JUAN DE MENA
de glaner ces humbles Heurs de la sagesse populaire, montre un esprit avisé. Son recueil est l'un des plusanciens de la littérature parémiologique en espagnol. Aurait-il pensé cependant qu'on trouverait plus de plaisir un jour à le feuilleter qu'à lire sapédante Lamentacion en propitecia dr la segitnda dcstniijcion de Espafia, ou ses lettres à Alonso de Cartagena, Sobre cl oficio de Cahalleria, et à son flls, sur ïl'tiliti' des traductions?
o. Juan de Mena. — .luan de Mena fut le véritable chef du chœur des puètes à cette époque (1411-14o6). C'était un Andalou de Gordoue, et l'on a voulu voir dans une mystérieuse influence du terroir l'explication de quelques-unes des qualités, mais surtout des défauts de ce compatriote de Sénèque, de Lucain, de Herreraet de Gôngora : l'éclat des métaphores, la grandiloquence de l'expression, la recherche ambitieuse de la pensée, la finesse et le tortillage du style. Mais, si l'ambition de reproduire les modèles antiques, tels qu'on les comprenait alors, est sensible chez Mena, l'un des premiers artistes ou stylistes de la littérature espagnole et l'un des premiers types de « l'homme de lettres », l'influence des Italiens est peut-être chez lui plus évidente encore. Il avait pu les étudier directement, dans leur pays, pendant sa jeunesse. En bien des endroits, le désir — le plus souvent malheureux — de rivaliser avec Dante est manifeste dans ses œuvres. Ces dernières sont peu nombreuses, mais elles témoignent toutes d'un soin dans la forme peu fréquent jusque-là. — La plus justement célèbre est connue sous le titi'e de Las Trezientas (sousentendu estrofas ou cstancias). Elle fut imprimée en 1496. Ce litre est d'ailleurs inexact, car le poème ne contient que 297 strophes authentiques; celles qui furent ajoutées plus tard ^sur le désir, dit-on, de Juan II, et adn d'égaler leur nombre à celui des jours de l'année) ne sont très proba-
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blementpasde lui. Le vrai litre est E/ laberinto de Fortuna '. C'est une sorte de légende des siècles, une vision allégorique et dantesque du drame de l'histoire, un voyage miraculeux du YntcH, ou du Voyant, à travers les trois cycles du présent, du passé et de l'avenir, cycles traversés eux-mêmes par les sept cercles des planètes, maîtresses des destinées humaines. Au cours de cevoyage, divers personnages apparaissent, qui fournissent matière à des considérations plus ou moins éloquentes. Quelques-uns de ces épisodes (par exemple, la Mort de Dàvalos, ou le Dévouement héro'ique du comte de ?fiebla] doivent figurer parmi les plus belles pages de la poésie espagnole. Le vrai mérite des Trescieiitaseslen eflet de s'élever parfois au-dessus du niveau médiocre de l'art courtisanesque pour aborder des idées plus hautes, pour chanter les grands hommes et les généreuses actions avec une intonation vraiment épique, ]iour rappeler les esprits avilis aux vertus d'autrefois et à la lutte sé( ulaire contre lintidèle.
Le second poème important de Mena est la Coronaciôn de Santillana ou las Cinvaenta (s. e. estiofas; imprimé versl49G , hommage éclatant rendu à ce dernier sous forme allégorique. Il comprend environ ;iOO vers en dizains. C'est le premier de ces Voyages au Parnasse qui abonderont plus tard. Ce même procédé de l'allégorie, dont on ne tardera pas à abuser, est encore employé par Mena dans son poème moral inachevé des Slcte pecados mortales, lieu commun quf des efforts Irup visibles ne réussissent pas à rajeunir : la lutte entre la liaison et la Volonté y rappelle les anciens Débats. Ces trois poèmes et quelques fragments ou pièces éparses (par exemple, le Hazonamiento que faze lohan de Mena con ta Muerte^), constituent toute l'œuvre poétique de Mena.
Son iniluence sur ses conteiiqjorains fut grande, mais fulelle heureuse? Sans doute, l'éclat de ses vers et, (juand il réussit, leur beauté réelle, le minutieux tiavail de la foimifjui produit parfois des effets inattendus, l'obscurité même