‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 33 sur 263 · LES ROIS MAGES. LYRIQUE GALICIENNE · texte numérisé non relu

LES ROIS MAGES. LYRIQUE GALICIENNE

coinplèletnent de la péninsule Elles peuvent avoir laissé quelques traces obscures ; mais, si ces dernières fournis.<ent matière aux recherches érudites, pendant longtemps elles ne produisirent rien qui mt^ite d'arrêter longtemps le lettré. L'un des très rares mystères qui aient subsisté et qui nous permet de deviner ce que fut le pauvre théâtre de l'époque, c'est le Misterio de les Reyes Magos', rédigé dans la première moitié du xni<^ siècle et sans doute composé antérieurement, si l'on en juge par les archaïsmes que le texte contient. Les trois mages (Gaspar,. Melchior et Raltasari apparaissent d'ahord isolément; puis, après s'être réunis et consultés sur la signification de l'étoile mystérieuse qu'ils ont vue. ils vont trouver Hérode, lequel, inquiet de ce présage annoncé par Jértîmie, interroge ses prêtres et ses savants. Le Mystère, dont nous n'avons qu'une faible partie, se termine brusquement, après 150 vers environ.Il n'est point facile d'ailleurs de dire le nombre exact de ces derniers, car il y a des lacunes, et la métrique reste obscure. La plupart des vers sont des pareados. Ceux de 9 syllabes sont en majorité, mais il y en a d'autres plus courts (de 4 syllabes) et d'autres beaucoup plus longs (de 14 syllabesi. On y trouve aussi quelques séries monorimes. Tel qu'il est, ce fragment, qui ne manque ni de vivacité ni de force, est certainement le plus ancien texte dramatique qu'ait enregistré jusqu'ici la littérature espagnole, et il reste isolé au début de la période archaïque.

tu, La Lyrique galicienne. — La poésie lyrique de cette époque n'est guère plus riche. Ni la lyrique arabe, ni la lyrique juive, cependant assez florissante, ni même celle de la Provence et de la France, malgré les fréquentes visites

1. Ms. de Tolède, publié par Los Ries, o. c, IM, 183. — Edit. Lidforss, Jnfnh. f. rom. u.engl. Lit., t. XII (1871). — Edit. Baist, Krlangen, IS'O. — Ed. paléograph. de R. Menéndez Pidal, Madrid

lyoo.

oO DES DÉBUTS DE LA LITTÉRATURE A ALFONSO X

des troubadours méridionaux, ne paraissent avoir agi directement sur la littérature castillane. S'il y eut, comme on l'a soutenu, des chansons lyriques dans le genre des romances postérieurs, des cantilènes, avant la période épique, ou à son début (ce qui en soi n'a rien d'impossible), il n'en est rien resté, et nous en sommes réduits, sur ce point, à des conjectures. Cette lacune jusqu'ici n'a pas été comblée; c'est à peine si l'on peut signaler, çà et là, dans les auteurs connus, certains passages qui ont un tour quelque peu lyrique, par exemple, la càntiga ou villancico des Juifs dans le Duelo de la Virgen, de Berceo, ou quelques vers de ]a. Razôn d'Amor.

Un fait inattendu et, au premier abord, inexplicable, c'est que toute la poésie lyrique de la première époque est galicienne, je veux dire qu'elle est écrite en dialecte portugais ou galicien (c'était alors tout un), même par les poètes castillans d'origine (par exemple, par les castillans Alfonso X, Gômez Garcia, et même par le sévillan Pedro Amigo). Elle est contenue presque tout entière dans les Cantigas de Santa Maria, dont il sera question plus loin, dans le Cancionero d'Ajuda et dans ceux du Vatican'. Le fait était déjà attesté, au xv^ siècle, par le marquis de Santillaua. Il constate la diffusion de la poésie « des Limousins » vers les contrées occidentales d'Espagne, et il ajoute que dans nulle autre province elle ne fut aussi cultivée qu'en Galice et en Portugal, « à tel point que, il n'y a pas longtemps encore, tous les dccidores et troubadours, soit castillans, soit andalous, soit extréméniens composaient toutes leurs œuvres en langue galicienne ou portugaise 2 », Le fait est rigoureusement exact : il se pro-

1. Carolina Mictiaelis de Vasconcelios, CaHc/o»c/ro da Ajucla, Halle, 1904, 2 vol. — E. Monaci, Canzoniere por/oghese délia Bibliot. Vaticana, Halle, 187o. — Th. Braga, Cancioneiro portiiguez (la Vaticana, Lisboa, 1878. — E. G. Molteni, Canzonieve portofjhese Co/occi-Branculi, Halle, 1880. — Cf., H. R. Lang, Cancioneiro Gallega-Caslelliano. New-York, 1902.

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