‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 53 sur 263 · Édit. Janer, B. A. K.. t. LVIL · texte numérisé non relu

Édit. Janer, B. A. K.. t. LVIL

90 d'aLFO.XSO X A JUAN II. POÉSIE

Quant à la version espagnole de la Danse des morts ', sujet si fréquemment développé dans toutt-s les littératures et dans l'art médiéval, on s'accorde à la placer au plus tôt vers le début du W^ siècle. Mais, si le modèle fut très vraisemblablement un poème français perdu, il n'est point sûr que cette imitation avouée [trasladaciôn ait été la première en Espagne, et elle n'y fut point la dernière, car il en existe un remaniement de la fin du xv^ ou du commencement du xvi*^ siècle-. Quoi qu'il en soit, la Danza de la Miierte, du manuscrit de l'Escorial, présente dans tous ses détails le tableau traditionnel. La Mort apparaît d'abord et proclame sa puissance universelle. Puis le prédicateur invite tous les Chrétiens à se préparer à bien mourir. La Mort appelle alors successivement à elle chacun de ceux qui doivent lui payer tribut, depuis les belles Jeunes lilles, ses fiancées, jusqu'aux Papes et aux Empereurs. Il est curieux que la grande majorité des acteur^ de ce drame macabre soient des ecclésiastiques, et que les gens du peuple s'y trouvent à peine mentionnés. Remarquons encore, dans ce défilé de trente-trois personnages typiques, un rabbin et un prêtre arabe, dont la présence ne se comprendrait guère dans un texte français, mais qui, en Espagne, sont plus à leur place. Le cadre de ce genre de comédie funèbre étant donné, il était facile à chacun de le remplir et d'en varier à son gré les scènes et les acteurs. Il va sans dire que. dans un pareil sujet, qui flattait l'instinct d'égalité, la satire des divers états et professions se joignait tout naturellement à l'exhortation morale (voyez le portrait de l'usurier, du gahelliei^e, du marchand). i>'expression ne manque pas de force parfois, et le style (où l'on note quelque saveur française) est clair et aisé. Les octaves dodécasyllabiques [abahbccb) sont, dans l'état actuel du texte, assez incorrectes.

1. Eilit. Ticknor. Ilisl. de la LUI. Esp., trad. franc, tome I, Appeiid F. — B. A. E., t. LVII. — Édit. C. Appel, s. d.

2. Los Kios, Ilisl, Cril.s t. VII. append.. d'après ledit, de Varela, Salamancjue, l.^j29.

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