ÉPOQUE CONTEMPORAINE. — ORATEURS
Si les philosophes se taisent, si, du moins, leur voix ni' dépasse point les frontières, les orateurs parlent. Ils parleni avec abondance et magnificence. Le plus illustre, Emilie Castelâr mé à Cadiz en 1832, mort en 1890), résume et ptrsonnifie à merveille cette éloquence. Ce serait une trahison de le juger sur l'impression que nous laissent aujourd'hui ses discours imprimés. On n'y retrouve plus guère que les défauts trop fréquents, le vide de la pensée, mal dissimulé sous une incomparable richesse verbale, le luxe oriental di s métaphores, épandu pendant des pages interminables, l'abus des comparaisons, l'extraordinaire enchevêtrement des incidentes qui prolongent la période au delà de la puissance du souftle humain, l'inextricable mélange, dans le même paragraphe, des choses les plus hétérogènes. Pour comprendre l'action que l'orateur exerça, l'admiration qu'il provoqua, il faudrait retrouver le geste, la voix si pathétique, le jaillissement ininterrompu du verbe, l'action surtout, toutes choses àjamais perdues. Et pour juger l'homme, il faudrait rappeler la générosité de son cœur, son courage civique, sa sympathie active pour toutes les nobles causes (J'ai délivré, disait-il, deux cent mille nègres avec un disfoius], son incorruptible probité, la pauvreté des derniers jours, et se souvenir qu'il fut quelque temps le maître de l'Espagne, avecle titre de président de la République (septembre 1873 à janvier 1874). Que reslera-t-il des quinze volumes de discours, oii gît cette éloquence morte, et des quatre- vingts volumes d'improvisations historiques, sociales, politiques, littéraires, dont les titres eux-mêmes sont déjà oubliés? L'n nom, synonyme, pour les Espagnols, d'éloquence et de liberté, et c'est quelque chose.
Au-dessous de lui, beaucoup d'orateurs hanorèrent la trihune du Parlement ou celle de l'Atlu-née, la chaire des universités et des églises. Ou'il suffise d'unir ici, dans une fraternelle promiscuité, les noms des adversaires de chaque joiir, Canovas del Caslillo, Moreno Xieto, Rafaël Maria de Labra, Pi y Margall, Salmer6n,.\lartos, Monlero Rios, Alejandro Pidal, b's Xocedal, .\Ioret, Azcârate, Gamazo, M;mra,
ÉCONOMIE l'OLITIOUE 491
el tant d'autres, engagés encore dans les luttes quotidiennes.
Nous ne les y suivrons pas. Nous ne signalerons aussi que de loin le groupe innombrable des publicistes et jouinalistes qui, dans les colonnes des revues ou des grands journaux comme la Época ou le Heraido et dans celles, plus légères, du Blanco y Neijro ou du Madrid Cômico, depuis les essayistes académiciens Jusqu'aux humoristes à la Mariano de Cavia ou à la Luis de Taboada, servent chaque jour an public sa nourriture accoutumée.
2. Le terrain de l'économie politique et sociale, de Thistoire, de Térudition, de la critique littéraire est plus solide, plus favorable aux œuvres qui durent. Nous n'avons pas non plus à nous y engager à fond. Si les grandes œuvres, celles qui franchissent les frontières et font époque, sont rares, constatons que les recherches érudites, les histoires régionales et locales, les monographies, les publications de documents, les collections d'épigraphie ou d'art, les études arabes, juives, aijamiadas, se multiplient, que des séminaires, outillés et dirigés à la modei'ne, se fondent dans certains centres universitaires, à Madrid, à Oviedo, à Saragosse, etc., enfin, qu'une brillante renaissance des sciences critiques serait certaine, si l'organisation des enseignements supérieur et secondaire, fondement sur lequel tout repose, était moins imparfaite.
Dans la grave phalange des économistes et des jurisconsultes, on remarquera : Manuel de Colmeiro, 1814-1897 [Hisloria de la Economia polilica en Eapana, 1863 ; Curso de dercrho puliticu sojiin la histoiia de Leùn y Caslitla, 1873) ; — Francisco Cârdenas, 1816-1898 [Hintoria de la propiedad territorial en Espana, 1873, 2 vol.); — mais surtout la femme vraiment admirable que fut Concepcion Arenal (1820-1893), qui consacra sa vie aux queslioris [lénitentiaires et traita, dans une foule d'ouvrages et de tracts, les plus graves ques-
i!l2 Kl'OOLi: CONTEMPOBAINE. — ÉliUDITS
lions sociales ^la misère, le paupérisme, les enfanis luoralemeiit abandonnés, les colonies péaitentiaires, la peine de morLct le droit de grâce, le régime des prisons, etc. i. 'c En ces matières, disait le D'" E.-C.Wines, en 18S0, ConcepcitJn Areual est une auloiilé, non seuli'menl dans son pays, mais en Europe. » — Eduardo Pérez Pujol, i830-i894 {Historié de laa institucioncs sociala delà Espana Goda, 1896; — Gumersindo Azcârate, né en 1840, dont renseignement à 1 Lniversili' cenlrale fut si fécond, et qui a puldié divers traités de politique et de science sociale estimés; — Joaquîn Costa [Colcclivismo agrario en Eapafia, 1898; Derecho conmctudinario dcl Alto Anigun; Estudios Ibérieos, 1891 ; Poesia popular espni'iola // mitologia celto-lnspana, 1888, etc.); — Eduardo de Hinojosa, né en 1853 (Historia del Derecho romano, deux volumes 1880-188^); Estudios sobre la Historia dcl Dereclio cspaiiol, 1903; El régimrn seiJorial y la cuestion (Kjraria en Vntalm'ui durante la Edail Media. 190o, etc. .
ÎJ. Parmi les historiens, citons : Vicentede la Fuente //(^t or in (Ida Iglesia de Espana; Historia de las Univcrsidades de Espana, quatre volumes, 1884-1889; £.s<H(/ios criticos sobre la historia y el derecho de Aragon, trois vol. 1884-86) ; -^ José Maria Quadrado, iH\9-iH9<i {Forenses y Ciudadanos, 1847, essai Mir riiisliiiie ilis classes sociales des Baléares, la continualion du Discours sur l'histoire universelle, de Bossuet, etc.:. Quadrado poursuivit, avec Pablo Piferrer, la collection illus- Irée bien connue des Recuerdos y bellezas de Espaùa, «■ntreprisc jiar F.-J. Parcrrisa. Il fui aussi pnèlc lyrique il draniatique, archéologue et publiciste ; — Antonio Canovas del Castillo, 1828-1897, le grand ministre conservaleur [Estudios del icinado de Felipe IV, deux volumes); Origen y vicisiludcs del gcnuino teatro espanol ; El solitario (Eslébanez Calder(')n) // sa liciiipa: l'inhleinas co)iternpor(ineos, Ivo'i^ volumes); — José Gômez de Arteche {Guerra de la Indepcndencia. 9 volumes, 1868;; — José Villamil y Castro, né en 1838 nombreux