RÈGNE DE JLAN II. — POÉSIE
ont vécu jusqu'ici dans toute l'Espagne ». Ce jugemenl des contemporains ne devait pas être celui de la postérité.
10. Il serait injuste d'oublier ici Juan Alfonso de Baena, lequel d'ailleurs eut soin lui-même de ne pas s'oublier dans son florilège, où il inséra 78 de ses compositions. C'était probablement un juif converti qui devint escnvano ou scribe de Juan IL On doit plus de reconnaissance au collecteur que d'admiration au poète. Son œuvre la plus remarquable est sans doute le long poème, en 240 octaves, dédié à Juan II (li43?), mais non inséré dans le Cancionero. C'est une leçon politique déduite de l'histoire d'Alfonso VIII.
11. Ruy Pâezde Ribera, Sévillan, poète de la minorité de Juan II, lun des meilleurs à coup sûr de tout le recueil, par l'élévation morale, la noblesse du ton, et la vigueur de l'expression. On trouve unies chez lui les allégories chères au moyen âge et les fictions dantesques. Ses plaintes fréquentes contre la pauvreté ne permettent guère de penser qu'il appartenait à la grande famille andalouse des Ribera.
12. Très digne d'étude également serait un autre Sévillan, Gonçalo Martînez de Médina, qu'il ne faut pas confondre avec son frère Diego, et qui écrivait au début du xv« siècle. Ses decîVes sur la mort de la reine Dona Catalina, de Diego Lôpez et de Juana Velasco, celui sur la faveur de Juan Huitado de Mendoza, traitent avec abondance le thème que reprendra si brillamment Jorge Manrique et que tant d'autres, par exemple Sâncbez Talavera, avaient déjà dévelo|)pé. Les maux de l'Espagne ne laissent pas Martfnez indilTérent, et lui inspirent quelques vers énergiques.
13. Ferrân Manuel de Lando, hidalgo sévillan, petit-fils d'un compagnon de Uuguesclin, était déjà âgé au début du règne de Juan IL Les trente et une poésies que cite Baena justifient assez bien ce que nous dit de lui Santillana : « Il
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imita plus que tout autre Francisco Impérial, Ht de bonnes chansons àla Vierge et force invectives contre Villasandino, »
7. La poésie à la cour d'Alfonso V. — La dynastie arauonaise qui succéda, en I i-43, à celle d'Anjou à IN'aples, rivalisa avec les princes de Florence, de Ferrare et df Mantoue, par la protection qu'elle accorda aux lettres et aux arts. Alfonso V s'entoura à Naples d'une cour poétique • •t savante, non moins biillante que celle de Juan II. Les troubadours aragonais et catalans s'y mêlaient aux humanistes tels que Enea Silvio (Pie III, JNiccob'» de' Tudeschi, Filelfo, Valla. Cependant nul des- versificateurs qui la composèrent et qui ligurent dans le Cancionero dq Slùniga n'est arrivé à une véritable célébrité, et ce cénacle ne se distingua par aucune originalité ni dans la forme, exclusivement castillane, ni dans le fond. Nous ne ferons donc que nommer les principaux représentants de ce groupe, où se rencontrent, à côté d'un grand seigneur tel que Lope de Stûiiiga, luimême, ennemi acharné d'Âlvaro de Luna, et dont quelques pièces énergiques ou gracieuses restèrent dans les mémoires, un(! sorle de chanteur amliulant comme Juan el Poeta (ou Juan de Valladolidj dont les romanesques aventures amusèrent beaucoup ses contemporains. Le meilleur de ces poètes est sans doute Carvajal (ailleurs Carvajales), dont les 45 pièces se lisent sans fatigue. Ajoutons les noms du catalan Père Torrellas, le célèbre ennemi des femmes, dont les Copias de las calidades de las donas [Copias de maldezir de las mnjeies) devaient soulever une véritable guerre et susciter bien des défenst-urs au lieau sexe ; Juan de Tapia, Pedro de Santafé, Juan de Andujar, Fernando de la Torre, Suero de Ribera, Juan de Villalpando, Juan de Duenas, Anton de Moros, Gonzalo Dâvila, dont les invectives mutuelles nian(|uent de courtoisie, et beaucouji d'autres.
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