qu"il avait fondées à Londres, après avoir renoncé à son pays et ajouté à son nom de Blanco celui de Wliite.
D'ailleurs rien d'original ; surtout, rien de nouveau, t/est dans le P. André, dans Hollin, dans Fleury, dans Lu Harpe, Le Batteux, Muratori et Blair qu'ils puisent tous hurs idées. C'est dire que ces idées sont strictement clas- >ii]ues. Comme ils comprennent que les règles, à elles seules, m- suffisent pas, ils essayent de surprendre les secrets lies lyriques du xvi" sTècle. Ils ne s'avisent point que l'on peut marcher sans lisières. « Mon modèle, dit Lista, (•est Rioja; mon grand souci a été de revêtir mon inspiralion (?i des formes extérieures, des expressions de ce grand poète. » Ce que Lista fait pour Rioja, Roldàn le fera pour H errera, par exemple dans ses deux odes si vantées : A la enido del Espiritu Santo, — A la resurreccion de Jésus Cristo. I ne poésie aussi savante, aussi laborieuse et aussi timide peut avoir toutes les qualités que l'on voudra, elle n'aura jamais la seule vraiment indispensable, l'inspiration ori- L'inale, la spontanéité, la naïveté, qui font seules les vrais poètes. D'ailleurs, comme il arrive infailliblement en ce cas, ce qu'ils imitent, ce sont surtout les défauts. Or les défauts des écoles andalouses ont toujours été l'enflure, l'emphase, une certaine phraséologie solennelle. On les retrouve chez nosnéo-Sévillans, particulièrement chez Roldàn, Arjona et Reinoso. Ce dernier déclare x qu'il est permisd'useren poésie de mots extraordinaires, plus expressifs que ceux dont se sert la prose », ce qui fut proprement la lliéorie de Gi'mgora. Il ajoute : '< La pompe est une vertu dans la lyrique. •>
.Mais cette altisonaiicia est bien près de cet u eslilo c7-espu, sorioro, altiwnante ij campanudo, de repique y volteo » que délinit si plaisamment l'auteur du Fray Gerundio, et dans lequel Nietzsche découvrira n un appauvrissement de la puissance organique, accompagné d'une extrême prodigalité
HIST. DE LA Lrr. ESPAGNOLE. 'l'^
dans les moyens et les intentions. » Et à ces défauts, il est bien fâcheux que quelques-uns de nos poètes aient uni les défauts op|>osés de 1" <> estilo blondo, petiinetrc. almidonado y à lo Chambcri ». Delille se greffe sur Gi'mgora. Arjona, dans une Ode à la Noblesse espagnole, invitée à se montrer plus digne des ancêtres, pour ne pas dire simplement Yai^tilleur, h' caralier, le fantassin, le marin, écrira : « Celui qui dirige le char fulminant, rival hardi de la foudre du roi du lirmamcnt, celui qui manie le coursier, fils du vent », etc.
Sur certains points toutefois, nos Sévillans font quelques inlidélités à la doctrine purement classique, par- exemple, sur la légitimité des sujets religieux et sur l'emploi du merveilleux chrétien. En 1804, ÏAcadémie des Lettres humaines proposait comme sujet de concours : Vlnnocencc perdî/e. Heinoso obtint le prix; Lista, l'accessit. Quinlana, classique à la française, prélendit que le sujet était mal choisi. Blanco lui répondit, non sans force, et combattit la thèse de Boileau. A la même date, un poète de la même école, Nûnez Diaz, el Piadaro cristiano, développait cette même théorie anliclassique. C'était précisément l'époque où paraissait en France Le Génie du Christianisme.
Quoique l'Ecole ait compté des poètes profondément religieux, elle a, considérée dans l'ensemble, une couleur fortement accusée de philosophisme et d'hétérodoxie. Je ne parle point seulement de l'rx-ablié Marciiena, réfugié en France, ami des Girondins, rédacteur au Comité de Salut public, rédacteur de l'Ami des Lois, proscrit par le Directoire, puis secrétaire de Moreau ; ni de Blanco-White, qui abjura le catholicisme et se réfugia en Angleterre : ce furent les enfants perdus du parti. iMais la plupart de ces écrivains bourgeois se disaient volontiers volterianOf> et rusoijanos, comme Lista et Arjona, ou condillaciens et positivistes, comme Heinoso (Voyez la Préface de sa Poética). Aussi, en politiqui-, sont-ils libéraux. Beaucoup accueillirent avec sympathie non seulement les idt-es françaises, mais même le gouvernement du roi Joseph. Ht'inoso a défendu les Afrancemdos dans un livre paradoxal : E.vameii du dclit
Ils l'diVl'KS DR SKVILI.K .'{!>!)
it'ui/ldclilé à la Pulric. Ces liluMiinx. (railleurs très ninnai'oliistes, former. '111 plus lard le i)arli des modérés, des couslilutionnels ; ils s'accommodèrent assez aisément d'un despotisme déguisé sous certaines apparences parlemenlaires, el despoliamo iluslrado.
En somme, c'est plutôt par leurs théories littéraires, politiques, philosophiques, par l'influence qu'ils exercèrent sur la société que par leurs œuvres, considi'rées en ellesmêmes, que les littérateurs de ce groupe méritent d'arrêter l'aUention.
« Sept odes ou élégies, en trente-six ans, ont suffi à placer Juan Nicasio Gallego (1777-)8o3) au premier rang des poètes espagnols », disait Ventura de la Yega. La plus célèbre de ces odes du poète Zamoran, élevé à Salainanque, est sou fameux Dos de Maya. Celles sur la Défense de Buenos-Aires contre les Anglais (1807), ou sur Vlnfîuence de l'enthousiasme public dans les arts, se retrouvent aussi dans toutes les anihologies. Nous aimons moins ses élégies sur des morts illustres (le duc de Fernandina, la reine Isabel de Hraganza, la duchesse de Fi'ias). Elles sont froides et apprêtées. La gloire d'avoir, en un moment tragique, exprimé mieux que tout autre la fureur et l'enthousiasme patriotique de tout un peuple, suffit à illustrer le nom de Callego.
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