CONCLUSION
temps à elles-mêmes. Que l'exaltation tombe, que Tinspiration s'évanouisse, l'artiste demeure sans règle, sans soutien, sans f£)rce : l'auteur du Don Quichotte est aussi celui du Persiles. Il n"a manqué peut-être à tant d'esprits si heureusement doués que ces qualités vulgaires et médiocres de méthode et de logique, que cette discipline de la pensée philosophique, cette étude patiente de la vérité psychologique et morale, que d'autres ont acquises par un efîort naturellement antipathique aux improvisateurs. En somme, cette littérature si brillante, si fine, si ingénieuse, admirable d'abondance et d'harmonie, manque un peu de philosophie et peut-être de profondeur : cette seule qualité lui fut trop parcimonieusement mesurée; son défaut se fait sentir partout. Aussi y a-t-il quelque vérité dans cette autre pensée d'un auteur également espagnol : « La littérature du nord tire ses beautés de tout ce qui est intime, profond, douloureux dans le cœur humain, tandis que celle du midi considère la vie comme un magnifique festin, et cherche à amuser l'imagination, à captiver les sens par la pointure de tout ce qui est merveilleux, doux ou surprenant I. » Ce jugement, trop absolu, aurait besoin sans doute d'atténuations; mais, sous une forme un peu sommaire, il indique bien du moins et l'attrait qu'offre cette curieuse et pittoresque littérature espagnole, et aussi ce que l'on regrette parfois de n'y point trouver. Faut-il s'étonner, a])rès tout, que, dans le cortège des Fées qui déposèrent leurs dons sur son berceau, quelqu'une ait manqué ?
i. Fermin Gonzalo Morôn, E»sai/o /tisli'irico-fîloxofico sobre el (inliçjuo lealio espaFiol, 1843.