JUAN DE MENA
(le la pensée et de l'expression, que l'on sent voulue et sous laquelle on est tenté de chercher" des beautés cachées, l'érudition technique de ce savant imitateur des Latins et des Italiens, la supériorité avec laquelle il mania le difficile Arte mayor ' où il reste maître, et sans doute quelques heureuses circonstances historiques, avec lesquelles le génie lui-même doit toujoui's compter, expliquent en partie et l'atlmiration des contemporains et l'action qu'il exerça autour de lui. Quoi qu'il en soit, des hommes savants tels que Fernân Xvinez (cl Comendador griego), — si vraiment la glose est bien de lui, — et Francisco Sânchez. ;"/ Bi'ocoise, se firent un mérite d'expliquer les arcanes de ses œuvres; d'ailleurs Mena lui-même avait pris cette utile précaution, en commentant la Coronaciôn.
Ces panégyriques ne nous touchent plus guère. Nous serions plutôt tentés de déplorer l'influence funeste de cet abstracteur de quintessenci" qui engagea la poésieet la littérature de son pays dans une voie qui devait leur être funeste. Mena est le vrai précurseur de Gôngora, dont il annonce déjà tous les défauts. Il a faussé tous les ressorts de la langue, violenté sa syntaxe, torlun'- son vocalmlaire, sans l'enrichir beaucoup. Ce fut une sorte de Ronsard avorté et incomplet. Sa poésie, en dépit des éclairs qui parfois traversent les nuages, est à peu près illisible aujourd'hui. Quant à sa prose, à en juger par le peu qui nous en reste (des fragments d'un commentaire de la Coronaciôn et d'une traduction très libre du pseudo-Homère), il n'y a qu'un mot pour la juger : elle est détestable.
1. Le vers d'arfe ma'/or — sur l'origine et la technique duquel on a beaucoup discuté — est, dans son type le plus fréquent, un dodécasyllabe à deux hémistiches a^'ant chacun un accent principal sur ia 5" syllabe, et un accent secondaire sur la 2° :
0 dnro accidente, — dolôr inhumàno.
Mxis ce type admet beaucoup d'équivalents. Souvent le preuder hémistiche, même paroxj'ton, ne compte que 5 syllabes, avec un accent secondaire sur la première, comme s'il manquait une syllabe initiale.
HISï. I>E LA LIT. ESPAGNOLE. 7