‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 59 sur 263 · RKGNE DE JUAN II. — POÉSIE · texte numérisé non relu

RKGNE DE JUAN II. — POÉSIE

D. Juan Manuel, petit-fils du roi D. Duarte, Resende luimême , et d'autres, de Mena, de Manrique, de Montoro, etc.

Cette énuniération montre combien furent nombreux les poètes au xv siècle. Le Cancionero General, à lui seul, en contient environ 200; Amador de los Rfos en énumère 228, entre 1400 et i4u4. En y ajoutant ceux qui nous sont connus d'autre part, nous pourrions allonger encore cette liste. Mais la valeur ne répond point au nombre : la grande majorité de ces versificateurs ne méritent point de sortir de Toubli où ils sont justement ensevelis. Leur art est presque exclusivement courtois, académique, artificiel. Ses principaux représentants sont ou de simples amateurs d'occasion, ou de grands seigneurs lettrés, comme Villena, le marquis de Santillana, D. Pedro de Portugal, les Manrique, etc., ou enfin des protégés et des clients de ces derniers, hommes sortis parfois des basses classes, mais (jui, dans la société ou la domesticité de l'aristocratie, perdaient la naïveté, la sève et la force populaires. Par suite, cette poésie revêt un caractère très particulier. Elle est — ou veut être — élégante, raffinée; elle manque surtout de naturel, de sincérité et de variété. Il ne faudra faire exception que pour quelques écrivains qui rencontrèrent par hasard des accents plus vrais, ou pour des artistes d'une inspiration moins conventionnelle, qui poursuivirent un idéal d'art plus élevé. Partout ailleurs, c'est une poésie de caste ou de coterie dont les racines ne plongent plus dans le sol national, et dont la vie ne peut être qu'éphémère. Une triple influence agit sur elle : 1" celle des Provençaux, qui lui prêtèrent le plus souvent leurs mètres, leurs formes, ieurs inspirations accoutumées (Voyez VArle de trovar, de Villena, la Carta ou Prohendo de Santillana, le Dictionnaire de rimen ou la Gaya, de Pero tiuillén de Segovia — Silva copiosisima de consonantes para alivio de Troradores, — analogue aux traités des Catalans Jaime March et Aversô) ; — 2° celle de l'Italie, qui grandit de plus en plus au.v dépens de celle de la France, grâce à la connaissance plus com-

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