‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 34 sur 263 · LYRIQUE GALICIENNE · texte numérisé non relu

LYRIQUE GALICIENNE

iluisit, du xii^ au xiv siècle, une floraison lyrique intéressante en Portugal et en Galice, qui s'expli(iue par des causes politiques et historiques que nous avons déjà énumérées .

La lyrique provençale, après avoiragi sur celle de langue d'oïl, rayonnait au dehors. Elle avait introduit ses modèles, ses genres, sa métrique, ses lois au delà des Pyrénées. Mais, tandis que son influence fut très faible sur le centre, elle devint prépondérante à l'est et à l'ouest, en Catalogne et en Portugal. Elle y alluma, en quelque sorte , deux foyers de poésie, dont l'un se refli-ta sur la Castille, plus voisine. Peu à peu la mode et la convention s'en mêlèrent. Il devint de règle de faire, à l'exemple du roi Alfonso X ou de son petit-fils le roi Dionis (f 1329), les cantares d'amor « en maneyra de proençal », et dans la langue consacrée et réservée au genre. Il y eut là un fait analogue à celui qui se produisit dans l'ancienne drèce : l'adaptation d'un dialecte déterminé à un cerlain genre de poésie.

Cette poésie est surtout courtoise, comme l'était déjà celle qui lui servit de type. C'est dans les cours qu'elle lleurit, ce sont des princes ou des poètes courtisans qui la cultivent. Mais à côté d'inspirations conventionnelles et raftinées. les cancloneros dn Vatican en ont révélé une autre, moins artificielle, et, sinon populaire (car le mot est bien vague), du moins plus rapprochée du peuple. (Les chansons de ledino on joyeuses, de amigo ou amoureuses, les baladas ou rondas, les rillancscas, villanelles ou pastourelles, les canligas de marins ou barcaroUes, et quelques autres d'une mélancolie inattendue.) La partie satirique est représentée par les Cantigas de maldecir et de escarnio, par celles de joguete et de risaelha, très voisines du sirvente provençal. « On ne peut nier, dit M. Menéndez Pelayo, qu'il n'y ait eu. aux xni'' et xiV siècles, une poésie lyrique populaire d'une rare ingénuité et d'une grande beauté. » Cette teinte de rêveuse tristesse, que l'on surprend dans quelques-unes de ces chansons, s'explique-t-elle par la survivance d'élé-

y*2 DES DÉlîlTS m: r.A littérature a ALI'ONSO X

menls ethniques dans letle race semi-celliqiie? Peul-èlre, mais u"en exagérons point rimportance. D'abord les modèles français y sont pour quelque chose. Puis ces pof'sies elles-mêmes, souvent signées par des poètes de profession, ne peuvent être, tout au plus, que des échos, des imitalions [:lus ou moins habiles de la poésie locale et populaire, si vraiment cette dernière a existé. En tout cas, elle n'a point su se créer une forme propre, n La plupart des thèmes populaires que nous offre le chansonnier du Vatican ont passé de France eu Portugal et la poésie portugaise n'a fait qu'en modifier quelques détails. Sur la façon dont ils ont été traités, on peut être plus affirmatif et dire que limitation fiançaise y est évidente'. » Le caractère le plus original, je devrais sans doute dire le seul original de cette poésie, semble <'"tre cette nuance particulière du sentiment, qui ne se retrouve guère dans les modèles. Quoi qu'il en soit, l'existence de celte lyrique, ignorée naguère, est d(''sormais un fait qu'on ne peut négliger. F,a poésie gallegoportugaise reste, il est vrai, en dehors de la litli'-ralure espagnole proprement dite, et nous n'avons pas à l'étudier directement en elle-même, mais elle a eu une intluence sur cette dernière. Quelques-uns des genres lyriques postérieurs et certaines formes métriques remontent jusqu'à elle (par exemple les cautigas de scrrana, ou soranillas, les ridanrico!^, les é.v/of/as po[)ulaires, etc.). L'hendécasyllahe de <jaitn gallcga, avec ses deux accents obligatoires sur la 4'' et la 1'' syllabe, s'y rattache directement. Cette intluence est très sensible encore dans l'épanouissement lyrique des siècles suivants, ainsi qu'en peuvent témoigner le cancionero castillan de Baena et celui du Portugais Hesende. Elle nous explique dès à présent la pauvreté lyrique de la Castille dans la période archaïque : les poètes ne cliantaient point dans sa langue.

\. A. Jeanroy, Ori>/ine.s de la poésie lyrique en France, Paris, 1.S89, p. 33i.

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