‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 226 sur 263 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

oherclions clu-z autrui; nous aimons aussi ce qui nous distrait de nous-mêmes, ce qui nous donne une sensation rare, une interprétation nouvelle de la vie ou des choses. Or, c'est la nôtre trop souvent que nous retrouvons chez certains écrivains de la Péninsule, qui, par je ne sais quelle défiance d'eux-mêmes, se mettent avec trop de modestie à l'école de l'étranger. Ceux-là seuls qui s'en s(nit affranchis, et sont restés eux-mêmes, s'imposent vraiment à notre estime et à notre admiration.

Au surplus, cela est vrai à toutes les époques de la littérature : ce fut le démon intérieur, l'inspiration libre de toute contrainte, dédaigneuse de toute imitation, qui, de la Célestine au Don Quichotte, du Libro de Buen Amor aux comédies de Lope et aux drames de Calderôn, enfanta les chefs-d'œuvre. Dans ses grandes créations, la littérature, en Espagne, est une improvisation perpétuelle. « Ici, dit le mieux informé des critiques, la force s'est toujours manifestée par l'abondance : au lieu de Se concentrer en une oeuvre maîtresse, elle s'éparpille à l'infini. Tout Espagnol, dans la science, dans l'art, et jusque dans la vie politique, est, par essence, vm improvisateur *. » Et M. Angel Ganivet, répétant, sous une forme humoristique, à peu près la même chose, constate que le sort de cette improvisation dépend le plus souvent du hasard : « Chaque fois qu'un Espagnol de bonne souche prend la plume, le pinceau ou quelque autre instrument du travail artistique, on peut être sur, sans crainte d'erreur, qu'il est également prêt à créer un chef-d'œuvre, ou à enfanter quelque monstre ridicule, algiin estupendo mamatracho. » — Pourquoi cela? C'est sans doute que ni l'imagination, cette maîtresse d'erreur, ni la fantaisie du moment, ni la sensibilité la plus raffinée comme la passion la plus exaltée, ni enfin l'abondance jaillissante du verbe intérieur, si elles peuvent, en une heure fortunée, réaliser dans le cerveau, dans l'cime de l'artiste, son rêve de beauté, ne sauraient cependant se suffire long-

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